Pour les départements, l'inclusion sociale passe par l'action internationale

Martine Kis

L'Assemblée des départements de France (ADF) présentait, le 3 mars, une étude sous le titre « Agir en coopération pour un développement durable et inclusif ». Avec de nombreux acteurs de la coopération, elle a analysé des partenariats entre collectivités locales françaises et étrangères pour souligner les apports de telles démarches et formuler des préconisations de bonnes pratiques.

« Au Maroc, en Tunisie et en Palestine, nos actions sont prioritairement axées sur les champs de compétence du département, donc le social », précise Juliette Beaujean, chef du service international du conseil général de Loire-Atlantique. « Initialement, nous avons été saisis par nos partenaires d'Agadir qui souhaitaient travailler sur les politiques sociales pour renforcer les compétences de leurs professionnels en accompagnement des populations vulnérables ».

Cette collaboration a abouti entre autres à la création d'une licence professionnelle en travail social et d'une plateforme sociale qui réunit des structures travaillant sur les mêmes thématiques en Loire-Atlantique et à Agadir. « Ces échanges ont nourri les réflexions et les pratiques des deux côtés », souligne Juliette Beaujean.

27 projets de coopération analysés
Celle-ci intervenait à l'occasion d'une journée de restitution d'étude organisée par l'Assemblée des départements de France, le 3 mars 2015. Le partenariat entre le département qu'elle représente et la commune marocaine fait partie des 27 projets de coopération analysés dans une étude dirigée depuis 2013 par l'ADF sur la coopération décentralisée dans le domaine de l'inclusion économique et sociale((La définition de l'inclusion retenue dans le cadre de ce travail est celle de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : « Processus qui garantit que les personnes en danger de pauvreté et d'exclusion sociale obtiennent les possibilités et les ressources nécessaires pour participer pleinement à la vie économique, sociale et culturelle, et qu'elles bénéficient d'un niveau de vie et de bien-être considéré comme normal pour la société dans laquelle ils vivent. L'inclusion sociale leur garantit une meilleure participation aux processus de prise de décision qui affectent leur vie et un meilleur accès à leurs droits fondamentaux ».)).

La délégation pour l'action extérieure des collectivités territoriales du ministère des Affaires étrangères et l'Agence française de développement ont soutenu financièrement et techniquement ces travaux auxquels ont contribué d'autres niveaux de collectivités, des ONG, des chercheurs et des institutions internationales.

Pour une relation équilibrée entre partenaires
Ce travail se présente comme une contribution à l'élaboration de la position française sur la construction de l'Agenda de développement post-2015 et des Objectifs de développement durable. Mais surtout, comme une manière de confirmer et consolider l'engagement des collectivités territoriales – au premier rang desquelles les départements – dans la coopération européenne et internationale pour l'inclusion économique et sociale.

« Longtemps, les relations extérieures ou relations internationales étaient réservées au seul pouvoir régalien de l'Etat », a rappelé Claudy Lebreton, président de l'ADF. Les collectivités locales n'étaient pas autorisées à se mêler de coopération ». La situation a bien changé. Le législateur a construit un cadre à ces politiques de coopération et au fil des expériences, les pratiques ont évolué.

« Sur les trente dernières années, nous sommes passés de l'accompagnement au développement à des politiques d'alliance, insiste le président de l'ADF, avec la volonté d'une relation équilibrée et respectueuse qui nous rend alliés, voire complices dans notre travail de recherche de solutions face à des problématiques communes ».

Ces démarches de coopérations présentent un intérêt certain pour toutes les parties engagées. « L'expérimentation de nouvelles démarches d'inclusion économique et sociale en partenariat avec des acteurs sur d'autres territoires oblige les élus et les techniciens à se décentrer, à voir et rechercher des solutions autrement », constate Simon Letonturier, chargé d'étude de l'ADF, qui a coordonné ce projet.

Diagnostic croisé
Encourageant les collectivités territoriales à se lancer dans la coopération internationale, le rapport d'étude publié par l'ADF se présente aussi comme un guide méthodologique. « Pour que des projets de développement local durable et inclusif fonctionnent, il faut agir en même temps sur deux piliers complémentaires, explique Simon Letonturier, reprenant l'une des préconisations issues de l'étude. D'un côté, l'accompagnement des populations en difficulté et de l'autre la construction et l'amélioration de dispositifs durables d'inclusion économique et sociale ».

Le guide insiste sur la nécessité de comprendre au préalable les enjeux et le contexte de chaque partenaire. « Cela paraît évident, mais en réalité, le diagnostic croisé, la réciprocité, ne vont pas de soi », commente le chargé de mission. De même, un projet atteint d'autant mieux ses objectifs qu'il s'appuie sur un partenariat pluriacteur, ce qui implique non seulement de prendre son temps, mais aussi de formaliser des cadres de coopération et de concertation.

"La tyrannie du résultat immédiat"
«L'intérêt de cette étude c’est qu'elle permet de capitaliser sur une diversité d'expériences et d'en tirer des principes généraux qui valent pour tous, y compris pour nous, ONG, souligne Philippe Jashan, président de la Coordination SUD. Ce que j'en retiens en particulier, c'est la notion de long processus qui devrait guider nos actions de coopération. Or, nous sommes dans un combat permanent avec les bailleurs de fonds, contre la tyrannie du résultat immédiat ».

Les restrictions budgétaires des pouvoirs publics ne devraient pas améliorer la situation. Les collectivités territoriales elles-mêmes pourront avoir tendance à réduire leurs engagements.

« L'inclusion sociale, économique et culturelle nécessite le partenariat entre les territoires, les associations et les acteurs économiques », a martelé Claudy Lebreton en appelant à des coopérations internationales de plus en plus tournées vers l'action et l'inclusion sociale. « Il nous faut resserrer les rangs pour la cause de l'action internationale, savoir où nous allons et le dire encore plus fort que nous ne le faisions jusque-là ».

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