[Podcast] Et si la politique locale… était fondamentalement politique ?

[Podcast] Et si la politique locale… était fondamentalement politique ?

Débat sur les libertés locale au Congrès des maires 2022

© fabien calcavechia

Pourquoi des collectivités assignent-elles l’Etat en justice pour inaction face à la crise climatique, se démarquent sur le plan diplomatique ou innovent pour faire face à l'ubérisation ou tenter de répondre à la désertification médicale ? A quel point leurs élus se revendiquent-ils du mantra « Penser global, agir local », animant toujours nombre d’entre eux ? Un passionnant podcast de France Culture, « Quand les villes entrent en dissidence », décortique l’intensification du rapport de forces entre Etat, maires et présidents de région. Et ce qui se cache derrière ce combat politique autour de la re-politisation du « local »… Si de plus en plus d’élus de terrain durcissent le ton sur le sujet des migrants ou de la santé, en France comme à l'international, tous ne manifestent pas pour autant l’envie de se passer définitivement de l’Etat.

Coup de tonnerre à Strasbourg, lundi 5 décembre 2022 au matin ! La maire (EELV), Jeanne Barseghian, annonce son intention d’attaquer l’Etat en justice pour ses « carences » et « défaillances » face au sans-abrisme. La co-présidente de l’Anvita enjoint même ses homologues élus à rallier son nouveau combat juridico-politique ; un appel reçu dans d’autres grandes villes gouvernées par la gauche – Bordeaux, Lyon ou encore Marseille. Objectif de la démarche : mettre l’Etat face à ses responsabilités, souligner son inaction, pour tenter de le faire réagir.

L’occasion pour France Culture d’interroger les stratégies dissonantes de certaines collectivités territoriales, en France comme à l’étranger, n’hésitant plus à se démarquer ainsi de la ligne fixée par leur Etat. Le podcast « Sous les radars » revient ainsi durant près d’une demi-heure sur l’entrée en dissidence de certaines villes et régions sur le dossier sensible de la crise des migrants mais aussi le logement ou de la santé. La journaliste Nora Hamadi donne d’abord la parole au politiste Guillaume Gourgues, pour poser le cadre : « il existe une longue tradition de rapports de forces entre les pouvoirs locaux et l’Etat. Les élus empruntent ici des registres d’action aux mouvements sociaux, mobilisent là leurs associations pour des actions discrètes de lobbying. Mais la plupart ne se vivent pas comme les spectateurs passifs de ce que fait l’Etat, ni de ce qu’il propose comme règles du jeu » contextualise ce spécialiste des politiques publiques locales.

Hiatus entre la pression politique et la liberté financière

« Les élus locaux haussent le ton car la pression sur leur dos monte sans cesse, pendant que l’Etat vérifie bien que les collectivités n’aient pas la liberté financière complète de faire ce qu’elles veulent. Il existe un hiatus entre le sentiment que les collectivités doivent agir de plus en plus, ont de plus en plus de compétences et de responsabilités, mais que l’Etat se désengage en parallèle, que les financements ne sont pas au rendez-vous » analyse-t-il au micro de Nora Hamadi.

Pour illustrer son propos, la journaliste revient ensuite sur la « plateforme des collectivités solidaires » lancée en 2021 par SOS Méditerranée, toujours sur ce dossier migratoire. « Il s’agit d’un soutien essentiellement financier, mais aussi politique puisque des élus de grandes régions comme de petites communes accompagnent la mobilisation citoyenne et diffusent notre plaidoyer. Les 88 collectivités membres ont toutes adhéré en réponse au désengagement des Etats européens » développe une cadre de l’association de sauvetage en mer.

Les mutuelles communales, une innovation contre l’Etat ?

Reste à comprendre le sens de cette rébellion plus ou moins organisée. Quand les élus des « villes-refuges » s’affirment pour pallier les problèmes que délaissent les gouvernements conservateurs mais aussi les inciter à prendre leurs relais, des militants néo-municipalistes se verraient bien, eux, se passer de l’Etat, dans un discours de subsidiarité radicale voire de fédéralisme.

Nouveau reportage, pour saisir la nuance, cette fois-ci à Fontenay-sous-Bois : qu’est-ce qui guide le maire (PCF) de cette commune du Val-de-Marne à lancer une mutuelle communale ? Est-ce une réponse à la désertification médicale et au difficile accès aux soins, donc aux failles de l’Assurance-Maladie et du ministère de la Santé, ou avant tout à la paupérisation de sa population ? « Ma vision de la commune, c’est d’être un bouclier social, en charge d’amortir les crises successives. Cette aide ne coûtera rien à la collectivité, qui plus est, puisqu’il s’agit d’une simple négociation d’un tarif collectif avec la mutuelle » argue, par exemple, Jean-Philippe Gautrais.

« Attention à ne pas présenter ce mouvement de mise en place des mutuelles communales comme un mouvement homogène et parfaitement cohérent. Il s’agit d’initiatives particulières dans la plupart des cas, décidées par les élus pour des raisons très différentes » rebondit Guillaume Gourgues.

Ne pas confondre municipalisme et néo-municipalisme

Rappelant « comment des réformateurs avaient investi les municipalités pour en faie des lieux d’expérimentation et de développement des politiques sociales, à la fin du dix-neuvième siècle, à un moment où la progression de l’Etat-providence était bloquée au niveau national », ce maître de conférences en sciences politiques à l’université Lumière – Lyon 2 se garde bien d’y voir, aujourd’hui, toute tentative d’extension de l’Etat social depuis l’échelle locale. Et incite les élus à se questionner sur le fondement de leurs innovations.

« Que fait-on lorsqu’on agit localement ? Lance-t-on un défi à l’Etat pour l’inciter à prendre en charge des problèmes qu’il ne souhaite pas initialement affronter, ou s’agit-il d’un moyen de se passer à moyen ou long-terme de l’Etat ? Il faut bien distinguer le municipalisme des élus, autour de la rhétorique de la proximité et de la subsidiarité, du néo-municipalisme qu’on retrouve aujourd’hui au Chiapas (Mexique), au Rojava (Syrie) mais aussi dans certaines listes participatives et de l’association Fréquence commune qui les fédèrent, et qui appellent à tout repenser – la place des élus, la place des habitants, de la démocratie participative et représentative – à partir de la commune. Ça reste un mouvement encore minoritaire et marginal, mais dont le projet politique dépasse le simple bricolage de solutions face au retrait de l’Etat » pointe Guillaume Gourgues.

Réécoutez « Quand les villes entrent en dissidence », nouveau podcast de l'émission Sous les radars (France Culture), diffusé le 10 décembre 2022 (environ 28 minutes).

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