Une crise migratoire mondiale aux fortes répercussions locales

Une crise migratoire mondiale aux fortes répercussions locales

240_F_330667173_Z9gVigGcrL5wPy4MNWxn1H3011f2f844

De l’Afghanistan à la Syrie en passant par Briançon, la Manche, l'Erythrée ou la Pologne, l’actualité a replacé le sujet des migrations internationales au cœur des préoccupations – un peu partout dans le monde et jusqu’au plus petit des villages français. Derrière la poignée d’élus écologistes et socialistes de grandes villes et maires de petites communes volontaristes, d’autres territoires envisagent à leur tour de prendre leur part. Les tensions entre les collectivités et l’Etat semblent, elles, en passe de s’aplanir. Une mobilisation et une réconciliation bienvenues, pour que l’élan de compassion régulièrement exprimé à l’égard des personnes exilées ne se transforme pas de nouveau en larmes de crocodile…

Il y a d’abord eu le chaos devant l’aéroport de Kaboul, dans la foulée de la chute de la capitale afghane aux mains des talibans, mi-août. Puis cet afflux de populations exilées originaires du Moyen-Orient, comme prisonnières de la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, cet automne. La noyade de vingt-sept migrants tentant de rejoindre l'Angleterre, sur des embarcations de fortune, aussi. Ces trois événements ont rappelé à leurs responsabilités les décideurs publics – tous échelons confondus. Les migrations sont amenées à s’amplifier, du moins à durer. Y compris en France, où les flux d’immigration demeurent assez modérés par rapport à d'autres pays européens comme l’Allemagne, la Norvège ou la Suède.

Lire notre entretien avec Damien Carême : « Lorsque l’Etat n’est pas à la hauteur, ce sont les maires qui gèrent les problèmes migratoires »

Les demandes d’asiles de ressortissants Afghans mais aussi Bangladais, Erythréens, Guinéens, Ivoiriens, Kurdes ou Soudanais vont probablement augmenter ces prochaines années. Les évacuations de bidonvilles poussant au cœur des zones frontalières et campements de rue prenant place en marge des grandes villes françaises se poursuivront sans doute, elles aussi, quelles que soient les saisons. Tout comme les tentatives de traversées de la Manche depuis le Calaisis, le Dunkerquois mais aussi de plus en plus la Baie de Somme voire Cherbourg ou Dieppe continueront de rythmer l’actualité.

Un « problème » en apparence inextricable 

L’Etat français, qui souhaite éviter les « points de fixation » de peur de créer un « appel d’air » facilement exploitable par les réseaux de passeurs, devrait être tenté de renforcer sa politique de dispersion. Et continuera d’orienter exilés en situation légale ou irrégulière vers des Centres d’accueil et d’orientation (CAO) ou Centres d’accueils de demandeurs d’asile (Cada) de petites communes et villes moyennes, hors d’Île-de-France.

Sur les plateaux de télévision, les personnalités politiques marqués à gauche ne cesseront de critiquer le manque d’« humanisme » et la politique « répressive » des autorités, en chœur avec les militants d’ONG médico-sociales. Ceux de droite, son absence de « fermeté » ou son « laxisme », en écho à nombre d’éditorialistes...

Sur le plan institutionnel, celui des politiques publiques mises en œuvre sur le terrain, la coordination entre les opérateurs associatifs homologués par les préfectures, les mairies et leurs bailleurs sociaux ainsi que les services de l'Etat tend, heureusement, à s’améliorer. Non pas que les frictions entre les élus locaux, ministres ou même avec le président de la République, soient derrière nous… L’extrême gravité de la situation dans le Briançonnais et le Calaisis ou la problématique du logement des réfugiés dans les zones tendues que sont les métropoles sont là pour nous le rappeler.

