« Départements et communes » veut préempter le projet territorial de l’UMP pour 2017

Aurélien Hélias
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vandermarcq - 18/05/2015 09h:09

Est-ce que la création de votre association montre que vous êtes favorables à la disparition des régions et des communautés de communes puisque de toutes façons il y a au moins 2 niveaux administratifs à supprimer?

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« Départements et communes » veut préempter le projet territorial de l’UMP pour 2017

Eric Doligé

© F. Calcavechia

Longtemps en sommeil, l’Aserdel et le MNEL, les deux associations historiques des élus locaux de droite, ont annoncé leur fusion le 6 mai. Objectif officiel : défendre les départements et communes, « menacés par le pouvoir socialiste » selon Eric Doligé (photo). Objectif officieux : faire en sorte que le candidat de la droite à la présidentielle 2017 abandonne toute idée de suppression des départements et épargne financièrement des collectivités redevenues un pré carré de la droite.

Ambiance de franche camaraderie le 6 mai dans la petite salle Vaugirard du Sénat : anciens ministres, sénateurs et « grands » élus locaux de la droite et du centre étaient réunis pour officialiser et célébrer la création d’une nouvelle association d’élus locaux. « Départements et communes » fusionne ainsi l’Aserdel et le MNEL, pendants de l’ADF et de l’AMF, mais pour les seuls élus locaux de droite.

Une fusion présentée comme historique, quitte à tordre un peu l’histoire justement, comme lorsque André Santini fait du MNEL, « créé en 1953 par Antoine Pinay et Jacques Chaban-Delmas » et  qu’il préside, « la plus ancienne association d’élus locaux », alors que l’Association des maires de France est plus que centenaire…

En retrait de l’espace médiatique du fait d’une faible activité, les deux associations souhaitent rebondir ensemble. L’initiative en revient au sénateur Eric Doligé – à la tête de l’Aserdel et jusqu’en mars dernier président du conseil départemental du Loiret – et interviendrait dans le prolongement de la contestation par les élus locaux de droite du redécoupage cantonal, depuis deux ans. « Les départements et les communes, collectivités de proximité, sont particulièrement malmenées [...] et ont besoin de s’engager collectivement », plaide-t-il.

« Corriger toutes les imbécilités faites »
En cause, un « pouvoir socialiste » accusé de tous les maux territoriaux, et en premier lieu d’une « casse de la proximité ».

Florilège : « Le gouvernement socialiste fait n’importe quoi, n’importe comment. On ne sait pas où il va, ils ne savent pas où ils vont », s'amuse André Santini. « Le gouvernement fait de la politique et recentralise, […] de l’urbanisme au logement social, et l’ensemble des compétences au détriment des élus et en faveur de la haute administration. On veut retirer l’argent à l’ouest pour l’envoyer à l’est, dans le neuf-trois… », condamne Hervé Marseille, sénateur-maire de Meudon.

S'ensuit l'indignation de  Jean-Léonce Dupont, sénateur et patron du département du Calvados : « Le découpage cantonal et le mode de scrutin ont été faits par eux et pour eux », condamne-t-il, amer.

« Il faut qu’en 2017, quand l’alternance aura lieu, que nous, représentants de toutes ces collectivités, soyons complémentaires et pas en opposition. Qu’on revienne avec un texte permettant de corriger toutes les imbécillités faites », tonne pour sa part le sénateur et président du conseil départemental des Ardennes,  Benoit Huré.

Quand Charles Pasqua condamne la recentralisation
Plus solennel encore, Philippe Pemezec, premier édile du Plessis-Robinson et leader des « maires en colère », n’a pas de mots assez durs pour condamner également « les technocrates à la manœuvre [qui] veulent faire taire la démocratie locale ».

Qu’à cela ne tienne, le « parrain » de la réunion du jour, Charles Pasqua, peut-être inspiré par les actuels débats sur la loi sur le renseignement, suggère alors la création « d’une association qui recense tous ceux qui font preuve de beaucoup de volonté et de dynamisme pour s’attaquer aux élus. Quand il y aura un changement de majorité, qu’on puisse faire la liste et qu’on ne les laisse pas en place »...


« A défaut de donner un coup de jeune au PS, ils ont décidé de donner un coup de vieux à nos structures. Il y a une volonté du PS de liquider le pouvoir local », lance même l’ancien locataire de la Place Beauvau.

« Il est ahurissant de voir que par rapport à ce phénomène de recentralisation et de ré-étatisation, on retire un certain nombre de responsabilités aux élus. La réaction de l’ensemble du corps électoral intermédiaire, que sont les maires, les conseillers généraux et les autres élus, est insuffisante », juge même celui qui ne s’est pourtant jamais particulièrement fait connaître comme un chantre de la décentralisation. Tout juste doit-on à l’ancien ministre de l’Intérieur et de l’aménagement du territoire la paternité de la loi sur les pays en 1995.

Peser sur le projet territorial de 2017
Autant de discours ressemblant à s’y méprendre à ceux que tenait… la gauche lorsqu’elle était dans l’opposition au quinquennat Sarkozy et qu’elle vilipendait, forte de la quasi-totalité des régions, de 60% des départements et de la majorité des grandes et moyennes villes, le conseiller territorial et le gel des dotations.  Mais au-delà ces cris d’orfraie qui semblent parfois un peu surjoués, c’est bien moins de l’actuelle majorité socialiste que semble s’inquiéter la nouvelle association que de la majorité de droite… de demain.

Car ces parlementaires élus locaux sont loin d’ignorer que la quasi-totalité des responsables nationaux de l’UMP se sont un jour ou l’autre prononcés pour la suppression des départements et que le projet présidentiel du parti de la droite préconisait de diminuer de 10 milliards d'euros sur cinq ans les dotations aux collectivités territoriales.

Après deux vagues bleues aux municipales de mars 2014 et aux départementales de 2015 et avant un probable troisième tsunami aux régionales de décembre, il est urgent de se faire entendre de l’état-major des deux partis de la droite et du centre à la veille de 2017.

Convaincre à temps les états-majors…
Rapidement, le « problème » est soulevé par Benoit Huré : « Il y a les conseillers et les sachants. Nous, nous avons les mains dans le cambouis tous les jours. On a besoin des sachants comme des manants que nous sommes », glisse-t-il.

Plus concret, le nouveau président du Nord Jean-René Lecerf expose l’alternative : « Soit on revient aux régions anciennes et je n’ai d’ailleurs pas peur de la formule du conseiller territorial ; soit on reste dans la forme actuelle et la disparition des départements serait une folie ! »

« Départements et communes » aurait-elle alors pour vocation première de contrer l’UMP ? Eric Doligé s’en défend : « Nous, notre rôle n’est pas de contrer mais d’apporter quelque chose de positif […] aux partis, l’UMP et l’UDI, qui parfois prennent à la légère ces problématiques de collectivités et les voient au travers d’une lorgnette commune aux préfets et à la haute fonction publique ». On a déjà vu démenti plus convaincant…

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