publicité

 

Réagir
Mobilités 04/05/2021

Régionales 2021 : et si les candidats parlaient – enfin – de transports ?

par Hugo Soutra
Bus

Le think-tank TDIE tire la sonnette d’alarme pour que les candidats aux élections régionales mettent à l’agenda de leurs campagnes les sujets de transports et de mobilités, un secteur mis à mal par la crise sanitaire et économique et qui nécessite de lourds investissements au regard de la transition environnementale. Chaque équipe de campagne va recevoir de la documentation et un questionnaire afin d'éviter que l’avenir des mobilités ne reste un impensé de leur programme...

Les élections régionales se résument-elles uniquement à des bisbilles entre partis politiques, des enjeux de personnes pour ne pas dire d’égos boursouflés, ainsi que des passes d’armes sur des sujets n’étant pas au cœur des compétences des conseils régionaux à l’instar de la sécurité ? Non, veulent encore croire quelques élus et scientifiques rassemblés au sein du think-tank « TDIE » pour « Transport-Développement-Intermodalité-Environnement ». Les candidats déclarés viennent de recevoir, mardi 4 mai après-midi, une note d’intention ainsi qu’un questionnaire afin d’attirer leur attention sur les enjeux de fond que représentent les transports du quotidien ou la livraison de marchandises au plus près des consommateurs. Des thèmes davantage susceptibles, selon eux, d’éveiller l’intérêt d’hypothétiques électeurs les 20 et 27 juin prochains.

C’est peu dire que les conditions de campagne, l’absence de réunions publiques, les mode de scrutin inchangés, ainsi que la probabilité d’une participation électorale réduite à peau de chagrin inquiète ces passionnés des transports publics, qui craignent que les candidats n’expédient ces questions stratégiques. « Les transports et les mobilités représentent la première dépense de la « France des territoires », des régions (25,1% selon Régions de France) comme des plus grandes agglomérations » rappelle pourtant Louis Nègre, qui insiste sur le fait qu’il s’agisse également d’un « sujet du quotidien, concernant pour les Français à fortiori lorsqu’ils dysfonctionnent. Et je ne parle pas du bruit ou de la pollution de l’air qui ont impact sur la santé publique » contextualise le co-président de TDIE et président délégué du GART. A l’heure où la pandémie de Covid-19 fait des ravages dans l’économie des transports, et alors qu’il n’a jamais été autant question du réchauffement climatique dans le débat public, le maire (LR) de Cagnes-sur-Mer refuse d’envisager que certains candidats puissent passer la question par pertes et profits.

Lire aussi : « L’écologie, c’est la santé ; ce n’est rien d’autre que du social à moyen terme » 

Un enjeu qui ne fait pas (ou si peu) débat 

« Il était davantage question du transport dans les campagnes municipales – ça peut être un sujet porteur ou très attaqué dans les scrutins locaux. Mais à l’échelon régional, peu de candidats en font leur priorité » note Philippe Duron, co-président lui aussi de TDIE. « Beaucoup le voient comme un sujet trop complexe, technique. Ou alors ils le traitent de façon un peu consumériste, autour de la tarification des services et la gratuité des transports » se lamente l’ancien député socialiste du Calvados et ex-maire de Caen, qui invite les candidats à mettre à profit le répit offert par le report des élections. Pour aider les équipes de campagne à formaliser leurs idées en la matière et affiner leurs propositions, le conseil scientifique de TDIE a élaboré deux questionnaires particulièrement détaillés – dont un spécifique aux enjeux hors-normes de l’Ile-de-France –, ainsi qu’un dossier documentaire de 70 pages.

Dans une première partie, le think-tank souligne par exemple les liens étroits unissant l’aménagement du territoire, le développement économique, l’évolution des modes de vies, la répartition des activités (logements, lieux de travail et de production, commerces), les mobilités et le réchauffement climatique. Avant de demander aux candidats de présenter la manière dont leurs politiques régionales de transport s’insèreraient dans leurs ambitions et visions de la société plus générales, globales. S’ensuivent plusieurs questions relatives au passage du moteur thermique à la mobilité électrique, l’hydrogène et d’autres carburants alternatifs, ainsi qu’aux politiques régionales à mener pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, ou bien encore leurs idées permettant de réduire les besoins de transports et les déplacements subis…

Lire aussi : « L’injonction climatique est notre chance, avec cette optimisation nécessaire des déplacements » 

Zones peu denses, intermodalité et RER métropolitains… 

Au-delà de l’injonction morale de laisser sa voiture au garage, TDIE pousse également les candidats à réfléchir à l’accessibilité des automobilistes au faible nombre de services de mobilité dans les « zones blanches ». Rappelant que « le développement de la pratique du vélo appelle une amélioration substantielle des conditions de l’intermodalité », le conseil scientifique du think-tank interpelle ensuite les candidats sur les infrastructures cyclables structurantes, le stationnement ou l’adaptation des cars et des trains afin de faciliter l’embarquement de vélos non-démontés. En matière ferroviaire, tout un passage est consacré aux grands équilibres du modèle économique des TER, à leur ouverture prochaine à la concurrence ainsi qu’à leur éventuel cadencement dans le cadre de projets de RER métropolitains.

