Rennes s'engage pour l'emploi des personnes handicapées

Depuis 2008, Rennes (Ille-et-Vilaine) a donné corps à sa politique en faveur de l'insertion professionnelle des personnes handicapées et de leur maintien dans l'emploi.

Grâce à la convention que la ville a passée avec le Fonds d'insertion pour les personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) et une charte signée avec les organisations syndicales, la mairie est en mesure de proposer des solutions concrètes à l'attention de ses agents en situation de handicap.

"Le chiffre ne fait pas tout"
Avec 5,24% d'agents en situation de handicap en 2009, Rennes est en passe d'atteindre le taux de 6% instauré par la loi du 11 février 2005.  «Le chiffre ne fait pas tout. Il donne une ligne directrice pour la politique, mais ce qui est très important c'est ce qu'on fait autour», explique Hubert Chardonnet, adjoint au personnel et à la sécurité.

Afin de charpenter et d'affirmer une politique d'emploi de personnes handicapées, Rennes a créé, en 2007, un service évolution professionnelle (SEP), référent sur l'emploi des personnes handicapées. Elle a également signé, en juillet 2008, une convention avec le FIPHFP.

La mairie n'a ni «postes réservés», ni quota d'embauche. Elle préfère favoriser la communication des offres d'emploi et de stages, en lien avec des organismes spécialisés.

Pour permettre le maintien de l'agent sur son poste de travail, le SEP met en place des études ergonomiques, des budgets spécifiques à l'achat de matériel adapté, des aménagements du temps de travail. Elle a également recours à des auxiliaires de vie professionnelle. Si l'état de santé de l'agent ne permet plus à celui-ci de conserver son poste, il peut intégrer depuis 2008 un dispositif de reconversion professionnelle, élaboré en concertation avec les organisations syndicales.

Service dédié et formation

L'agent en reconversion professionnelle pour raisons de santé est suivi individuellement, de l'avis médical d'inaptitude à sa nouvelle prise de poste. Le SEP l'aide à définir un nouveau projet professionnel et propose des stages d'observation, des enquêtes professionnelles et des mises à niveau.

«La formation en informatique est très suivie, la plupart des agents en reconversion viennent de métiers plus exposés dans lesquels l'informatique n'est pas du tout pratiqué, comme le secteur social ou technique» explique Samuel Dubois, responsable du SEP. L'agent effectue en parallèle des missions en alternance avec des formations, pouvant fonctionner depuis la rentrée 2009 sur le mode du tutorat. «Nous sommes vraiment dans l'optique de former les agents pour qu'ils puissent postuler aux postes souhaités», résume le responsable du SEP.

Jérôme, agent d'entretien puis chauffeur magasinier employé par Rennes, est entré dans le parcours de reconversion pour des problèmes de dos. Il se prépare au CAP «petite enfance», avec le soutien financier de la direction des ressources humaines, et l'engagement d'être recruté sur un poste d'ASEM en cas de réussite. «Je refusais de passer mon temps dans un bureau, raconte-t-il. Deux choses me plaisaient: le sport et les enfants. Le service m'a permis de faire un essai dans une école, puis un second, plus long car cela m'a plu. Je suis à 80% du temps de travail pour le moment, et je n'aurais besoin que d'une chaise et d'une table à taille adulte.»

Ateliers collectifs

Faire le deuil de son ancien métier est souvent douloureux. Des ateliers collectifs mensuels animés par une psychothérapeute sont là pour «aider les agents à accepter la reconversion, à travailler sur l'intégration dans un nouveau service et à se remettre dans une dynamique». Si l'agent le souhaite, il peut être accompagné individuellement par la psychologue du travail de la ville.

Rennes métropole affichait, en 2008, un taux d'emploi des bénéficiaires de l'obligation d'emploi (BOE) de seulement 2,53% et n'est pas incluse dans la convention avec le FIPHFP. Elle sera toutefois associée à la démarche de Rennes dans le cadre de la mutualisation des services.

"La sensibilisation au handicap demande du temps"

Hubert Chardonnet,
adjoint au personnel et à la sécurité de Rennes

"Il n'est pas toujours évident d'accueillir une personne dont on craint qu'elle travaille moins ou qu'elle soit moins efficace. Pour faire tomber les idées reçues, il faut une action de sensibilisation, d'éducation. Rennes veut faire évoluer les regards et impliquer tous les services dans sa démarche. Il faut montrer aux agents les différents types de handicap, les compensations possibles, les actions de la ville. Des réunions d'information pour les encadrants et des agents sont prévues à partir de septembre 2010 et des supports de communication (guide pour les encadrants et dépliant pour les agents) seront diffusés à cette occasion. Il s'agit aussi de sensibiliser les agents en situation de handicap. Une fois le tabou levé, ils pourront, s'ils le souhaitent, se faire déclarer comme travailleur handicapé et bénéficier des compensations et adaptations nécessaires à leur poste."

"On a aménagé mon temps de travail et le matériel, ça a tout changé"

Myriam,
agent de la ville de Rennes

La jeune femme a dû renoncer à devenir adjointe d'animation après un accident de sport. "Quand le parcours de la reconversion arrive, au départ, on est révolté, on veut reprendre son ancien poste, on ne comprend pas ce qui se passe. Mais le dispositif remet en confiance, l'accompagnement de la mission et des formateurs est important, car on est fragile psychologiquement.
Après mon accident, j'effectuais des missions administratives à la direction éducation enfance (DEE): j'étais dans un tel état physique que j'avais un tapis de gym pour dormir à midi sous mon bureau, pour récupérer. Je suis entrée dans le parcours de reconversion quand le service a été crée, et j'ai été affectée à l'accueil de l'Opéra et à la comptabilité. On a aménagé mon temps de travail et le matériel, ça a tout changé. Il y a un an, mon poste a été perennisé et j'ai intégré la filière administrative. Une étude ergonomique a été réalisée pour adapter mon bureau."

En chiffres

  • Financement du FIPHFP : 732.000 euros sur trois ans.
  • Taux d'emploi au centre communal d'action social de Rennes : 7,13%.
  • Recrutements : 14 bénéficiaires de l'obligation d'emploi des personnes handicapées recrutés en 2009, 22 stagiaires.

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