Triptyque opérationnel 

Mais les tensions entre les collectivités – qui se sont vu déléguer tout un pan des politiques migratoires de façon impromptue – et l’Etat central, encore vives il y a quelques années, semblent avoir baissé en intensité. Alors que les préfectures s’engagent à soigner l’accueil des demandeurs d’asile, la plupart des grandes villes ont accepté de contractualiser (CTAIR) avec le ministère de l’Intérieur pour renforcer leur offre de services visant à accélérer l’intégration des familles et individus régularisés – qu’ils aient obtenu le statut de réfugiés (protégeant contre des persécutions ou des risques personnels les ciblant directement), la protection subsidiaire (contre un danger généralisé et une violence aveugle dans le pays d’origine) ou un titre de séjour provisoire. Voire même à améliorer la prise en charge, pour certaines métropoles volontaristes, avec des cofinancements nationaux là encore, des personnes exilées dans leur ensemble – et ce quels que soient leurs statuts.

Une reprise du dialogue plus que bienvenue entre élus et ministres. Car, après le précédent syrien, la crise afghane souligne de nouveau à quel point la solidarité se mesure en actes et non pas seulement en discours. Derrière la rhétorique de l’accueil et de l’asile inconditionnel des personnes exilées que les maires de Bordeaux, Grenoble, Nantes, Tours ou Saint-Etienne opposent dans les médias au président de la République, les métropoles se proclament « ouvertes » sont tout particulièrement attendues au tournant. Ne serait-ce que pour parvenir à héberger dignement ces réfugiés, et soulager les Cada permettant à l’Etat français de répondre à son devoir d’accueillir de nouveaux demandeurs d’asile.

Lire aussi : Construire l’acceptabilité sociale avant d’accueillir les personnes migrantes

Territorialisation de l’accueil 

Des bénévoles, citoyens et des élus humanistes sensibilisent également les populations de communes de plus petite taille (Arras, Besançon, Chalonnes-sur-Loire, Laval, Louvigny, Nancy, Rouen, Villeurbanne, etc), de territoires plus ou moins ouvriers et populaires, avec une forte tradition d’hospitalité (Alpes, Ariège, Cévennes). Ils espèrent faire leur part, à leur petite échelle, afin d’aller au-delà du simple élan de compassion exprimé à l’égard de la population afghane – notamment des Afghanes menacées par les préceptes rigoristes dont se prévalent les fondamentalistes musulmans aujourd’hui à la tête de ce pays.

Lire également : Réfugiés : une opportunité pour la « France profonde » ?

D’autres édiles plus intéressés, de villes concernées par une décroissance démographique, des difficultés de recrutement ou une forte vacance du logement – dans lesquelles l’intégration des réfugiés semble plus facile sur le papier -, pourraient être tentés de leur embrayer le pas. La mise en place de stratégies migratoires, en lien avec leurs conseils départementaux et régionaux, pourraient répondre à une partie de leurs propres difficultés… en même temps que contribuer à résoudre cette crise internationale.

Lire notre entretien : « Aux maires d’utiliser la politique migratoire pour répondre aux enjeux de leurs territoires »

Bien que ne figurant pas parmi les préoccupations principes des Français, la thématique de l’immigration s’est en effet rapidement imposée dans le débat politico-médiatique. A l’approche des élections présidentielle et législatives, le pouvoir exécutif national semble plus que jamais paralysé. L’implication d’acteurs locaux volontaristes ne sera pas de trop, en tout cas, pour que la « patrie des droits de l’Homme » se montre à la hauteur de sa réputation.

Recevez vos newsletters gratuitement

FORMATIONS

Nous vous recommandons

Mieux - surtout pas moins - d’Etat dans le système de santé rêvé des élus locaux

Mieux - surtout pas moins - d’Etat dans le système de santé rêvé des élus locaux

Après une gestion chaotique de la pandémie de Covid-19 par l’Etat français, nombre d’élus espèrent faire entendre leurs voix sur les questions de santé lors de ce nouveau quinquennat. Et plaident pour une vaste réorganisation de...

 Elisabeth Borne remplace Jean Castex à Matignon

Elisabeth Borne remplace Jean Castex à Matignon

Législatives : ces élus locaux qui partent en campagne

Législatives : ces élus locaux qui partent en campagne

Les médecines alternatives, faux-nez de dérives sectaires en milieu rural

Les médecines alternatives, faux-nez de dérives sectaires en milieu rural

Plus d'articles