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Portrait 05/10/2020

Mohamed Gnabaly ou les possibilités d’une île

par Hugo Soutra
Mohamed Gnabaly, maire de l'Isle-Saint-Denis (IDF) © capture Public Sénat

Les multiples recours contre les verdicts électoraux du deuxième tour des élections municipales tombent peu à peu et viennent de faire une victime : maire de l'Isle-Saint-Denis réélu il y trois mois, Mohamed Gnabaly vient de voir son élection invalidée après le recours déposé par un concurrent. Portrait d'un maire au parcours atypique qui a su jusqu'ici faire fructifier son engagement associatif et sa fibre entrepreneuriale pour présider aux destinées de la commune francilienne depuis quatre ans.

C’est le Parisien qui le relate dans son édition du jour : le maire de L’Ile-Saint-Denis, Mohamed Gnabaly, également membre du Bureau de l’Association des maires de France, vient de voir sa réélection le 28 juin à la tête de la commune francilienne invalidée par le tribunal administratif de Montreuil. La raison de cette annulation : une distribution de chèques solidaires et le lancement de travaux d’un stade considérées par le juge administratif comme des manœuvres électoralistes, raconte le quotidien francilien. Un verdict que l’édile conteste et un premier accroc dans son ascension électorale que le Courrier des maires avait contée à mitant de son précédent mandat. Portrait. 

 

[Portrait initialement paru en novembre 2017]

Quel est le point commun entre un « jeune de banlieue », un trader installé au cœur de la City londonienne, le dirigeant d’une exploitation agricole et un élu de Seine-Saint-Denis actif au sein de l’historique Association des maires de France ? Aucun, vraiment ? Ceux qui hochent la tête ne doivent pas (encore) connaître Mohamed Gnabaly. A 32 ans seulement, ce fils d’une médiatrice sociale et d’un imam, propulsé l’an dernier à la tête de la majorité citoyenne gouvernant L’Ile-Saint-Denis (7 293 habitants) depuis seize ans, donne l’impression d’avoir déjà vécu plusieurs vies en une. Rien de surprenant, à l’entendre : « Grandir dans cet environnement populaire m’a doté d’un capital-banlieue, une capacité de mobilité et d’adaptabilité bien utile pour naviguer entre mon île où résidait ma famille et mes amis, la classe préparatoire à Paris ou les banques d’investissements m’ayant embauché à l’étranger », revendique-t-il.

Engagement associatif

Du moins avant que sa quête de se « sentir utile à la société » ne le pousse à opérer un retour aux sources. En 2011, il décide de se ré-ancrer dans la vie locale. Problème : ses actions associatives de soutien scolaire, d’aide à l’orientation, d’égalité des chances et autres ateliers de prise de confiance en soi ou de sensibilisation à la consommation responsable manquent de crédibilité auprès des financeurs publics. Notre homme a de la suite dans les idées : il crée la société Novaedia. Grâce à différentes activités lucratives (ferme urbaine, vente de fruits et légumes bio, traiteur), cette coopérative embauchant aujourd’hui une quinzaine de salariés en insertion a pu pérenniser ces programmes éducatifs et sociaux.

« Moins investi dans la gestion concrète de sa structure depuis qu’il est élu, Mohamed se concentre sur son déploiement stratégique. C’est lui qui m’a proposé de former des binômes entre ses jeunes non diplômés et des travailleurs handicapés », témoigne Jean-Paul Galleyrand, directeur de plusieurs établissements et services d’aide par le travail (ESAT) partenaires. « Les mouvements d’éducation populaire et la société civile avec lesquels j’ai conquis la mairie en 2001 ont planté diverses graines de citoyenneté chez les enfants de la génération de Mohamed. C’est l’un des premiers fils de notre majorité », vante son prédécesseur (EELV), Michel Bourgain.

Maire-développeur

Après avoir réconcilié le social et l’économie à son retour en France, donc, Gnabaly a progressivement tissé des liens avec la politique locale. Un « monde qui ne me faisait pourtant pas rêver, gamin » reconnaît-il sans fard. Entré au conseil municipal dans la seule idée de « poursuivre [son] engagement pour ma cité et la jeunesse », il s’est vu remettre l’écharpe de maire (SE) deux ans plus tard. Sans rien céder sur ses idéaux ni son éthique, l’homme agit avec son pragmatisme chevillé au corps. Exemple : « Les Jeux olympiques ne me font franchement pas vibrer mais, objectivement, comment refuser d’accueillir le village de Paris 2024 ? Avec l’Anru et notre projet d’écoquartier, c’est 80 % du territoire communal qui va être réaménagé. » De quoi diversifier la sociologie de son île, accessoirement, et « ainsi élargir notre assiette fiscale ».

