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Ecologie 03/03/2020

La collapsologie divise jusqu’aux maires des communes en transition

par Séverine Cattiaux
Le maire et la transition écologique © Adobe

Comment la théorie de l’effondrement impacte-elle les villes qui s’investissent dans la transition écologique et se territorialisera-t-elle lors du prochain mandat ? La question a été posée à Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle, au grenoblois Eric Piolle ainsi qu'au premier édile d'Ungersheim, Jean-Claude Mensch… Trois élus écologistes, dont les communes sont régulièrement citées en exemple, qui ne partagent pas la même vision de la collapsologie.

Critiqué pour sa radicalité, le discours de l’effondrement s’immisce de plus en plus, dans les débats de société, dans les médias et, dernièrement, dans la campagne électorale… Qu’en dit-on du côté des maires écologistes ? Le sujet est très « prégnant » commente Jean-François Caron, qui se représentera pour un quatrième mandat en mars prochain. En 20 ans, le maire a fait de la commune de Loos-en-Gohelle (7000 habitants) un modèle de transition écologique. Alors, cela signifie-t-il qu’il faille désormais se préparer à l’effondrement ? « En fait, l’effondrement est déjà là, s’alarme-t-il, ce n’est pas quelque chose qui va arriver, c’est déjà là… Depuis vingt ans, on parle de la même chose, mais on n’utilise pas le même vocabulaire » estime également Jean-François Caron. 

Ce qui ne l’empêche pas de prendre la mesure de l’évolution du contexte. Face à la récurrence de catastrophes climatiques toujours plus visibles, le maire de Loos n’hésite plus à partager ouvertement son inquiétude avec ses administrés. Campagne électorale ou pas, il lui semble évident d’alerter. A telle enseigne que, lors de la cérémonie de ses vœux, François Caron a fait tout un discours pour parler des « fondamentaux de l’effondrement » devant 800 habitants, tandis qu’était projeté sur un écran géant, la photo de l’Australie criblée de ses multiples foyers d’incendie dévastateurs. 

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« On a toujours une pluralité d’avenirs possibles »

Rien de tel dans la campagne du maire estampillé EELV de Grenoble, Eric Piolle, qui brigue un deuxième mandat. La théorie de l’effondrement ? Très peu pour lui. Brandir le spectre de l’effondrement, ce serait générer de la peur, et serait contreproductif, soutient-il. « La peur n’est pas un vecteur de l’action, mais elle est une paralysie, elle engendre une fuite en avant, parce qu’on ne sait pas quoi faire (…) ». Alors que les adeptes de l’effondrement ont tendance à réclamer des solutions d’écologie punitive, l’intime conviction d’Eric Piolle est qu’il est possible de « prendre de vitesse la catastrophe, en développant des politiques publiques qui soient humaines ». Non le pire n’est pas certain, détrompe le maire écologiste qui se déclare foncièrement optimiste de nature. « Je suis plus proche d’Edgar Morin que d’Yves Cochet, estime-t-il. L’aléatoire est une force historique, rien est écrit d’avance (…) On a toujours une pluralité d’avenir possibles » est il enclin à penser.

S’ils partagent le même but, Jean-François Caron et Eric Piolle ne sont pas d’accords sur les moyens d’atteindre leurs objectifs. Expliquer que le désastre va continuer ne plongerait pas les citoyens dans la panique, mais donnerait envie d’agir encore plus, exhorte le maire de Loos-en-Gohelle. « C’est plus facile d’agir plus fort, quand on s’y emploie déjà activement depuis de nombreuses années, note-t-il, et quand on a mis en place, tout une série de réponses opérationnelles ». Cette bourgade du Pas-de-Calais est en effet aujourd’hui proche de l’autonomie énergétique grâce à son plan solaire, et de l’autonomie alimentaire. « Ce qu’on fait ici c’est d’abord pour les Loossois, met en exergue Jean-François Caron, mais si cela peut inspirer les autres collectivités, c’est tant mieux». Car François Caron le redoute, l’effondrement ne déclenche pas que des réactions positives. « Dans l’effondrement cohabitent des logiques de coopération et du chacun pour soi » admet-il.

