Le projet européen entre dans les mairies

De plus en plus de villes ont leur chargé de mission Europe. Elles ont compris l'intérêt de s'intégrer dans des réseaux européens. "La confrontation nous fait évoluer", affirme ainsi Roselyne François, adjointe au maire de Rennes. Le président de l'APVF Martin Malvy, lui, demande une approche spécifique "petites villes'. Car "de Bruxelles, dit-il, les petites villes ne sont pas visibles".

«Nous voulons nous inscrire dans la dynamique européenne», résume Monique Boulestin, adjointe au maire de Limoges chargée de la culture.

S’appuyant sur sa tradition porcelainière, Limoges compte ­prendre la tête d’un réseau européen des villes de la céramique. «Dans la ligne de la Stratégie de Lisbonne, nous voulons accompagner notre mutation industrielle de la porcelaine vers les céra­miques», explique-t-elle. ­Li­moges adhère au réseau Urbact II et contacte des homologues en Allemagne, en République tchèque, au Portugal. «Mais pas en ­Grande-Bretagne. Nous voulons garder la tête du réseau !»

Découvrir de nouveaux marchés

De ce partenariat, la ville espère retirer notoriété, visibilité européenne, partage de savoir-faire, échange entre chercheurs et industriels, découverte de nouveaux marchés… Le dossier sera présenté à la Commission en 2008. Et Monique Boulestin espère pouvoir rapidement intégrer ce projet au futur centre européen de la céramique, prévu pour 2009. Egalement dans les cartons, une exposition internationale de porcelaine et de céramique avec des villes asiatiques.

Constituer un réseau

Pour mener sa bataille sur le territoire des Vingt-Sept, Limoges a recruté un chargé de mission Europe. Dont l’une des premières actions a été de se constituer un réseau à Bruxelles. Un déplacement lors des Open Days, sorte de foire annuelle où les collectivités lo­cales européennes présentent leurs réalisations, lui permet de garnir son carnet d’adresse : fonctionnaires de la Commission, dont celui qui suit les pro­grammes opérationnels, membres de la représentation permanente française, contact avec Jean-Marie Beaupuy, député européen au cœur de la politique urbaine de l’Union, sans oublier l’antenne Limousin-Centre-Auvergne…

L'importance du "contact direct"

«Le but est d’avoir un contact direct pour obtenir les informations et passer le message», ex­plique le chargé de mission, Yann Thoreau La Salle. Quel message ? «L’affirmation du caractère urbain de Limoges et de son bassin de vie». Celui-ci doit être retranscrit dans les politiques euro­péennes et nationales, se trouver dans les schémas d’aménagement et les diagnostics utilisés pour le ­cadre de référence stratégique national et le programme opérationnel.

«Ce message doit être porté en direct pour que les décisions d’en haut correspondent à notre réalité d’en bas.»

Autre avantage du contact direct : pour répondre efficacement aux nombreux appels à projet ou bien tirer parti des fonds structurels, il est utile de connaître le fonctionnaire responsable. C’est lui qui informera avant même la publication de l’appel à projets, expliquera l’organisation, lèvera les ambiguïtés d’interprétation.

«Lorsque les textes disent que le FEDER  soutient la promotion du transport urbain, comment interpréter cela ? Pour éviter les erreurs, il n’est pas inutile d’aller chercher les informations à Bruxelles», affirme Yann Thoreau La Salle.

Les échanges cir­culent d’ailleurs dans les deux sens : la Commission ainsi que les an­tennes et la représentation permanente ont besoin des remontées du terrain.

Agir à temps et dans la durée

«La gestion du temps des projets est particulière, explique Roselyne Lefrançois, adjointe à Rennes et député européenne, anticiper les partenariats. Puis il faut ­ré­pondre très rapidement, en deux ou trois mois. Suit un an d’attente, avant la réponse. Il faut motiver l’équipe, et accepter de ne pas être sélectionné.»

Certaines villes engagent une réflexion sur la place de leur mission Europe. Comme le développement durable, l’Europe doit devenir un réflexe partagé par tous les services de la ville. Et au-delà, par toute la société : ­chambres de commerce et d’agriculture, monde universitaire et scolaire, avocats et artistes…

Intégrer les bons critères

Un problème spécifique peut déjà avoir été résolu quelque part en Europe. Un projet de développement sera dynamisé par un partenariat avec une région complémentaire. Tel projet innovant pourrait obtenir des financements européens, à condition d’intégrer les bons critères.

