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[Edito] Crise économique et sociale 04/11/2020

Pauvreté, la deuxième vague

par Aurélien Hélias
Pauvreté © Adobe

Un million de Français supplémentaires vivant sous le seuil de pauvreté, une précarité qui touche indifféremment territoires urbains et ruraux, de nouveaux travailleurs pauvres et des jeunes sans accès aux minimas sociaux... Face à la crise économique et sociale, l'Etat doit aller plus loin que les aides d'urgence et ne pas laisser les collectivités seules à apporter une aide aux plus vulnérables.

C’est un chiffre qui fait froid dans le dos : un million de Français ont basculé dans la pauvreté depuis le début de l’épidémie de Covid-19, rejoignant les plus de neuf millions vivant déjà avec moins de 1 063 euros par mois. Et tant le reconfinement que la crise économique ne vont rien arranger… Quand la seconde vague épidémique n’avait pas encore repris le haut de l’affiche, c’était la relance qui accaparait les discours. Sujet important s’il en est, mais quid du basculement de pans entiers – et nouveaux – de la population dans une précarité durable ? Artisans, apprentis, auto-entrepreneurs, intérimaires… Aux classes modestes « traditionnelles », aux familles nombreuses ne disposant que d’un salaire, aux familles monoparentales tirant le diable par la queue, sont venus s’ajouter de nouveaux travailleurs pauvres, des cohortes d’étudiants au trop maigre budget, des retraités supplémentaires aux trop faibles pensions.

Extension géographique. Territorialement aussi, la pauvreté s’est étendue, frappant désormais indifféremment cœurs de métropoles et périphéries, territoires urbains et ruraux, grandes agglos comme centres-bourgs. En témoignent les impayés de loyers, particulièrement dans le secteur HLM, les factures d’énergie non réglées et plus encore les demandes d’aide alimentaire, en hausse de 25 % selon la Fédération des banques alimentaires. 8 millions de Français y ont désormais recours contre « seulement » 5,5 millions un an plus tôt. Face à cette situation, les collectivités font ce qu’elles peuvent : appui aux associations d’entraide, aides démultipliées des CCAS, activation des divers fonds de solidarité logement… Mais elles ne pourront seules faire face. Symbole de ce défi : l’explosion des demandes de RSA (+ 10 %), auxquelles les départements répondent tant bien que mal avec des moyens qui ne seront plus suffisants en 2021.

Urgence. L’Etat a bien dégainé des aides d’urgence mais se refuse à revaloriser les minima sociaux, dont le RSA, et à l’ouvrir aux 18-25 ans, ne voulant graver dans le marbre des dispositifs anticrise. L’argument s’entend, mais alors l’exécutif se doit, à tout le moins, de proposer autre chose à la place. Avec son plan de relance essentiellement tourné vers l’offre et des aides fiscales aux entreprises, l’Etat a déjà raté une occasion de soutenir les plus vulnérables face aux dépenses contraintes. Or le temps presse pour assurer, notamment aux jeunes, un filet de sécurité que les collectivités ne pourront plus très longtemps maintenir seules.

Lire aussi : « L’Etat doit cesser de penser qu’il est le seul capable de résoudre les inégalités locales »

 

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