Développement économique -Les Direccte doivent s'adapter à la nouvelle donne locale

La rédaction

Deux ans après une mise en place ardue, la Direccte devra s'adapter à la nouvelle donne économique locale.

En regroupant 8 services afin d'instaurer un interlocuteur unique pour l'ensemble des acteurs économiques locaux, les nouvelles Direccte ont été dotées, lors de leur création en janvier 2010, de larges missions, dont celles de participer au développement économique territorial.

Très jeunes, ces directions semblent satisfaire les entreprises en "facilitant les relations au niveau local. La création de correspondants PME au sein des Direccte est bien perçue", observent ainsi trois inspections générales dans leur rapport sur la RGPP remis au Premier ministre le 25 septembre 2012.

Un interlocuteur unique

Pour autant, l'efficience de ces nouveaux colosses de l'Etat local n'est pas toujours au rendez-vous, tant ces directions ont agrégé des services hétérogènes. C'est ce que notait déjà l'Inspection des finances dans un rapport consacré à ces directions en février dernier.

En cause, notamment, "une grande disparité entre les fonctions et les services regroupés, des différences de culture et de métiers : contrôle, animation, gestion des soutiens publics", et "le nombre important de donneurs d'ordre nationaux".

Ainsi, les collectivités locales ne sont pas toujours satisfaites de leurs relations avec leur Direccte, dénonçant outre les difficultés à retrouver l'interlocuteur idoine, un certain manque de proximité.

Directrice de la Direccte de Bourgogne, Isabelle Notter ne nie pas que sa nouvelle direction doit encore "faire cohabiter des cultures et des façons de travailler différentes". Ce qui ne l'empêche pas, selon elle, de répondre plus rapidement aux demandes locales. "La Direccte apporte plus de réactivité et permet à une entreprise de ne plus avoir 36 interlocuteurs !", souligne-t-elle.

Quant aux rapports avec les collectivités, elle estime aussi que la relation a été simplifiée, qu'il s'agisse de projets liés à la formation professionnelle ou à la gestion des contrats aidés par les exécutifs locaux.

Partage d'informations

Autre progrès qui serait lié à la concentration des savoir-faire dans la Direccte : une meilleure assistance aux collectivités dans la connaissance des caractéristiques économiques du territoire : "Nous partageons avec elles nos informations sur la définition des bassins d'emplois, la provenance des gens travaillant sur les territoires, les coopérations d'entreprise, etc."

Reste qu'Isabelle Notter a conscience que le nouvel acte de décentralisation, "en confiant aux régions des compétences qui relevaient hier du domaine de l'Etat, sera susceptible de nous impacter", alors même que la Direccte est encore "en cours de consolidation". Or, dans les services déconcentrés, "nous aspirons tous à une stabilisation", glisse-t-elle.

Olivier MERIAUX,
à Sciences-po (UMR Pacte Grenoble), consultant (cabinet Amnyos)

"Les Direccte ont passé plus de temps à régler leurs problèmes internes qu'à aider les entreprises"

"La création des Direccte est exemplaire d'une fusion d'abord guidée par l'enveloppe institutionnelle, sans se préoccuper des procédures, définies seulement après. On a commencé à construire la maison par le toit : tout reste à faire dans le mode d'organisation et le management. Et les Direccte ont passé plus de temps à régler leurs problèmes internes qu'à aider les entreprises…

Les objectifs étaient pourtant clairs : une rationalisation administrative, un souci d'efficacité de l'action publique sur l'emploi, le tout dans une conception assez libérale de l'intervention publique considérant qu'il fallait passer d'un Etat réglementaire et régulateur à un Etat facilitateur des initiatives des autres acteurs.

Mais dans la configuration actuelle, les moyens d'intervention économique sont restés là où ils étaient auparavant : au niveau régional et non dans les unités territoriales. L'idée d'avoir des synergies locales sur l'emploi existe sur le papier mais pas dans les faits. A la base, les cultures des anciennes directions sont profondément différentes, de l'ingénieur à l'inspecteur du travail. C'est un travail très long que de les rapprocher et l'Etat manque de managers publics pour rassembler ces différents parcours professionnels.

Deux logiques s'opposent :

1. celle très descendante, faite de la mobilisation d'une batterie d'aides à l'emploi, tous les acteurs devant rendre compte de l'utilisation de ces mesures sur chaque territoire ;
2. et l'autre, émergente, de création d'emplois par une action économique locale viable en fonction du positionnement du territoire.

Il existe au sein des Direccte une tension permanente entre ces deux logiques."

© Le Courrier des maires d'octobre 2012

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