Yves Fournel, président du Réseau français des villes éducatrices : "Le temps presse pour mener la concertation sur les rythmes scolaires"

Michèle Foin

Le président du Réseau français des villes éducatrices (RFVE), adjoint à l’éducation à Lyon (69), rappelle que la réforme des rythmes scolaires doit être pensée globalement, sans se limiter au périscolaire, et qu'elle demande un financement pérenne. Quant à la loi sur la refondation de l'école, adoptée en première lecture le 19 mars 2013, elle exige également un engagement financier de la part de l'Etat, souligne Yves Fournel.

 Le Courrier des maires : Quelle est la position du Réseau français des villes éducatrices à propos de la réforme des rythmes scolaires ?

Yves Fournel. C’est une réforme indispensable, qui concerne tous les temps de l’enfant, y compris le temps scolaire, puisque la fatigue ou le manque de concentration des enfants dépendent aussi du contenu et de la façon de mener enseignements et activités. Cette réforme doit donc être pensée globalement et corrélée aux projets éducatifs locaux. A ce titre, le Réseau français des villes éducatrices (RFVE) se réjouit de ce que le projet éducatif territorial soit enfin inscrit dans la loi. Mais il s’agit d’une première étape. Le ministre de l’Education nationale a admis n’avoir pu aller au bout de la réforme puisqu’il a traité la question à volume horaire annuel constant, sans toucher aux vacances d’été, faute d’un consensus national. Une étape ultérieure devrait cependant en tenir compte.

Au sein du RFVE davantage de villes moyennes que de grandes villes appliqueront la réforme dès 2013. Qu’est-ce qui rend son application plus compliquée dans les grandes villes ?

Y. F. Les grèves d’enseignants y ont un poids plus fort dans le débat national car elles sont davantage relayées par les médias. A Lyon, nous avons essuyé une grève suivie à plus de 75% : ça pèse dans les décisions ! Il y a aussi une difficulté à organiser la concertation à grande échelle. Les villes moyennes sont davantage dans la proximité et l’échange. Les grandes villes auront également plus de recrutements à faire. Les incertitudes qui pèsent sur le financement de la réforme par la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) ne les ont donc pas aidées à trancher en faveur de 2013…

Le Fonds national d’action sociale (FNAS) consacrera-t-il une ligne budgétaire à la réforme des rythmes scolaires ?

Y. F. Il faut utiliser le volet jeunesse du FNAS ! C’est la seule façon de mener cette réforme ! A condition que pour le gouvernement ce ne soit pas une option vis-à-vis de la Cnaf, mais une décision. Il n’y a pas d’autre façon d’obtenir des crédits de droit commun pérennes. Il ne s’agit pas d’une ponction des communes sur les caisses d’allocations familiales, mais d’une demande légitime, face à un enjeu de politique familiale et de droit à l’éducation. En matière de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, les centres de loisirs sont aussi importants que les crèches. Aujourd’hui, le périscolaire est la première source d’inégalités !

Quel sont les points les plus importants à traiter lors de la concertation ?

Y. F. Tout d’abord, je souligne que, quelle que soit la date choisie, le temps presse, car il ne s’agit pas de mener la concertation en pleine campagne électorale. Mieux vaut donc boucler les consultations en octobre 2013 au plus tard. Tous les éléments doivent être mis sur la table pour informer les acteurs : parents, enseignants, agents de la ville, associations… afin que chacun choisisse en connaissance de cause. Il faut construire avec les directeurs académiques des services départementaux de l'éducation nationale (DASEN), des solutions compatibles avec le fonctionnement du service public. Je pense en particulier au problème des remplacements et des compléments de temps partiels. La concertation doit faire converger les points de vue, car il ne peut y avoir cinquante solutions dans une même ville. Il faudra donc rappeler régulièrement les fondamentaux de la réforme : alléger la journée, tenir compte des temps d’apprentissage, rendre les temps périscolaires accessibles à tous et construire un projet éducatif local. Tout cela demande du temps.

— Etes-vous satisfait de la loi sur la refondation de l’école de la République, adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 19 mars ?

Y. F. Il y a des points positifs : la priorité à l’école primaire,  plus de maîtres que de classes, la scolarisation des 2-3 ans relancée ainsi que la formation des maîtres, ou encore l’éducation artistique et culturelle, même si des incertitudes subsistent sur les moyens mis en œuvre pour la développer. En revanche, les projets éducatifs territoriaux nous déçoivent un peu. Ils mettent trop l’accent sur le périscolaire, au détriment d’une conception plus globale de l’éducation. Une autre déception concerne les crédits de fonctionnement, le soutien aux projets innovants et la formation continue. La refondation de l’école passe aussi par là et aucun engagement financier n’a été pris en la matière. Nous soutenons la loi, mais il ne faut pas s’arrêter là.

Le RFVE organise des assises sur tout le territoire pour accompagner les communes

Pour accompagner la mise en œuvre des projets éducatifs locaux et la réforme des rythmes scolaires dans le cadre de la loi sur la refondation de l’école, le Réseau français des villes éducatrices (RFVE) organise dans huit villes et en partenariat avec les Francas, la Ligue de l’enseignement et l’Association nationale des directeurs de l’éducation des villes (Andev), les assises régionales de l’éducation partagée. L’objectif ? Sensibiliser et outiller les communes, intercommunalités et acteurs éducatifs des territoires, dans leurs réflexions sur les projets éducatifs territoriaux et la réforme des rythmes.

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