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Sectes 02/03/2021

Les territoires ruraux, terrains fertiles pour les dérives sectaires en temps de crise

par Emilie Denètre
Dérives sectaires et embrigadement © Adobe stock

Commandé en octobre dernier par la ministre déléguée en charge de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, le rapport sur l’état des dérives sectaires en France dévoilé fin février pointe une augmentation significative des signalements depuis le développement de la pandémie de Covid-19. Certaines pratiques déviantes autour de la santé et du bien-être sont de plus en plus nombreuses, les territoires ruraux étant particulièrement touchés.

C’est l’un des nombreux effets pervers engendré par la pandémie et relevé par le rapport rédigé conjointement par l’inspection générale de la police nationale (IGPN), l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) et par la Miviludes (mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). En 2020, la Miviludes – passée sous le giron du secrétariat général du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR) – a constaté « une augmentation des pratiques susceptibles d’engendrer des dérives sectaires » avec près de 80 signalements « en lien direct avec la crise sanitaire entre mars et juin 2020 ».

Remèdes « miracles » et anti-vax

Pour les auteurs du rapport, il est aujourd’hui compliqué de cerner la cause exacte de cette hausse significative des alertes (« le confinement ou l’affaiblissement psychologique d’une certaine population plus vulnérable ») ainsi que l’étendue des ravages dans la mesure où la pandémie est toujours d’actualité et qu’il faut du temps pour que le « processus d’emprise se mette en place ».

© twitter @MarleneSchiappa · Remise du rapport 2021 de la Miviludes à Marlène Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté, le 1er mars 2021.

Reste que ces nouvelles pratiques repérées par le Renseignement territorial et objets des signalements auprès de la Miviludes au cours de l’année 2020, les inquiètent. Parmi celles-ci, on note entre autres l’émergence des « thérapies parallèles » qui visent un public déjà fragilisé par l’inquiétude et par la solitude. Il peut s’agir de conseils « santé » pour se prémunir du Covid ou de « pseudo-remèdes souvent en lien avec des théories complotistes ». « Dans ces cercles, la défiance à l’égard de la vaccination est entretenue. Cela constitue sans aucun doute un point de vigilance majeur dans le contexte actuel » est-il écrit dans le rapport. La Miviludes relève également des « offres d’accompagnement » à ceux qui souffrent ou ont souffert du confinement. Des propositions d’autant plus inquiétantes qu’elles s’adressent à des personnes « déstabilisées par le contexte anxiogène ».

Réminiscence apocalyptique et complotisme

Par ricochet, cette crise sanitaire mondiale aussi soudaine qu’inattendue est aussi l’occasion d’un regain de vigueur pour les « courants religieux apocalyptiques qui voient dans la pandémie un signe et une confirmation de l’éminence de la fin des temps ». Les auteurs du rapport estiment que ces « discours simplistes et autoritaires » pourraient avoir un impact très fort sur les personnes angoissées et isolées et risquent d’engendrer de nouvelles saisines dans les mois à venir.

De la même manière, les auteurs insistent sur la montée des discours complotistes, notamment sur internet et sur les réseaux sociaux, qui touchent des publics fragilisés par la crise sanitaire et économiques et qui pourraient dans un avenir proche « se rapprocher de groupes sectaires, qui donnent l’impression de donner du sens aux événements, en véhiculant de fausses informations afin de proposer une interprétation erronée de la réalité et asseoir ainsi leur légitimité et leur pouvoir. »

Territoires ruraux et Outre-Mer particulièrement fragiles

Selon le Renseignement territorial, « les départements ruraux sont particulièrement touchés par le phénomène sectaire en raison, d’une part, de la désertification médicale et d’autre part, de la plus grande facilité à créer des communautés en marge de la société, dans un projet de « retour à la terre » ou de « développement d’activités répréhensibles. »

Les auteurs observent également une croissance des mouvements sectaires en Outre-Mer, qui peut s’expliquer selon eux par la baisse « de la fréquentation des églises catholiques ».

Remuscler les groupe de travail anti-sectes

Face à ce constat inquiétant, la ministre Schiappa a fait dans la foulée plusieurs annonces visant à remuscler le dispositif de lutte contre les dérives sectaires qui était en déshérence depuis presque deux ans. Une présidente a enfin été nommée à la tête de la Miviludes. Il s’agit de la magistrate Hamène Romdhane. Un conseil d’orientation composé de représentants des ministères, d’experts, de parlementaires et d’associations sera installé auprès de la ministre. Parmi eux, Georges Fenech, la psychiatre Marie-France Hirigoyen ou encore le sociologue Gérald Bronner.

Enfin, Marlène Schiappa a annoncé la rédaction d’une circulaire de « mobilisation » destinée aux préfets dans le but de « mobiliser les instances locales de pilotage des politiques de sécurité autour de la lutte contre les dérives sectaires : états-majors de sécurité, CLIR (1) et groupes de travail « dérives sectaires » du conseil départemental de prévention de la délinquance. 

Note 01:

cellules départementales de lutte contre l'islamisme et le repli communautaire - Retourner au texte

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