E-réputation : soignez et protégez votre image numérique

laurence-denes

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Avec internet, l'image des personnes publiques qui, depuis des lustres, était entre les mains de quelques-uns - leaders d'opinion et journalistes - est devenue attaquable n'importe quand et par n'importe qui. Il existe toutefois des moyens pour surveiller votre e-réputation. Et riposter, en cas d'attaque.

"L'e-réputation ou identité numérique, c'est l'impression qu'un internaute va, en une poignée de minutes, retirer d'un individu en surfant sur internet", explique Pierre Guillou, fondateur du site Elus 2.0.

Selon ce consultant en "web politique", un seul objectif, donc : s'assurer qu'en cas d'investigation, sur son nom ou celui de sa commune, les moteurs de recherche affichent en première position les articles les plus flatteurs, reléguant aux pages suivantes les commentaires d'habitants mécontents ou de rivaux politiques.

La campagne des élections municipales de 2014 se passera en grande partie sur le net, avec une explosion des blogs et des tweets, prévient Jean Dionis du Séjour, député-maire d'Agen (Lot-et-Garonne) et président du groupe de travail TIC à l'Association des maires de France (AMF). "Il faut impérativement s'y préparer, individuellement et collectivement", insiste-t-il .

Occuper la place et réserver son nom de domaine
Comment contrôler une image numérique en perpétuelle mouvance ? "D'abord, en occupant la place, expose Pierre Guillou. Le grand public s'informe de plus en plus par le web et ne pas y être renvoie à l'insignifiance."

Plus encore: "Ce serait la porte ouverte aux informations non maîtrisées", assure le professionnel. La Toile n'étant qu'un vaste palimpseste numérique, la meilleure façon d'y être avantageusement connu consiste en effet à en "truster" l'espace afin que d'autres, moins positifs, ne le fassent en lieu et place.

Wikipedia, site, blog, pages Facebook ou Myspace, Twitter... La première étape consiste à réserver son nom de domaine, sur chacun de ces outils et dans chaque extension possible (nomprenom, nom.prenom, .com, .net, .fr...) pour couper court à toute usurpation d'identité, délit condamné par la loi Loppsi 2 ou loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure du 14 mars 2011, mais qui exige une longue procédure.

Reste ensuite à produire de l'information sur ces supports, "sans se prendre soi-même les pieds dans le tapis (bien séparer profil personnel et pages publiques et modérer les posts sur son blog) et en jouant sur l'interconnexion des réseaux afin de maximaliser sa visibilité", précise Pierre Guillou.

Les puristes iront jusqu'à peaufiner l'indexation pour garantir un référencement maximal, quel que soit le mot-clé recherché.

C'est notamment l'objet des agences d'e-réputation qui proposent une gestion complète de l'identité numérique de leur client, de l'audit à la gestion de crise en passant par la veille. Sans oublier "l'assurance e-réputation", garantissant un accompagnement dans l'effacement de tout contenu diffamant.

Veiller, "Googliser"
"Veiller à sa réputation sur le net revient également à surveiller les contenus sur soi mis en ligne par d'autres", explique Edouard Fillias, directeur associé de l'agence Image & Stratégie.

"Sur internet, une information se répand, telle une traînée de poudre; mieux vaut donc le savoir au plus tôt afin de gérer la crise au plus vite", appuie le député-maire d'Agen (33.300 hab., Lot-et-Garonne), Jean Dionis du Séjour, président du groupe de travail TIC à l'Association des maires de France (AMF).

Pour tenir cette veille technologique, le plus simple consiste à "googliser" chaque jour. La CNIL recommande de "taper régulièrement son nom dans un moteur de recherche" afin de vérifier les informations circulant sur soi et disséminées sur différents sites.

Pour optimiser cette prospection, la websphère propose gratuitement plusieurs outils.