Élogieux vis-à-vis de l’homme, son principal opposant (PCF) déplore « sa gestion digne d’une entreprise. Ces projets d’aménagements sont peut-être jolis sur le papier sauf que, dans les faits, les habitants sont laissés à l’abandon », dénonce Pascal Akoun. Une critique que le néo-maire balaie d’un revers de main : « L’Île-Saint-Denis doit se réinventer pour concilier notre faible budget de commune populaire avec les besoins colossaux de la population – lié à notre important parc de logements sociaux (72 %). Nous n’avons plus d’autre choix que de nous retrousser les manches et coconstruire, par le bas, notre projet de société. » Entre les services municipaux décontenancés par ses différentes expérimentations et les fonctionnaires intercommunaux qu’il a « privés » de la vente d’un terrain à un promoteur, préférant y accueillir un pôle de l’économie sociale et solidaire, Mohamed Gnabaly ne se fait pas que des amis avec sa politique. « Que voulez-vous, je suis un développeur, pas un gestionnaire », se justifie-t-il.

L’élu est littéralement passionné par les grands enjeux de la transition écologique, du désenclavement, de la mixité sociale ou du vivre-ensemble. Des mots qui résonnent chez lui bien au-delà du jargon creux de la politique de la ville… Alors les préoccupations « bassement quotidiennes » de certains de ses concitoyens – propreté, passe-droits pour un logement social ou un emploi public – le lassent parfois. Les caricatures des médias le réduisant au « jeune-maire-noir-musulman et sans étiquette », aussi. Une distance a d’ailleurs fini par s’installer avec une partie de la population. « Mes messages passaient plus facilement en tant qu’entrepreneur-citoyen que représentant d’une institution », regrette-t-il.

Développement soutenable

Mais il tient bon, conscient d’avoir « la possibilité de construire la ville de demain et rendre le développement de la Seine-Saint-Denis plus soutenable, dans une période aussi compliquée qu’intéressante », s’enthousiasme-t-il. Désireux de « faire mûrir son projet », il a intégré le bureau de l’AMF aussitôt élu. Pour le plus grand plaisir d’André Laignel, qui le décrit comme « posé, intelligent et efficace. Il a su trouver sa place, ce qui n’est pas toujours simple dans notre association », sourit le vice-président. « Avec son parcours hybride, Mohamed incarne plus que n’importe qui les valeurs de solidarité, d’écologie, d’humanisme. Cela nous change des professionnels de la politique de son âge trustant les plateaux télé », remarque, plus offensif, le délégué général de la fondation Up et client de Novaedia, Thomas Delpech. Comment et à quelle échelle Mohamed Gnabaly s’engagera-t-il à l’avenir pour continuer son combat ? Nul ne le sait encore. Pas même lui.

Chiffres Clés

1985 : Naissance à Paris

2009 : Entrée dans la vie active

2011 : Création de l'association Capital Banlieue avec quatre amis

2013 : Création de la coopérative Novaedia

2014 : Devient adjoint au maire chargé du développement économique

2016 : Elu maire suite à la démission de Michel Bourgain (EELV)

2020 : Réélu maire le 28 juin avant que son élection soit invalidée par le tribunal administratif de Montreuil le 2 octobre

Thèmes

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  1. Bonjour,

    L’annulation des élections municipales de l’Île Saint Denis ce base principalement sur ces éléments :
    - La distribution de chèques alimentaires à 2 jours du scrutin alors que cette distribution aurait pu avoir lieux juste après les élections (soit 3 jours après)
    - Le lancement des travaux de rénovation du stade Robert César dans la précipitation quelques jours avant le second tour sans avoir obtenu de permis de construire
    - L’utilisation du journal de la commune, par le maire sortant, comme instrument de communication lors de la campagne électorale

    Retrouvez l’ensemble des informations sur l’annulation des élections via les liens suivants :

    https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=738768130006438&id=387171385166116

    https://www.youtube.com/watch?v=lOWkSG3LU6c

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