Christian Pierret, président de la FVM : « L'économie de l'avenir vivra d'intelligence, d'innovations et d'initiatives locales »

Denis Solignac
Christian Pierret, président de la FVM : « L'économie de l'avenir vivra d'intelligence, d'innovations et d'initiatives locales »

Christian Pierret

© C. Pierret

La Fédération des villes moyennes (FVM), présidée par l'actuel maire de Saint-Dié-des-Vosges, Christian Pierret, consacre les « 5es Rendez-vous de l'intelligence locale », mercredi 11 décembre 2013, à l'initiative économique locale. A travers ce colloque intitulé « Quand les territoires s'approprient leur économie », la FVM veut démontrer que la relance durable de la croissance en France doit s'appuyer sur un nouveau modèle économique, plus ascendant, s’enracinant dans l'innovation locale et valorisant les ressources du territoire. En deux mots : les « circuits courts » auxquels la fédération donne un sens très large.

Courrierdesmaires.fr. En quoi la question du développement économique local est-elle particulièrement d'actualité pour les villes moyennes ?

Christian Pierret. Deux constats d’abord : la situation économique et sociale est difficile et nous sommes arrivés, me semble-t-il, au bout du système construit autour du service public de l'emploi. Pôle emploi fait un bon travail, utile, ce n'est pas la question. Mais nous voyons bien qu'en période de crise profonde, ce système a un effet limité.

En même temps, malheureusement, les préoccupations d'aménagement du territoire ont quasiment disparu des priorités des décideurs en France et en Europe. L'aménagement du territoire se pensait comme un emboîtement d'échelles territoriales successives qui partait du local pour arriver au national.

Il ne faudrait pas penser que nous appelons à un retour à l'autarcie. Il ne s'agit pas d'initiatives nostalgiques, mais bien d'un mouvement moderne qui se projette dans l'avenir”

Tout cela donne envie de prendre soi-même des initiatives, de créer une dynamique d'innovation économique locale. Certes, ça ne résoudra pas le problème du chômage dans son intégralité mais cela y contribuera tout en favorisant l'installation d'un autre état d'esprit. Nous sommes convaincus que l'économie de l'avenir vivra d'intelligence, d'innovations et d'initiatives locales qui à des degrés différents, s'emboîteront à d'autres initiatives et intelligences plus agrégées et plus vastes.

Il faut repenser l'économie ainsi, en partant de la réalité et des volontés issues des territoires. Mais attention, il ne faudrait pas penser que nous appelons à un retour à l'autarcie. Il ne s'agit pas d'initiatives nostalgiques, mais bien d'un mouvement moderne qui se projette dans l'avenir.

Vous parlez de « circuits courts », définis en général comme un système économique dont les intermédiaires entre producteurs et consommateurs sont restreints ou nuls. Mais votre définition va au-delà….

C. P. Notre démarche consiste à promouvoir des modèles de développement économique plus respectueux des hommes et de l'environnement, qui partent du local. Cette économie de proximité intègre les notions de circuits courts, d'économie circulaire, de différentes formes d'économie relevant de l'innovation territoriale et de la valorisation des ressources locales.

Cependant, selon nous, la dénomination de « circuits courts » est celle qui recouvre la définition la plus large, la plus intégrative, parmi tous les appellations utilisées lorsque l'on parle de projets de développement centrés sur l'optimisation de la ressource locale. C'est elle qui traduit le mieux ce que nous prônons.

En quoi cette économie de proximité, de circuits courts, représente-t-elle un changement et en même temps l'avenir du développement local et national ?

C. P. D'abord c'est une économie qui fait appel à des ressources humaines, matérielles, sociales, environnementales très variées. C'est une économie basée sur une diversité d'expériences et non sur des monoproductions.

Cette économie appelle une gouvernance collaborative et plus proche de la réalité des gens que ne l'est celle de la Commission européenne par exemple. Elle engendre une autre cohésion sociale, moins excluante”

C'est aussi une économie d'innovation qui n'est pas repliée sur elle-même, qui est portée par des individus ou des groupes d'individus avec la volonté de prendre en charge leur avenir, d'être acteurs de leurs relations économiques et sociales avec la société.

En cela, c'est une économie qui appelle une gouvernance collaborative et plus proche de la réalité des gens que ne l'est celle de la Commission européenne par exemple. C'est donc une économie qui engendre une autre cohésion sociale, moins excluante, car proche des gens.

Enfin, c'est une économie qui n'établit pas son efficacité sur le seul rapport coût/prix. Elle prend en compte ce que l'on appelle les externalités. Elle cherche à éliminer les externalités négatives, par exemple celles de la production d'électricité par le charbon, source de pollution directe et indirecte, et de conséquences sur l'environnement et sur la santé des habitants.

En quoi les villes moyennes et leur agglomérations constitueraient l'échelon idéal pour cette économie trouvant sa source dans les initiatives locales ?

C. P. En réalité, il n'y a pas de règles. L'initiative nait en général très localement puis se déploie éventuellement parfois jusqu'à l'international. Et il semble logique que la commune et son intercommunalité, qui a la compétence obligatoire de l'économie, soient les premiers interlocuteurs des porteurs de projets économiques.

Mais nous concevons cette économie des circuits courts comme un emboîtement d'échelles : le local pour commencer, puis une échelle plus large qui peut être le département, puis la région, la France et l'Europe. Techniquement, le département n'a pas de compétence économique obligatoire, contrairement à la intercommunalité et à la région.

Quels sont les leviers dont les collectivités disposent pour soutenir ces initiatives locales qui, somme toute, restent des initiatives privées ?

C. P. Pour commencer, c'est une question de volonté politique. La promotion de l'économie des circuits courts doit être portée par tout le conseil municipal et intercommunal. Ce n'est pas le cas partout. Mais c'est indispensable pour créer un mouvement, relayé par la presse locale, l'internet.

Cette économie a besoin des NTIC pour se déployer”

Nous avons des outils concrets de soutien aux activités économiques comme les marchés publics, le déploiement des réseaux numériques – cette économie a besoin des NTIC pour se déployer.

Mais, notre rôle est d'abord d'avoir une vision d'ensemble de cette économie de proximité. La commune et sa communauté peuvent être en quelque sorte les metteurs en scène. Cela implique de réaliser au préalable des diagnostics de territoire qui étudient le maillage économique, la situation de l'emploi et de l'exclusion, les ressources locales disponibles ou encore les qualifications et les formations présentes. Puis de se projeter dans l'avenir à partir de cela.

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