« Rien ne se fera contre le gaspillage alimentaire si les élus locaux ne s’emparent pas du sujet »

« Rien ne se fera contre le gaspillage alimentaire si les élus locaux ne s’emparent pas du sujet »

Guillaume Garot, député de la Mayenne

© Wikimedia/Laratte

Guillaume Garot, député de la Mayenne et auteur d’un rapport rendu en avril 2015 sur le gaspillage alimentaire, insiste sur le rôle des collectivités territoriales pour réduire le gâchis de nourriture. A l’appui de la politique prônée par Ségolène Royal, l’ancien ministre délégué à l'Agroalimentaire prépare une proposition de loi reprenant en détail les dispositions invalidées – pour des raisons de forme – par le Conseil constitutionnel.

Pourquoi la question de la lutte contre le gaspillage alimentaire est-elle si importante ?

Guillaume Garot. En France, chaque personne gâche entre 20 et 30 kg de nourriture, soit environ 100 euros par an. Si on prend en compte toute la chaîne alimentaire, cela représente 160 euros par Français.

Il faut une vraie prise de conscience : nous n’avons qu’une seule planète, on ne peut pas la gâcher. Alors que la Cop 21 se prépare, l’enjeu écologique est évident : le gaspillage alimentaire est le 3e émetteur mondial de gaz à effet de serre après la Chine et les Etats-Unis.

Au niveau mondial, un tiers de la production alimentaire est gâchée : majoritairement au stade de la production dans les pays en développement et au stade de la consommation dans les pays développés.

Je déposerai donc une proposition de loi qui reprendra, mot pour mot, les dispositions invalidées par le Conseil constitutionnel”

L’amendement concernant le gaspillage alimentaire dans la loi sur la transition énergétique a été retoqué par le Conseil constitutionnel. Que va-t-il se passer maintenant ?

G. G. Il faut repartir de l’avant. Je déposerai donc une proposition de loi qui reprendra, mot pour mot, les dispositions invalidées par le Conseil constitutionnel pour les représenter le plus rapidement possible.

L’amendement a été censuré pour une raison de procédure : il aurait dû être présenté aux parlementaires dès le premier examen du texte, pas en deuxième lecture. Le fond n’est pas remis en cause et il avait été adopté à l’unanimité. La discussion a déjà eu lieu, le texte est connu de tous, je n’ai pas de doute sur son adoption. La seule question est le tempo de sa présentation au Parlement.

Même sans texte législatif, que peuvent dès à présent faire les collectivités locales pour lutter contre le gaspillage alimentaire ?

G. G. On a besoin les uns des autres, la lutte contre le gaspillage ne marchera pas si l’Etat agit seul ou si les collectivités sont seules. Il faut que les uns démultiplient les efforts des autres. Un cadre légal national est donc nécessaire mais rien ne se fera en profondeur si les élus locaux ne s’emparent pas du sujet.

Quand on est maire, on a la responsabilité de la restauration scolaire dans les écoles, comme les départements l’ont pour les collèges et les régions pour les lycées. Il y a des actions éducatives simple à conduire dans les cantines scolaires. Le temps du repas est un moment important : on peut éduquer les élèves sur l’alimentation, l’origine des aliments, les sensibiliser au poids des déchets, valoriser le travail des producteurs et ceux qui cuisinent les plats… Chaque fois que ce travail a été fait, les résultats ont été rapides et tangibles.

Au collège Alain-Gerbault, à Laval (Mayenne), le gestionnaire et le chef cuisinier ont travaillé ensemble : les repas sont excellents, donc il y a moins de déchets. Quasiment tout est consommé, et à des coûts raisonnables.”

Le rôle des collectivités est donc principalement dans l’éducation ?

G. G. Educatif au sens large : l’éducation et la formation. Il faut mobiliser les agents qui relèvent des collectivités dans les écoles. La formation de ces professionnels est donc décisive : plus de qualité dans les assiettes, c’est moins de gaspillage.

Au final, ce sont des économies réalisées. Par exemple au collège Alain-Gerbault, à Laval (Mayenne), le gestionnaire et le chef cuisinier ont travaillé ensemble : les repas sont excellents, donc il y a moins de déchets. Quasiment tout est consommé, et à des coûts raisonnables.

Cela sera-t-il suffisant ?

G. G. La lutte contre le gaspillage va bien au-delà. C’est un lien entre les distributeurs et les associations de solidarité, ou directement entre les industries agro-alimentaires et ces associations…

Il faut aussi penser à d’autres formes de valorisation comme l’alimentation des animaux ou la réutilisation des déchets pour créer de l’énergie. Il faut donc construire localement une économie circulaire.

Pour la méthanisation, des liens doivent être organisés et structurés : la volonté politique est indispensable. Dans mon rapport rendu au Premier ministre en avril [2015], je propose des assises territoriales contre le gaspillage pour mobiliser tous les acteurs concernés : élus, associations, restauration collective ou commerciale…

En Basse-Normandie, Regal (Réseau d’évitement contre le gaspillage alimentaire) qui regroupe différence partenaires [des représentants de l’ADEME((Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie)), de la DRAAF((Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt)), de la DREAL((Directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement)), de l’ANEA((Association normande des entreprises alimentaires)), du CREPAN((Comité régional d'étude pour la protection et l'aménagement de la nature)), du CTRC((Centre technique régional de la consommation)), du GRAINE((Réseau régional d'éducation à l'environnement)) et des Banques alimentaires] permet de mettre en place des actions très concrètes : ils ont par exemple publié des guides pour aider les acteurs du secteur à être plus efficaces.

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