« Les cyclistes ne se mettent pas au vélo parce qu’ils ont peur de mourir »

Une opposition de moyens bien plus que de résultats, car le maire de Grenoble ne nie pas l’urgence à « amplifier les transitions ». Dans le programme du candidat Piolle, il est ainsi question d’organiser une « cop » locale, chaque année, pour entretenir « la mobilisation générale pour une justice climatique et sociale ». Il est aussi envisagé d’établir à échéance fixe, un état des lieux sur « les transitions du territoire », afin de définir les nouvelles priorités. Les alertes des scientifiques, « vont continuer aussi à guider les politiques publiques » complète Eric Piolle.

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Cependant, si l’avenir n’est pas écrit à l’avance, des changements sont désormais inévitables, admet le maire sortant de Grenoble, et de le rappeler régulièrement dans ses interventions publiques. « A l’horizon 2050, les Grenoblois connaîtront trois mois de canicule, les hivers seront sans neige » répète-t-il à l’envie. S’adapter n’est donc plus une option. Cela doit inévitablement passer par « une nouvelle culture » estime Eric Piolle, « qui repose sur des valeurs, et options que les citoyens choisiront volontairement ». Et le maire d’étayer son propos en prenant l’exemple du vélo, dont la pratique se développe à vitesse grand V à Grenoble. « Les cyclistes ne se mettent pas au vélo parce qu’ils ont peur de mourir, mais parce que c’est plus agréable que la voiture, plus cohérent avec leur valeur, ils n’ont pas envie de polluer, ils ont envie de regarder les montagnes, de faire de l’exercice physique… ».

« Je suis sûr que la plupart des gens ne me croient pas »

Maire de Ungersheim, Jean-Claude Mensch est candidat à sa succession. Ancienne commune minière, le village alsacien de 2200 habitants est perçu comme un exemple à suivre en matière de transition écologique. La réalisatrice Marie-Monique Robin a même consacré tout un film, « Qu’est-ce qu’on attend ? » sorti en 2016, à cette dynamique visant à relocalisation de l’énergie et de l’alimentation. « Je préfère dire que la commune opère une transition vers plus d’autonomie » précise tout de go le maire. Une précision qui revêt son importance, car pour Jean-Claude Mensch, l’objectif « autonomie » s’inscrit pleinement dans la perspective de l’effondrement. « Oui, il faut se préparer à des lendemains difficiles, estime le maire, et notre force est de le faire collectivement, quand d’autres désertent et adoptent des démarches individualistes » observe-t-il. Mais de reconnaître qu’il y a encore du chemin à parcourir…

Une bonne part des habitants de Ungersheim ne semble pas encore prêts à changer de comportement, « parce que le système actuel répond toujours aux besoins des gens, ou du moins en apparence, nuance-t-il, car les dégâts sont importants sur l’environnement dont on est interdépendant ». C’est pourquoi, depuis deux ans Jean-Claude Mensch ne mâche plus ses mots. « Longtemps j’ai refusé d’avoir un discours alarmiste (…)je disais que le changement était possible à condition qu’on le veuille, et que d’autres alternatives sont envisageables et je me suis rendu compte que ce n’est pas suffisant, donc je mets une dose d’effondrement dans mes propos (…) Et d’ajouter un soupçon désabusé : « Je suis sûr que la plupart des gens ne me croient pas… L’effondrement c’est trop grand, ça les dépasse ».

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  1. Je vous admire, vous les alerteurs, les acteurs du changement nécessaire de comportement. On n’a pas le choix d’y croire ou pas, on y est confronté, plus de cancers divers qu’on n’en a jamais vus, au coût de soins faramineux… on ne tiendra pas longtemps à ce régime! Alors, avec d’autres proches de vous, Benoît Hamon et son revenu universel, que d’autres commencent à envisager, merci de vous allier pour nous proposer un avenir plus sobre, cerrtes, mais plus solidaire et vivable !

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