  • Google Alertes : à fréquence régulière, il pointe les nouvelles pages indexées à la requête choisie et les archives, grâce à Google Reader", précise Fabrice Dalongeville, maire d'Auger-Saint-Vincent (500 hab., Oise) et rapporteur du groupe "Internet et nouveaux médias" à l'Association des maires ruraux de France (AMRF).
  •  Twitter Search, moteur de recherche des derniers tweets.
  •  E.buzzing, portail d'informations fouinant dans les sites de presse et blogs, devenu en septembre 2011 .
  • 123people ou Webmii qui regroupent de très nombreuses informations sur une personne (pages blanches, e-mail, images, liens web, réseaux sociaux, etc.)
  • Facebook, dont de nouveaux groupes peuvent toujours révéler un mécontentement naissant.

Certains services payants et prestataires offrent une analyse cartographiée de la veille dans le temps, "un audit complet à partir duquel une stratégie de communication pourra être élaborée", indique Edouard Fillias.

En cas d'attaque, noyer le poison !
Si la veille est à la portée de chacun, que faire en cas de "départs de feu"? "Agir techniquement sans tarder, lorsque cela est possible" conseille Gérard Liot, maire d'Aussac-Vadalle (410 hab., Charente) et membre du groupe de travail TIC de l'AMF.

Face aux rumeurs médisantes, à l'ironie cruelle ou à la caricature, l'affaire se fait plus délicate. La Cour de cassation l'a encore confirmé [Cass. civ. 1ere, 6 oct. 2011, n°10-18142] :

"Les abus de la liberté d'expression ne peuvent être réprimés que par la loi du 29 juillet 1881" sur la liberté de la presse et ne relèvent donc pas de la responsabilité civile.

Selon Didier Frochot, fondateur avec Fabrice Molinaro des Infostratèges , "la meilleure solution, dans ce type d'attaque, personnelle ou institutionnelle, consiste donc à déclasser très vite les articles dépréciatifs en créant un flux de messages positifs. Ceux-ci, conçus pour être intensivement référencés (jeu sur les mots-clés), les noieront ainsi peu à peu sous une nouvelle strate d'informations".

Du virtuel au tribunal
Néanmoins, le contexte -fallacieux, diffamatoire ou injurieux- implique parfois de passer au cran supérieur.

"La loi informatique et libertés permet à toute personne présentant des motifs légitimes de demander la suppression de données la concernant diffusées sur internet", souligne la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), qui accompagne les plaignants (lire la fiche de la CNIL, dans ce dossier).

Mais la démarche est rarement couronnée de succès. D'autant que "la plupart des hébergeurs ont trouvé la parade juridique pour renvoyer sur l'éditeur du site, souvent introuvable, la responsabilité de la mise en ligne", rapporte Didier Frochot, de l'agence Infostratèges.

Résultat: de plus en plus d'affaires de ce type se retrouvent devant les tribunaux, avec des magistrats et des demandeurs souvent démunis face à un droit de l'internet en construction.

Se former au Web 2.0
Proposées par des prestataires privés ou des institutionnels comme la SMACL, des formations invitent donc les élus à mieux utiliser le Web 2.0 et réagir efficacement.

A l'initiative d'Anne-Lise Jacquet, conseillère municipale d'Artigues-près-Bordeaux (33), les élus d'opposition de la communauté urbaine bordelaise ont ainsi profité d'un "mediatraining" intensif sur ce thème tandis que l'AMF multiplie les conseils auprès de ses adhérents.

Retenir son nom de domaine

Depuis le 1er juillet 2011, tout demandeur public ou privé peut utiliser le nom géographique d'une collectivité territoriale s'il justifie d'un intérêt légitime et agit de bonne foi.

L'Association des maires de France (AMF) recommande aux communes de retenir au plus vite tous les noms de domaine correspondant à leur nom :
> télécharger le document de l'AMF

Animer un blog sans bug
La loi n°2009-669 du 12 juin 2009, ou "loi Hadopi", crée un nouveau régime de responsabilité du directeur de publication propre aux espaces de contributions du web 2.0. Il en ressort que sa responsabilité pénale ne peut être engagée s'il est établi qu'il n'avait pas eu connaissance du message avant sa mise en ligne ou si, "dès le moment où il en a eu connaissance, il a agi promptement" pour le retirer.

Il est néanmoins conseillé de disposer d'un modérateur chargé de veiller à la bonne tenue du forum et de l'annoncer, via une charte, dès l'accueil du site. Face aux besoins, plusieurs prestataires offrent d'ailleurs un tel service, mutualisé ou sur mesure.

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