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Aménagement du territoire 07/10/2020

Occitanie : la Cour des Comptes pointe les difficultés internes des villes moyennes

par Emilie Denètre
Montauban, Tarn-et-Garonne © Adobe

Les magistrats de la rue de Cambon se sont penchés sur le cas de 26 villes moyennes d’Occitanie entre 2018 et 2019. De cette vaste enquête nous emmenant de Cahors à Beaucaire en passant par Lunel ou Carcassonne, il ressort que ces communes de taille intermédiaire profitent assez peu du dynamisme régional et apparaissent largement « entravées » par leurs intercommunalités. Des difficultés que les programmes d’État, comme « Action Cœur de Ville », ne sont pour l’heure pas parvenus à corriger.

Alors que l’Occitanie, Toulouse et Montpellier bénéficiaient ces dernières années d’un fort dynamisme démographique et économique, du moins jusqu’à la crise récente, les villes moyennes (10 000 à 100 000 habitants) de la région étaient bien loin, pour leur part, de profiter de ce ruissellement ! Les deux métropoles, anciennes capitales du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénnées, peuvent-elles être accusées d’être responsables, pour autant, de leurs difficultés ? Pas si vite…

Fuite des habitants

Entre 1968 et 1996, ces communes intermédiaires n’ont en effet gagné que 70 000 habitants. Une paille comparée aux 400 000 nouveaux citoyens accueillis sur le territoire de leurs EPCI respectifs sur la même période ! Selon les magistrats, si ces 26 villes-centres apparaissent moins attractives, c’est notamment à cause d’une aspiration (déjà connue et documentée) de nombreux ménages à vivre dans des espaces périphériques moins denses, notamment à l’arrivée des enfants.

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Plus grave, le rapport pointe également une paupérisation de certains centres-villes historiques et/ou une augmentation de la fiscalité qui ont fini par faire fuir les CSP les plus élevées. Outre les problèmes environnementaux engendrés (artificialisation des sols, pollution et encombrement des routes, etc.), cette périurbanisation a également conduit à dévitaliser les centre-ville des villes moyennes occitanes, où le taux d’emploi n’a pas augmenté au même rythme qu’ailleurs dans la région (notamment dans les deux métropoles) : 17% contre 30%.

Une fragilité financière, une gouvernance sclérosée

Le deuxième point de fragilité repéré par la Cour des Comptes concerne la santé financière des villes moyennes occitanes. Sur l’échantillon de 26 villes, les situations sont disparates. Après la cure d’austérité imposée aux collectivités à partir de 2014, sous la mandature de François Hollande, certaines communes ont fait le choix de se relancer ces dernières années « dans une politique d’investissement ambitieuse, qui selon son ampleur, les exposent davantage ».

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La Cour des Comptes pointe également des failles dans le système de gouvernance hérité de la loi NOTRe avec l’émergence d’EPCI  dits « ruralo-urbains mêlant des espaces urbains, périurbains et ruraux aux enjeux et problématiques hétérogènes ».  Selon les magistrats, ces regroupements qui sont mal ajustés aux bassins de vie, ont par ailleurs conduit à une baisse du nombre de représentants de la ville-centre au sein des conseils communautaires engendrant des difficultés à faire émerger un projet de territoire cohérent.

 

Quelle efficacité pour « Action Cœur de Ville » ? 

D’ailleurs, au fil de ses constats, la Cour des Comptes égratigne au passage le plan « Action Cœur de Ville » (ACV, initié par l’État pour soutenir les villes moyennes dévitalisées) en remarquant que la précipitation à signer les conventions en 2018 n’a pas « permis de concevoir de véritables projets de développement », les ressources humaines manquant souvent pour concrétiser les projets. Preuve de la pertinence du constat établi par les magistrats financiers : c’est un point que l’État a cherché, semblerait-il, à corriger dans son nouveau programme « Petites Villes de Demain ».

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Pour sortir de ces différentes impasses, la Cour des Comptes préconise une intervention de l’État couplée à la Région pour aider ces villes moyennes à élaborer leurs projets de territoire, mais aussi un soutien des départements pour favoriser les coopérations avec les territoires ruraux qui les entourent. Les magistrats estiment enfin que les métropoles de Toulouse et Montpellier « pourraient développer des politiques allant au delà de leur propre territoire » notamment en matière économique.

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