« Il faut lutter contre la solitude des maires face aux risques majeurs »

« Il faut lutter contre la solitude des maires face aux risques majeurs »

© Mairie de Toulon

Le maire de Toulon et président de la Métropole Toulon Provence Méditerranée, Hubert Falco, s’est vu confier cet automne une mission nationale sur la Sécurité civile et les risques majeurs par Emmanuel Macron. Entretien avec l’ancien secrétaire d'État à l'Aménagement du territoire sur sa feuille de route.

A la suite des vastes incendies qui ont ravagé une partie du pays cet été, le président de la République vous a confié cet automne une mission nationale sur la Sécurité civile et les risques majeurs. Quelle est votre feuille de route ?

Hubert Falco : Cette mission a pour objectif de mieux lutter et mieux anticiper les risques majeurs : incendies, inondations, risques industriels, avalanches… Cette mission est sous la direction du ministère de l’intérieur, mais elle se veut interministérielle, en lien avec l’Éducation nationale, la Défense, l’Environnement et l’Aménagement du territoire.

Les incendies de cet été nous le confirment. Nous devons fédérer les différents acteurs de la sécurité civile, avoir une approche plus globale, arrêter de travailler en silo. Nous devons moderniser notre système de sécurité civile en profondeur si nous voulons faire face aux défis qui nous attendent.

Comment allez-vous menez cette mission ?

Nous allons dans un premier temps entendre les acteurs de la sécurité civile : les sapeurs-pompiers, les présidents des services d’incendie et de secours  (SDIS)… Mais aussi les élus. Nous allons ainsi lancer d’ici à la fin de l’année une enquête nationale auprès des maires qui ont été confrontés aux risques majeurs ces trois dernières années, et aussi entendre des présidents de département, de région. Enfin, nous irons voir comment cela se passe à l’étranger. Le pré-rapport que je rendrai fin mars au président de la République s’appuiera sur cette large consultation. L’objectif est de remettre un rapport définitif d’ici à l’été prochain.

Le maire doit-il être un des acteurs clés ?

J’en suis à mon septième mandat de maire, d’abord de Pignans, une petite commune rurale du Var, puis de Toulon. J’ai aussi été président d’un Sdis. J’ai vécu l’incendie des Maures en 2003 au cours duquel 20 000 hectares ont brûlé en quinze jours. Je peux donc vous dire d’expérience que le maire est toujours au centre. Et c’est compréhensible puisque c’est lui qui connaît le mieux son territoire.

Le maire doit dans un premier temps anticiper et prévenir le risque. Il doit ensuite, lorsque celui-ci survient, délivrer toutes les informations utiles aux différents acteurs venus au secours de sa commune. Il est aussi celui vers qui les citoyens se tournent. Enfin, il doit gérer l’après. Et, aujourd’hui, en ce qui concerne l’après, le maire se retrouve souvent très seul. Il s’agit demain de mettre fin à ce que j’appelle la solitude du maire face aux risques majeurs.

Depuis quelques années, les pompiers mais aussi les maires, notamment l’AMF, pointent du doigt le manque de moyens matériels et les fortes inégalités territoriales et posent in fine la question du financement des Sdis...

Oui, la question des moyens matériels et de leur localisation, et plus largement la question du financement des Sdis, est un sujet majeur. Le ministre de l’Intérieur lui-même appelle à plus de solidarité entre les départements (à Nancy, lors du dernier congrès de la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), en septembre, à Nancy, ndlr). Nous irons dans ce sens.

La Fédération des sapeur-pompiers (FNSFP) réclame 250 000 sapeurs-pompiers volontaires contre 196 000 aujourd’hui. Le ministre de l’Intérieur a chiffré un objectif de 220 000 volontaires d’ici cinq ans. Et vous ?

Je ne vous répondrai pas ; la mission ne fait que démarrer et je veux d’abord écouter les uns et les autres. Ce que je peux vous dire, c’est que la question du recrutement des pompiers volontaires, mais aussi celle de leur statut, est cruciale.

Le Var sera-t-il demain un département pilote en matière de sécurité civile ?

Le Var, oui, mais plus largement le bassin méditerranéen. Même si aujourd’hui aucune région n’est à l’abri, le sud de la France reste une des zones les plus à risques.

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