L’Association nationale des conseils d'enfants et de jeunes veut redonner le goût du vote aux 18-25 ans

Denis Solignac
L’Association nationale des conseils d'enfants et de jeunes veut redonner le goût du vote aux 18-25 ans

Prêt à voter, publié par l'Anacej

© Anacej

Le vote n'est pas une question d'âge, mais de génération. Partant de là, réduire l'abstention des jeunes, toujours très supérieure la moyenne, est un enjeu important pour l'avenir du système démocratique. Dans un rapport d'enquête, l'Anacej explore les pistes pour améliorer la participation des jeunes et tord le cou par la même occasion aux préjugés négatifs sur leur attachement à la citoyenneté.

Poursuivant son action de sensibilisation sur le vote des jeunes, entamée à l'occasion de l’élection présidentielle de 2012((L'Anacej avait réalisé des enquêtes sur le vote des jeunes et lancé une campagne pour encourager les jeunes à se rendre aux urnes.)), l'Anacej s'est intéressée à leur participation électorale et leurs relations avec les institutions politiques.

L’Anacej, 25 ans d’action pour la citoyenneté des jeunes
L'Association nationale des conseils d'enfants et de jeunes intervient auprès des pouvoirs publics locaux et nationaux pour promouvoir la citoyenneté des jeunes. Co-dirigée par des mouvements de jeunesse et d'éducation populaire, des collectivités territoriales et des jeunes, l'Anacej a entamé son action au début des années 1990 en favorisant et accompagnant la création d'instances locales de participation des enfants et des jeunes à la vie locale.

Une enquête a été menée par le cabinet Civic Planet en 2014((Lire les résultats de l'enquête de Civic Planet.)) au cours des élections municipales et européennes auprès de 1 800 jeunes de 16 à 25 ans. Le 15 avril 2015, l'association a présenté son dernier « Cahier de l'Anacej » qui, outre une synthèse de l'étude en question, explore des solutions susceptibles d'améliorer la participation aux élections.

« Le traitement médiatique du vote des jeunes, en particulier depuis 2012, est en complet décalage avec ce qui ressort de notre expérience auprès des élus, des acteurs associatifs et des jeunes eux-mêmes, a expliqué Mathieu Cahn, président de l'Anacej. Les jeunes ne seraient pas intéressés par la vie politique, ils seraient égoïstes, voteraient FN, etc. Les résultats de l'enquête confirment que ce sont des préjugés qui s'appuient sur des extrapolations de sondages dont les panels, déjà restrictifs en eux-mêmes, ne comptent que peu de jeunes ».

« Mensonges » et désintérêt pour la jeunesse pointés du doigt
Il est vrai que ceux-ci s'abstiennent bien plus que le reste de la population – en moyenne un différentiel de 20 points –, mais cela s'explique avant tout par de la déception. L'enquête montre en effet un profond rejet des jeunes à l'égard de l'offre et du personnel politiques.

« La vision qu'ont les jeunes du monde politique est assez terrifiante pour l'élu local que je suis. Ils parlent de malhonnêteté », a insisté Mathieu Cahn, élu à la commune et à l'Eurométropole de Strasbourg ainsi qu'au conseil départemental du Bas-Rhin

Selon les jeunes de 18 à 25 ans interrogés, les trois principales causes de l'abstention seraient en effet les mensonges des politiques (71%), suivie du fait que les campagnes électorales ignorent les préoccupations réelles des jeunes (45%) et en troisième lieu, la malhonnêteté des politiques. De manière générale, ils ont une appréciation du système démocratique comme de son avenir très pessimiste.

Le débat politique : un nécessaire apprentissage
« Avec notre enquête, nous explorons des pistes qui ont été soumises aux jeunes interrogés, pour essayer de les ramener vers les urnes », a expliqué Mathieu Cahn.

Trois types de solutions se présentent.

  1. Celles qui visent à améliorer le système démocratique, notamment en réformant le statut de l'élu (non-cumul de mandats en nombre et sur la durée, plafonnement des revenus, etc.) ou en renforçant les outils de démocratie directe.
  2. La voie complémentaire consistant à créer des cadres et dispositifs qui favoriseraient l'apprentissage du débat politique et citoyen chez les plus jeunes, notamment dans un cadre scolaire.
  3. Enfin, la mise en œuvre de solutions techniques visant à faciliter l'acte du vote, particulièrement adaptées à la mobilité des jeunes : assouplissement de l'inscription sur les listes, relance des campagnes d'information à ce sujet, mise en place du vote anticipé et du vote délocalisé, etc., autant de solutions éprouvées dans d'autres pays.

Vote à 16 ans : l’auto-censure des jeunes !
Deux mesures soumises aux jeunes soulèvent toutefois l'unanimité des jeunes et de la population en général contre elles : le vote obligatoire et le vote à 16 ans.

« Sur le vote obligatoire, l'association n'a pas d'avis arrêté, a reconnu Mathieu Cahn. Moi-même, je n'y vois pas que des avantages... En revanche, on peut être assez surpris que les jeunes rejettent le vote à 16 ans et justifient leur rejet par leur « non compétence ». C'est dire à quel point ils ont intégré le regard négatif, dénigrant, que la société porte sur eux ! »

Le vote à 16 ans est prôné par l'Anacej, tout comme il est défendu par le Forum Français pour la Jeunesse dirigé par des organisations de jeunesse depuis plus d'un an. « Les enquêtes montrent que les jeunes qui ne votent pas lorsque les deux premières occasions se présentent, seront très probablement des abstentionnistes chroniques, a précisé Mathieu Cahn. Il s'agit donc de favoriser leur premier vote. »

Un jeune abstentionniste sera aussi un vieil abstentionniste…
Or, à partir de 18 ans et les deux ou trois années suivantes, au cours desquelles ils sont susceptibles de voter pour la première fois, les jeunes sont souvent en situation de dé-cohabitation familiale, très mobiles et, pour une grande partie, éloignés de leur lieu d'inscription.

Ils ne sont plus dans un cadre – l'école ou la famille – propice à encourager leur participation aux scrutins. « C'est la pire période pour un premier vote », selon Mathieu Cahn. Entre 16 et 18 ans, leur situation sociale et familiale s'avère en revanche plus favorable.

Autre information rapportée dans l'étude par les spécialistes du cabinet d'étude Civic Planet, la participation électorale n'est pas une question d'âge. On ne vote pas plus parce que l'on vieillit. En revanche, de génération en génération, l'abstention croit. L'enjeu de la participation des futures générations de jeunes va donc bien au-delà de la citoyenneté de la jeunesse. C'est ce sur quoi l'Anacej espère mobiliser les responsables locaux et nationaux.

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