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Mobilités rurales 26/04/2021

« Recréons des services dans les centres-bourgs pour réduire la dépendance à la voiture »

par Nathalie Da Cruz
Hadrien Bajolle, urbaniste © HB

Auteur, en mars 2020 pour le think tank Terra Nova d’un rapport intitulé « Réinventer la mobilité dans le périurbain : pour une proximité soutenable », l'urbaniste Hadrien Bajolle plaide pour la « démobilité » et la création de « hubs » dans les centres-bourgs.

Quelle a été la réflexion initiale qui a motivé ce rapport pour le think tank Terra Nova ?

C’est le constat que la voiture a modelé le cadre de la vie et la géographie des secteurs périurbains. Aussi l’incantation en faveur du report modal vers les transports en commun a ses limites. Dans les zones peu denses, en outre, cette solution n’est pas soutenable économiquement. Il vaut mieux repenser l’aménagement du territoire. Face à la faible densité des secteurs pavillonnaires et périurbains, un effort de politique publique pour y créer des commerces est envisageable. Dans les zones rurales, la tâche est plus complexe car les espaces sont plus vastes et les déplacements y sont réalisés à 80 % en voiture. Toutefois, la plupart des ruraux se rendent dans des centres-bourgs : là, on pourrait investir de l’argent public pour créer des « hubs » de proximité. C’est une question d’écologie mais aussi de vivre-ensemble et de dynamisation des centres-bourgs.

Lire aussi : Zones rurales et à faible densité : les mobilités à un tournant

 

En quoi consiste la « démobilité », selon vous ?

Il s’agit de mener une réflexion d’aménagement du territoire pour réduire les déplacements. Au cours des Trente Glorieuses, la voiture s’est substituée à la marche. On a remplacé un kilomètre de marche à pied par 10 kilomètres en voiture. Tout s’est espacé. Essayons de raccourcir les distances. Aujourd’hui, les pouvoirs publics réfléchissent à limiter les trajets domicile-travail, qui représentent en gros un tiers de la mobilité quotidienne. Il convient également de réduire les trajets pour d’autres motifs : loisirs, courses, santé, visites à des proches, vacances… Comment ? En créant des hubs dans les centres-bourgs, où l’on pourrait faire ses achats et trouver une hybridation de services publics (la Poste, les impôts…), dans un café par exemple. Il s’agit de revenir en arrière, de faire l’inverse de tout ce qui a été réalisé jusque-là, à savoir polariser les services dans les villes, accroître les distances et la dépendance à la voiture.

Qu’en est-il des voitures partagées dans les zones peu denses ?

Le covoiturage a du mal à démarrer. On compte en moyenne 1,1 personne par voiture pour les trajets domicile-travail. Les personnes tiennent à leur liberté et les services ne sont pas toujours suffisamment aboutis. Je note néanmoins que le covoiturage fonctionne bien au sein des entreprises, surtout si celles-ci initient le mouvement.

Croyez-vous aux modes actifs en zone rurale comme la marche ou le vélo ?

Totalement. Il existe un potentiel important pour le vélo et le vélo à assistance électrique qui est largement sous-estimé. L’Etat aménageur de réseaux ne fait pas bien son travail, et le réseau de pistes cyclables géré par les collectivités doit aussi être amélioré. Pourquoi priver les ruraux du développement du vélo ? Le réseau français est sous-développé comparé à celui de la Belgique ou des Pays-Bas.

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