Les débuts timides du plan gouvernemental pour un « logement d'abord »

Nathalie Da Cruz
Les débuts timides du plan gouvernemental pour un « logement d'abord »

SDF, Paris-Bercy

© Flickr-CC-OJeannin

Dans son 24e état du mal-logement en France, présenté ce 1er février, la Fondation Abbé-Pierre décortique le plan quinquennal « logement d'abord » pour lequel 23 collectivités retenues en mars 2018 doivent proposer un accès direct à un logement pour les sans-abri, moyennant un accompagnement, afin de limiter l'alternance délétère entre vie dans la rue et épisodes d'hébergement. Neuf mois plus tard, la fondation déplore des débuts trops lents et des financements insuffisants. Sur le terrain, l'entente est aussi loin d'être parfaite entre acteurs locaux.

Le premier point d'étape du plan pour le « logement d'abord », lancé officiellement en septembre 2017, montre que, à l'instar du gouvernement, peu de collectivités se sont risquées à annoncer des objectifs chiffrés. Seule la métropole de Lyon ambitionne de « diviser par deux le nombre de sans-domicile en cinq ans ». Le Puy-de-Dôme et Clermont-Ferrand annoncent parvenir en cinq ans « à ce que plus personne ne vive à la rue de manière pérenne », indique le rapport de la Fondation Abbé-Pierre.

Dans tous les cas, il importe de disposer de données de départ. Bon exemple : à Paris, lors de la première Nuit de la solidarité, en février 2018, une équipe de bénévoles a recensé 3 000 personnes dormant dehors. Une nouvelle édition aura lieu le 8 février. Et Grenoble s'est lancée à son tour le 30 janvier.

Un « portage politique local trop faible »

De manière générale, Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre, regrette une mise en œuvre assez lente du plan dans les 23 territoires retenus ((24 avaient été retenus en mars 2018 mais Tours métropole s'est depuis rétractée)) – couvrant 20 % de la population – ainsi qu' « un portage politique local souvent trop faible ».

« De nombreux plans sont également perturbés par des dissensions politiques locales, ou, du moins, par des implications très inégales entre partenaires qui devraient agir de concert ». Ainsi, le département de l'Isère a refusé de s'associer à la démarche de la métropole de Grenoble, alors qu'il gère le Fonds de solidarité pour le logement (FSL), outil pourtant déterminant. La Seine-Saint-Denis s'est lancée seule, sans la métropole du Grand Paris ni les établissements publics territoriaux, alors que les politiques du logement et les marchés de l'immobilier sont profondément interdépendants en région parisienne.

A l'inverse, on relève quelques bonnes pratiques : le département du Puy-de-Dôme s'est associé à Clermont-Ferrand pour présenter un dossier commun, comme la Gironde avec la métropole de Bordeaux.

Un budget trop modeste au vu des enjeux

Côté budget, les collectivités sont au régime sec, la Fondation Abbé-Pierre en est consciente. Quant aux financements étatiques, ils s'élèvent à 10 millions d'euros. De plus, l'Etat annonce la création, d'ici cinq ans, de 10 000 places supplémentaires dans les pensions de famille et de 40 000 en intermédiation locative ((L'intermédiation locative permet de sécuriser et simplifier la relation entre le locataire et le bailleur privé grâce à l’intervention d’un tiers social (association, organisme...) )). Il a aussi promis de participer au financement de 40 000 logements « très sociaux » chaque année, soit les loyers les plus bas du parc social (PLAI). Enfin, l'Agence nationale de l'habitat va mettre 8 millions d'euros sur la table.

Mais ces montant restent modestes au vu des objectifs, estime la Fondation. « Les territoires les mieux dotés, Lyon et Strasbourg, toucheront environ 700 000 euros chacun. Pour les autres, l'aide supplémentaire se résume à quelques dizaines voire centaines de millions d'euros au mieux, de manière à créer un ou deux postes d'animation du dispositif et à aider au développement de l'intermédiation locative et à la construction de logements “très sociaux” ».

L'accompagnement, le maillon faible

Par ailleurs, les plates-formes territoriales d'accompagnement doivent associer plusieurs acteurs : représentants des bailleurs sociaux, professionnels des mondes sanitaire et social, etc. C'est la condition sine qua non d'une intégration réussie des sans domicile dans un logement de droit commun. Mais selon la Fondation Abbé-Pierre, l'accompagnement est le parent pauvre des dispositifs analysés.

Ce plan quinquennal reste une bonne nouvelle. Mais Christophe Robert s'inquiète de ce que « plusieurs mesures prises par le gouvernement depuis dix-huit mois – baisse des Aides personnalisées au logement, réduction des loyers de solidarité dans le parc social, hausse de la TVA sur les constructions neuves – viennent contredire les axes de ce plan et freiner son développement dans les territoires ».

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