Armelle Danet, présidente d'Elles aussi : « Sans contraintes légales, la parité ne s'imposera pas »

Marion Esquerré
2 commentaires

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mamita - 26/09/2013 15h:24

a mme DANET : dans les petites communes (dont je suis) les femmes sont déjà très occupées par leur travail, les enfants, les tâches annexes, voire même leur investissement dans diverses associations locales et comme leur honnêteté veut que si elles s'investissent dans leur commune c'est A FOND (et non pas pour avoir la parité )à tout prix) je pense que c'est la porte ouverte aux tricheries. a part les fonctionnaires qui ont du temps mais tout laisse à penser que plus il y en a MOINS CA MARCHE

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Fanchon - 19/10/2013 09h:56

Commentaire désolant car il traduit un certain mépris pour les femmes : où a-t-on vu que leur présence induisait des tricheries ? Dans quel domaine se sont-elles montrées incapables ? Et si elles sont trop occupées par leur famille , comment font les pères de famille si nombreux en politique ?

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Armelle Danet, présidente d'Elles aussi : « Sans contraintes légales, la parité ne s'imposera pas »

Armelle Danet présidente d'Elles aussi

© A. Danet

En réformant les scrutins des élections municipales et cantonales, la loi du 17 mai 2013 devrait provoquer une nouvelle vague de féminisation des assemblées locales. Les associations qui défendent la parité en politique, dont une partie est regroupée dans le réseau “Elles aussi”, applaudissent cette nouvelle étape. Armelle Danet (photo), présidente du réseau, estime toutefois qu'il y a encore de grandes marges de progression, notamment au niveau intercommunal.

Le Courrier des maires : Pourquoi considérez-vous qu'il faut de la parité dans les assemblées élues ? Pourquoi l'imposer par la loi ?

Armelle Danet : C’est d'abord une question de justice. Il y a autant d'hommes que de femmes dans la société. Il est donc normal que ces deux composantes soient représentées dans les institutions.

Hommes et femmes peuvent porter des regards différents sur les sujets, du fait de leurs vécus et expériences de la vie différents, même si ces écarts tendent à se réduire avec la généralisation du travail des femmes. Il est important que cette diversité s'exprime dans les décisions politiques et dans la construction des lois.

La parité n'est pas « naturelle ». Les femmes ont tout de même été exclues des scrutins jusqu'en 1945. La politique est un monde d'hommes construit sur des codes masculins. C’est le guerrier qui va à la bataille de l'élection, seul, celui qui « laboure le terrain », etc.  Sans contraintes légales, la parité ne s'imposera pas, ou du moins très très lentement, car on trouvera toujours des moyens de la contourner.

Que répondez-vous à l'argument récurrent selon lequel les partis peineraient à trouver des candidates ?

A.D. Les candidats aussi, il faut aller les chercher ! Une étude réalisée en Bourgogne montre que dans 70 % des cas, il avait fallu partir à la recherche de candidates pour constituer les listes. Et dans 60 % des cas, lorsqu'il s'agit d'hommes. Cela signifie que la difficulté de trouver des candidats est réelle, quel que soit le sexe.

Par ailleurs, alors que seules 14 % des communes ont à leur tête une femme, plus de 50 % des collectivités lauréates de nos trophées « la Marianne de la parité » étaient dirigées par des femmes. Dans la catégorie des petites communes – alors que la parité n'y est pas obligatoire – la majorité des gagnantes étaient aussi dirigées par une femme maire.

Cela prouve bien que lorsqu'on a la volonté de trouver des candidates, on y parvient...

Le scrutin binominal reste tout de même une grande victoire pour la parité dans les exécutifs départementaux”

Récemment, la loi du 17 mai 2013 a modifié les modes de scrutin des élections municipales et cantonales. Qu'est-ce que cela change pour la parité ?

A.D. Dans les assemblées départementales, il y a seulement 14 % de femmes. C'est l'assemblée la plus réticente à la féminisation. Il y a même des conseils généraux sans aucune femme et ça ne dérange pas leurs élus... Quant aux exécutifs, n'en parlons pas !

Notre association demande depuis longtemps une réforme des scrutins. Nous sommes favorables à la proportionnelle ou au scrutin binominal – que nous revendiquons pour les législatives depuis 2006. Il se trouve que dans le cadre des élections cantonales, c'est le scrutin binominal qui a été choisi. Certaines associations auraient préféré le scrutin proportionnel, qui favorise le pluralisme politique. Mais cette réforme reste tout de même une grande victoire pour la parité dans les exécutifs départementaux.

L'autre aspect de la réforme concerne les assemblées municipales. En baissant à 1 000 habitants le seuil à partir duquel s'impose le scrutin proportionnel de liste, la loi impose aux villes de 1 000 à 3 500 habitants la parité. Nous aurions préféré la suppression de tout seuil, mais c'est tout de même une avancée. La réforme prévoit aussi que ce sont les premiers des listes municipales qui seront délégués communautaires. Le nombre de femmes dans les assemblées communautaires devrait donc automatiquement augmenter.

Justement, où en est-on de la parité dans cet échelon territorial ?

A.D. C’est notre grande déception. Le problème de la parité dans l'intercommunalité n'est pas résolu. Certes, il y aura plus de femmes grâce à la réforme du scrutin municipal. Mais comme une majorité de communes n'envoie qu'un délégué à l'intercommunalité – donc le maire, qui est en général un homme –, son impact restera limité. La parité ne s'impose pas non plus à l'exécutif de ces assemblées qui vont rester un monde d'hommes.

Aujourd'hui, et c'est la seule statistique dont nous disposons à propos de cet échelon territorial – ce qui va poser un problème d'ailleurs pour évaluer l'impact des lois –, 7 % seulement de ces assemblées sont présidées par une femme.

Vous avez lancé une opération « En avant les femmes » pour 2014. De quoi s'agit il ?

A.D. Tous les six ans, avant les élections municipales, nous organisons des rencontres entre d'éventuelles candidates et des femmes élues – maires ou maires adjointes – et des ateliers sur des thèmes tels que « aurais-je le temps ? », « suis-je légitime ? », « quelle stratégie pour être sur une liste ? » …, les éternels problèmes que se posent les femmes en politique.

Ces événements locaux se déroulent de septembre à décembre. Des rendez-vous sont déjà fixés, en général le soir ou le samedi (le calendrier n'est pas encore disponible sur le site de l'association). Toute la difficulté est d'attirer des jeunes femmes qui ont tout à assumer, une vie familiale et une vie professionnelle. Nous pensons que rien ne vaut les témoignages de femmes engagées qui ont une expérience de maire et maire adjointe, pour les encourager.

Rencontres avec "Elles aussi". En Alsace : le 21 septembre 2013 à Issenheim (68), rencontre organisée par Femmes d'Alsace (autres rencontres en cours de planification).
Dans le Nord-Pas-de-Calais : le 12 octobre à Beuvry (62), rencontre organisée par l'antenne régionale d'Elles aussi (autres rencontres en cours de planification dans le Nord).
Dans la Manche : le 4 octobre à Bréhal, le 9 octobre à Moyon, le 15 octobre à Saint-Laurent-de-Terregate et le 16 octobre à Brix, rencontres organisées par Femmes et élues de la Manche.
Dans la Loire : le 16 novembre à Veauche, rencontre organisée par Femmes élues de la Loire (autres rencontres en cours de planification).
Dans les Yvelines : le 9 novembre à Mantes-la-Ville et le 16 novembre à Jouars-Ponchartrain, rencontres organisées par l'antenne départementale d'Elles aussi.

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