Municipales 2014 : comment réussir l'année, veillée d'armes ou passage de relais

laurence-denes
1 commentaire

1 commentaire

COMMUNICATION EN PERIODE PRE-ELECTORALE: CE QU’IL FAUT SAVOIR « Cédis Formation - 21/03/2013 16h:01

[...] Les élections municipales de 2014 [...]

Répondre au commentaire | Signaler un abus

Que l'élu se représente ou non en 2014, la fin d'une mandature n'est pas une année comme les autres. Entre les engagements d'hier à honorer et ceux de demain à préparer se profilent douze mois intenses. Pour chaque étape, ce qu'il faut faire et les pièges à éviter !

"La fin d'une mandature s'avère une année à tiroirs qu'il s'agit d'ouvrir plus ou moins grands selon les circonstances", énonce Olivier Berlioux. Aussi énigmatique soit-elle, l'affirmation du président de l'Association nationale des responsables de cabinet des collectivités locales (Arccol) reflète bien ces douze mois à venir "pas comme les autres", durant lesquels les élus devront tout à la fois, être, avoir été et devenir !

Etre, avoir été et devenir !
Il y a d'abord le désir légitime de terminer son mandat en achevant les projets. C'est vrai dans les grandes villes, à Rennes (35), où Daniel Delaveau ne cache pas sa "satisfaction de voir s'achever de grands projets mis en œuvre durant sa mandature".
A Nîmes (30), également, où Jean-Paul Fournier est "ravi des nombreuses inaugurations à venir".
Cela l'est aussi à Doué-la-Fontaine (49) dont le maire depuis 1995, Jean-Pierre Pohu, tient à "parachever les actions engagées, notamment dans le cadre de l'intercommunalité et du projet de territoire".

Assurer la continuité ou l'art de "passer le flambeau"
Que l'élu se représente ou non, l'année préélectorale ne saurait être figée. "Ne serait-ce que parce que la bonne gestion des collectivités exige un budget opérationnel au 1er janvier", rappelle le président de l'Association des directeurs de cabinet des collectivités locales à direction socialiste et républicaine, Roger Molkou.

Dès lors, pas question d'attendre la nouvelle équipe pour voter l'exercice 2014, ce qui reviendrait à réduire son mandat d'une année. Nelly Fruchard, non-candidate à sa réélection à Plescop (56) tient à ce que son successeur, quel qu'il soit, "puisse agir dès son installation, quitte à pré-lancer, pour lui, les grands dossiers obligés tels la révision du plan local d'urbanisme".

"Un élu qui ne se représente pas devra également appuyer l'éclosion du candidat désigné à sa succession", ajoute Roger Molkou. Ainsi, Jacques Bravo qui, après deux mandats, renonce à la mairie du IXe arrondissement parisien, déclare "vouloir s'engager totalement, le moment venu, dans la campagne de son adjointe depuis douze ans" (lire témoignage ci-contre).

De même, Daniel Delaveau, passant la main en 2014 après quarante ans d'engagement citoyen, associatif et politique, insiste sur l'importance "d'assurer la continuité en toute humilité, maillon d'une chaîne au fil de laquelle le suivant inaugure ce que le prédécesseur a initié". Jean-Paul Fournier approuve : "L'essentiel est d'avoir travaillé pour les générations à venir !"

Dès lors, "signe d'une bonne santé républicaine et d'une saine vitalité démocratique", toujours selon Roger Molkou, le maire sortant doit également veiller à "faciliter l'installation de son successeur par un exposé détaillé de ce qui a été fait ou non, et pourquoi". Dans le cas d'une reconduction de la majorité, ce précieux document pourra même s'assortir de "quelques pistes défrichant les premiers mois de mandature". Attention, l'exercice n'est pas réservé au maire, celui-ci devant fortement encourager les adjoints à agir de même sur leurs thématiques.

Repiquer !
Ceux que "l'envie de repartir" tenaille ont encore d'autres tâches à remplir en cette année charnière… A commencer par l'instauration d'un climat propice à l'équipe sortante.

Premier enjeu : "Evaluer la réalisation des engagements de 2008 et en mesurer l'impact, sans pour autant inaugurer à tout va, car les habitants ne sont plus dupes", assure Franck Laugier, président de l'Association des collaborateurs de cabinet des collectivités territoriales (Collcab).

En revanche, "l'élaboration d'un document-bilan offrant une vision cohérente des actions menées constitue un passage obligé", prône Claude Riboulet ((Formateur consultant au Forum pour la gestion des villes et des collectivités territoriales)), premier adjoint à Commentry (03), non sans rappeler au passage l'intransigeance des règles électorales. "Pas d'initiative qui puisse être considérée comme une aide de la collectivité au candidat 12 mois avant le premier tour, pas de campagne de promotion publicitaire des réalisations et de la gestion des collectivités les six mois précédents ((articles L.52-8 et L.52-1 du Code électoral ))… Il faut jongler avec ces périodes", abonde Franck Laugier.