«Chaque direction doit mener une réflexion européenne, estime Roselyne Lefrançois. Cela permettrait à la France de mieux consommer des financements très peu sollicités.» Certes, reconnaît-elle, le suivi des dossiers est lourd, les audits de la Commission contraignants, contrepartie de la transparence. «Mais il y a tellement de belles choses à ­construire !» s’enthousiasme Monique Boulestin.

ENTRETIEN

Roselyne Lefrançois, adjointe au maire de Rennes, députée européenne : « La confrontation nous fait évoluer » (*)

Le Courrier des maires - De quoi une ville a-t-elle besoin pour mener une politique européenne ?

R. Lefrançois - D’une volonté politique ! On a l’impression que Bruxelles est loin, que l’Europe ne fait pas partie du quotidien. A Rennes, le premier poste de chargé de mission aux affaires européennes a été créé en 1991. Dès la chute du mur de Berlin, la ville a compris l’intérêt d’accompagner les collectivités d’Europe centrale dans leurs nouvelles responsabilités.

Rennes participe-t-elle à des réseaux ?

R. L. - Oui, je crois beaucoup à la culture réseau, à la confrontation qui nous fait évoluer. En juillet 2000, Edmond Hervé, le maire, a créé la Conférence des villes de l’Arc atlantique. Aujourd’hui, 42 villes y participent et échangent sur la culture, l’accessibilité, le transport… Je suis membre du comité directeur de l’AFCCRE, dont nous avons accueilli un colloque sur la problématique homme-femme. Nous sommes aussi présents dans la commission Europe de l’Association des maires de grandes villes de France, à Cités Unies France, Energie Cités, les villes éducatrices, l’Alliance des villes européennes de culture…

Y a-t-il une action dont vous êtes particulièrement satisfaite ?

R. L. - La réhabilitation de Qufu, ville natale de Confucius, classée au patri­moine mondial de l’Unesco. Nous avons été sollicités par la Chine. Pour intégrer Qufu dans le programme européen Asia Urbs, il fallait une deuxième ville européenne. Nous avons contacté Saint-Jacques-de-Compostelle, membre du réseau Arc atlantique, également inscrite au patrimoine mondial. Sur 35 projets, 5 ont été retenus, dont le nôtre. Sur un budget de 1 million d’euros, l’Europe en a versé 750.000.

En juillet 2012, Roselyne Lefrançois  est 18e adjointe déléguée aux Partenariats et aux relations internationales - (conseillère communautaire Rennes métropole)

ENTRETIEN

Martin Malvy, président de l’Association des petites villes de France : « Nous demandons une approche petites villes »

Le Courrier des maires  - Le réseau des petites villes de l’UE a été lancé le 9 novembre 2007, à Bordeaux. Comme est née cette idée ?

Elle est née il y a un an, lors d’une réunion avec les petites villes espagnoles, en Aragon. Il nous a semblé intéressant de créer un réseau informel. Les grandes villes, les régions, ont une relation directe avec Bruxelles. Par contre, depuis Bruxelles, les petites villes ne sont pas lisibles. C’est pourquoi nous avons contacté les associations d’une douzaine de pays. Six d’entre elles se sont retrouvées à Bordeaux.

Quels sont leurs points communs ?

Les différences entre nos modèles institutionnels ne sont pas des handicaps. Nous avons les mêmes citoyens, les mêmes problèmes : notre place face à la métropolisation, la gestion des services publics, les infrastructures… Partout, les petites villes sont malmenées.

Quels sont les premiers objectifs du réseau ?

Nous voulons sensibiliser la Commission sur l’aménagement du territoire européen. Nous souhaitons que dans les appels à projets figure une approche petite ville, que la politique régionale n’oublie pas cette dimen­sion, qu’elle tienne compte du maillage de l’Europe par les petites villes.

Comment vous ferez-vous entendre de la Commission ?

Pour l’instant nous sommes un réseau informel. Il est trop tôt pour savoir comment nous allons nous organiser. Tout dépend de l’intérêt des premiers pays participants. Mais j’ai le sentiment qu’ils donneront suite. De toute façon, isolément, ni les collectivités ni les associations ne peuvent avoir l’écoute de la Commission.

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