En 2016, le bloc communal ravive (un peu) la flamme de l’investissement local

Aurélien Hélias
En 2016, le bloc communal ravive (un peu) la flamme de l’investissement local

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© Phovoir

Communes et intercommunalités porteraient à elles seules une reprise de l’investissement public local en 2016 que La Banque Postale évalue à +1,3%. Mais les raisons de tempérer ces bonnes nouvelles sont nombreuses face aux incertitudes électorales, financières et institutionnelles qui s’annoncent pour 2017 et 2018.

En 2014 et 2015, c’est un repli sans précédent de l’investissement public local qui a été observé : -17 %. Deux années de fortes baisses qui devraient enfin, malgré la poursuite de la baisse des dotations de l’Etat, s’interrompre en 2016 selon les calculs de la Banque postale- Collectivités locales qui annonce une légère reprise pour 2016 : +1,3%, à 48,7 milliards d’euros. Or, cette timide reprise serait principalement le fait du bloc communal dont les investissements cumulés augmenteraient de 3 % (2,5 % pour les communes et 3,5 % pour les intercommunalités), selon la note de conjoncture des finances locales présentée le 3 novembre à Paris.

« En revanche les départements restent sur une baisse de leurs investissement, même si moins marquée », observe Thomas Rougier, directeur des études de LBP- Collectivités locales : -4,3 % après déjà -8,2 % en 2015. Mais en 2016, les départements payent « leur énorme effort pour contenir la baisse de leur épargne brute via une forte baisse de l’investissement », détaille l’analyste. Résultat : les investissements départementaux ont chuté d’un tiers depuis 2009.

Les départements s'enfoncent, les régions ploient

Maillons forts de l’investissement en 2013, 2014 et 2015 (+3,5% cette année-là), les régions voient leurs investissement se rétracter de 3,1%. Manifestement, ces dernières payent non seulement la troisième année consécutive de baisse de leurs dotations, l’atonie de leurs recettes fiscales mais aussi un certaine glaciation des projets d’investissements et de l’engagement des budgets correspondants du fait de la nouvelle la carte territoriale : les réorganisations administratives dans les régions fusionnées ont manifestement pesé.

Le bloc communal apparait don comme le niveau d’administration locale le plus a même de ranimer la flamme très vacillante de l’investissement public local, notamment grâce à la diminution de moitié de sa contribution au redressement des finances publiques locales, annoncé par le chef de l’Etat au dernier congrès des maires. « Un signe positif », confirme Thomas Rougier, qui s’ajouter à la prorogation du fonds d’un milliard (passé à 1,2 milliard pour l’investissement du bloc local et la Dotation d’équipement des territoires ruraux une nouvelle fois majorée de 200 millions.

2017-2018, incertitudes en pagaille

« Même si subsiste une petite interrogation : quid de 2018 ? ». Dit autrement : « l’année 2016 a illustré la grande résilience des collectivités dans un contexte de mutations institutionnelles et de contrainte budgétaire mais jusqu’à quand ? » Une question que se posent tous les élus sur l’avenir du niveau des dotations et qui peut d’ores et déjà jouer dans leur décision de lancer ou non des projets d’équipement : « pour tout projet, il n’y a pas que l’investissement à financer, mais aussi des charges de fonctionnement derrière… », rappelle le directeur des études de LBP.

D’autant que les incertitudes ne portent pas uniquement sur le programme budgétaire du futur exécutif, mais aussi sur « les fusions d’intercommunalités : tout le monde s’interrogent sur la charge de la dette, les taux d’imposition de celui avec qui « on se marrie ». Tout cela crée un ralentissement », décrypte le président du Comité d’orientation des finances locales de LBP, Jean-Pierre Balligand. Et d’ajouter que « comme les dépenses de fonctionnement des départements diminuent, cela va ralentir l’investissement dans tout ce qui est ville moyenne ou petite ville. C’est moins le cas des grandes agglos », souligne-t-il.

Une reprise en trompe-l'oeil au regard de la décennie

Autre observation de nature à tempérer l’optimisme sur l’investissement du bloc communal : cette reprise fait suite à une chute de 25,3 % entre 2013 et 2015. Conséquence : avec cette hausse prévue pour 2016, les collectivités ne feraient jamais que retrouver un niveau d’investissement (en euros constants) qu’on n’a pas vu aussi bas depuis… 2003. Soit 48,7 milliards d’euros contre un niveau moyen de 54,6 milliards d'euros sur les quinze dernières années.

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