Au-delà du transport des personnes, TDIE estime nécessaire de préparer des politiques régionales ambitieuses en matière de transport des marchandises, « alors que l’essentiel des flux logistiques passe par la route » ne manque pas de rappeler le think-tank. Il consacre ainsi toute une partie aux enjeux de fret et de logistique, sujets moins grand public mais tout aussi stratégiques pour les prochains mois de la mandature. « Envisagez-vous de lier la stratégie du développement industriel régional avec le développement du fret ferroviaire ? Comment favoriser le transfert modal en matière de logistique ? Quelle place souhaitez-vous donner à la voie d’eau dans vos politiques de logistique ? » lit-on ainsi dans le questionnaire. Soucieux de voir les candidats et leurs équipes pousser la réflexion plus loin que la pensée magique de simples moratoires contre la création de zones commerciales ou d’entrepôts d’e-commerce, Michel Savy aimerait les entendre débattre également de « développement commercial, de revitalisation des centre-bourgs et des centre-villes, ainsi que de la logistique urbaine et des nuisances environnementales des livraisons. Les transports sont une composante-clé de tous ces sujets » souligne le président du comité scientifique, pas peu fier de ce questionnaire élaboré à l’adresse des candidats mais « au service des citoyens. »

Rendre visible ce « sujet du quotidien » 

En sus de ce jeu de questions, les équipes de campagnes des candidats découvriront donc d’importantes ressources documentaires – une « bible qu’ils ne trouveront nulle part ailleurs » vante Louis Nègre. Le think-tank promet d’analyser et publier avant le premier tour l’ensemble des réponses qui lui seront retournées d’ici le 26 mai. « Nous n’avons pas la prétention d’attribuer les bons et mauvais points, ni de dresser un classement » précise Philippe Duron, « mais ce travail permettra de dégager les grandes orientations qui devraient marquer le prochain mandat régional et montrer la diversité des points de vue. Les parlementaires, professionnels des transports, chefs d’entreprises, associations d’usagers, universitaires, journalistes et citoyens préoccupés par l’avenir des transports trouveront ainsi les réponses qu’ils ne verront pas apparaître facilement dans le débat public – d’autant plus que la tête de liste est souvent amenée à parler de bien d’autres sujets dans une campagne électorale…. »

Particulièrement offensif sur ce sujet lui tenant à cœur, l’ancien sénateur Louis Nègre, redevenu maire (LR) à plein-temps de Cagnes-sur-Mer se félicite de voir TDIE « secouer le cocotier. C’est clairement un sujet de préoccupation voire la priorité n°1 pour les Français de base – qui a conduit nombre de nos concitoyens dans la rue ces dernières années. Mais ça l’est à priori moins pour la France d’en haut et les grands leaders politiques » regrette le président délégué de Nice Métropole, qui poursuit sur sa lancée : « c’est un sujet prioritaire pour la santé de nos concitoyens comme celle de la planète. Pourtant, certaines équipes de campagne ont tendance à regarder un peu ailleurs, à juger ce thème pas assez clivant pour faire de la politique politicienne… Ils semblent penser que « l’intendance suivra » quoi qu’il arrive. C’est le rôle de ce think-tank que de ramener sur le devant de la scène ce sujet du quotidien sur lequel les futurs élus disposeront de vraies marges de manœuvres. »

Réagissez à cet article

  1. C’est bien d’évoquer ce sujet. mais de manière plus générale, il serait intéressant que ceux qui se présentent au suffrage universel précisent leur position sur les grands sujets d’avenir qui sont de la compétence des Régions.

    Ce même principe peut s’appliquer aux autres élections (Départements, communes).

    Mais comme je le dis souvent, aborder les questions par les dépenses n’est pas convenable. Personne ne peut dépenser plus que ce qu’il possède.
    Il serait donc utile que les candidats présentent d’abord les recettes qu’ils attendent en donnant une place particulière aux emprunts qui sont les impôts de demain.

    Je constate également que les élus fustigent souvent la politique salariale menée par les entreprises. Ne faudrait-il pas qu’ils abordent aussi la manière dont ils vont traiter ce sujet?

    Enfin, pour changer, ces engagements doivent être rédigés dans un document qui sera présenté à l’assemblée délibérante nouvellement élue.
    Cs engagements ne pourront pas être remis en cause au cours du mandat. Le cas actuel des maires qui envisagent d’augmenter les taux des taxes foncières, sans l’avoir préalablement dit dans leur campagne, est un camouflet pour notre démocratie et ne grandit pas ceux qui s’engagent dans cette voie!

  2. HERMES > Mais comme je le dis souvent, aborder les questions par les dépenses n’est pas convenable. Personne ne peut dépenser plus que ce qu’il possède.

    On appelle ça la dette.

    Combien de Français achètent leur logement, ou même leur voiture, cash?

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité

Abonnez-vous