Seconde étape : poser les jalons de la campagne. "C'est le moment où le candidat affleure sous le maire, celui où, tout en poursuivant la maîtrise du quotidien, le maire construit sa stratégie, son projet et son équipe", détaille Olivier Berlioux.

Modéliser le discours
La parole des membres de la majorité doit être "modélisée", les documents de campagne ébauchés et, bien sûr, la liste - en secret - constituée. Entre parité et diversité, accords nationaux et contexte local, il faut persuader celui-ci de rester, négocier le retrait de celui-là… "C'est la partie la plus difficile du job, d'autant que certains sont devenus des amis", avoue cet élu. Afin de s'assurer que "le bon candidat fera le bon élu", le maire de Crépy-en-Valois (60), Arnaud Foubert, "dévoile aux nouveaux prétendants toutes les réalités de la fonction d'un conseiller municipal via un petit parcours initiatique". C'est le moment où les rapports vont se tendre, où des pressions vont s'exercer, où chaque mot sera soupesé…" Un temps où il faudra aussi commencer à jeter des ponts vers l'avenir, alors que ce même respect républicain commande de favoriser la continuité", avance Arnaud Foubert.

Alors que les sortants définitifs s'apprêtent, tels Daniel Delaveau et Jean-Pierre Pohu, à "traverser ces derniers mois d'un pas plus léger, dans un sentiment neuf de liberté", d'autres se préparent à "une année intense au cours de laquelle le tout premier défi sera surtout de savoir prendre des pauses, prioriser et relativiser !" certifie Arnaud Foubert.

Un bilan objectif
Etape obligée, "le bilan de mandat, articulé avec celui de l'interco, doit dresser un état des lieux éclairant des réalisations menées face aux engagements de 2008, sans omettre leurs impacts financiers, économiques et sociaux", détaille l'élu et formateur Claude Riboulet. Lisible par tous, ce document doit rester neutre et objectif pour ne pas enfreindre le Code électoral (art. L.52-1 al. 2 - lire dans ce numéro notre analyse, p. 39).

Des maires témoignent...

Jacques Bravo, maire du IXe arrondissement de Paris (61 000 hab.)

"La clé de voûte d'un mandat"

"Loin d'être une période de latence, la dernière année de mandature est bien la clé de voûte de tout un mandat. Pour celui qui souhaite se représenter, ces ultimes mois constituent d'abord le marchepied de la campagne. Mais ils signent aussi le travail accompli et offrent la formidable occasion d'en soutenir le prolongement dans l'émergence d'une nouvelle génération, notamment de femmes qui porteront nos valeurs. Comme en athlétisme, le passage de relais est, en effet, le plus beau et le plus fort des moments politiques, celui pour lequel chacun doit se préparer et s'entraîner afin de faire gagner l'équipe. Laisser les affaires en ordre, nanties de dossiers explicatifs et soutenir la relève font ainsi partie intégrante de la charge de l'élu durant ses derniers mois d'exercice."

Virginie Klès, maire de Châteaubourg (6 200 hab, Ille-et-Vilaine)

"Une année toute en action et en retenue !"

"Après deux mandats en qualité de maire, j'en briguerai un troisième en mars 2014. Du coup, cette année préélectorale se déroulera sous le signe d'une certaine schizophrénie, entre la volonté de ne surtout pas offenser la démocratie en engageant la commune sur des projets coûteux et celle de ne pas non plus perdre un temps qui sera précieux en cas de victoire. L'idée est donc de travailler minutieusement les dossiers jusqu'au lancement des marchés, mais aussi de trouver le subtil équilibre entre valoriser l'action menée sans en rajouter, communiquer sans tomber sous le coup de la loi et enfin, demeurer naturelle sans plus s'autoriser ces petits excès de langage toujours prompts à nourrir la rumeur en ces périodes délicates… Bref, une année définitivement à part, à la fois toute en action et en retenue !"

Adeline Hazan, maire de Reims (188 000 hab., Marne)

"Je l'aborde avec volontarisme"

"Un seul mandat étant trop court pour tous les chantiers que le renouveau de la ville dictait, j'ai toujours annoncé que je me représenterais en 2014. Cette année est donc moins la dernière du mandat que l'avant-première du suivant. Je la considère en réalité comme un milieu de gué entre le Reims d'hier et le Reims 2020 sur lequel était bâti mon programme en 2008.

Ce sera évidemment une année d'inauguration pour certains équipements, mais plus encore celle de la mobilisation en faveur des projets que nous espérons voir un jour sortir de terre. Constitution de l'équipe de campagne, composition de la liste, publication du bilan et du programme… Ces passages obligés jalonneront l'année, modifiant en partie les rapports entre les colistiers actuels, l'opposition, les habitants. Il faut s'y préparer, avec volontarisme."


AGENDA

1er mars 2013 : le Code électoral prohibe toute aide de la collectivité à la campagne d'un candidat.
1er septembre 2013 : il exclut toute campagne de promotion publicitaire des réalisations et de la gestion de la collectivité.

© Le Courrier des maires, n°266, mars 2013

Recevez vos newsletters gratuitement

FORMATIONS