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PRATIQUES LOCALES 27/06/2012

A Brest, petites interventions, grands effets

par Martine Kis

Des rassemblements bruyants, des groupes qui campent dans une entrée d’immeuble, des espaces négligés… le sentiment d’insécurité se nourrit de ces situations. Pour y remédier, la seule intervention sur l’espace ne suffit pas. Mais elle est souvent une condition de réussite pour les autres politiques, sociales ou éducatives. Preuve par l'exemple, à Brest (Finistère).

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Urbanisme & sécurité

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Brest est une ville plutôt tranquille. Mais, dans les quartiers de logements sociaux, quelques sites posent des problèmes. Rassemblement, trafics, bruits, surveillance des allées et venues. Suffisamment de désagréments pour que les habitants désertent certains immeubles qui connaissent vacance et taux de rotation important.

«Le problème était récurrent depuis plusieurs années, raconte Anne-Marie Cibaud, adjointe chargée de la prévention et de la tranquillité urbaine et vice-présidente de Brest Métropole Océane (BMO). Nous avions épuisé toutes les pistes, l’accompagnement social, la prévention, la répression… restait l’aménagement.»

Maîtriser cheminements et points de vue

Brest métropole habitat (BMH) lance donc des études de sécurité, confiées à l’architecte Paul Landauer.

© J.-M. Roignant-Andia
Brest : quartier de Lambezellec. L’entrée de l’immeuble est déplacée vers le pignon, avec une grande rampe d’accès. Le hall est réduit. © J.-M. Roignant/Andia

 

En quelque sorte, l’affaire pourrait se résumer à savoir qui maîtrise les points de vue. Dans le quartier de Lambezellec , le vaste hall de l’immeuble se trouvait sur la longue façade, en surplomb, dans ce qui était alors une impasse. De là, les bandes pouvaient contrôler toutes les entrées du quartier, y compris l’arrivée de la police… piégée par l’impasse. En outre, l’espace était occupé par un parking, sans bancs, sans possibilité pour les habitants de s’y retrouver.

La résidentialisation n’est pas toujours une bonne solution.

Une garantie de tranquillité pour les trafiquants. L’objectif de l’architecte est donc d’inverser le rapport de forces.

«Il ne faut pas de dispositif d’empêchement, bornes, barrières etc. qui désertifient les espaces potentiellement publics. La résidentialisation n’est pas toujours une bonne solution. Elle tend à réduire l’espace public et elle permet de se cacher, ce que la police n’aime pas. Au lieu de faire des espaces protégés, nous avons créé de la qualité urbaine, avec bancs, jeux pour les enfants, recoins…»

Pour commencer, l’impasse est ouverte, créant une nouvelle liaison dans le quartier. L’entrée de l’immeuble est déplacée vers le pignon, avec une grande rampe d’accès, de façon à interdire de s’y cacher. Le hall est réduit, ce qui limite les possibilités de rassemblement. Le stationnement est réorganisé pour dégager les vues et créer un parvis public. Les conteneurs de déchets sont enterrés pour mettre fin aux feux de poubelle. Résultat : sans vidéo ni grille, les rassemblements ont disparu, et «sans que l’on constate de déplacement de la délinquance», se félicite Anne-Marie Cibaud.

Retravailler les entrées d’immeubles

Même pragmatisme sur d’autres sites. Rue du Béarn, une barre avec porche qui fermait l’entrée du quartier et servait de poste de guet a disparu au profit d’une nouvelle voie. Les entrées des immeubles de la rue sont retravaillées de façon à mieux les identifier et à créer une véritable rue. Les habitants réclamaient des auvents. Problème : on peut s’y cacher. Solution : ils protègent mais s’arrêtent à mi-hauteur de façon à préserver la visibilité.

Rien n’est définitif : il ne faut pas d’investissements trop importants

Dans le quartier de Kerourien, une placette desservant des halls d’immeuble et un centre social était un abri pour les trafics. Les entrées des halls qui regardaient vers la place et servaient d’observatoire et de cachette ont été retournées vers la rue. La circulation et le stationnement ont été réorganisés de façon à créer un parvis devant le centre social, avec bancs posés comme dans un salon. Aujourd’hui, les logements vacants sont de nouveau occupés et les jeunes tapent le ballon devant le centre social.

Après concertation, ces aménagements ont été acceptés par les habitants, «car ils ne révolutionnent pas leur cadre de vie mais l’améliorent», explique Yves Quiniou, directeur général de BMH.

Mais le cadre de vie ne peut pas tout. A Kerourien, des problèmes d’incivilité réapparaissaient. En cause: des tensions au sein du centre social. «La placette redevient un lieu de crispation. Preuve que rien n’est définitif est qu’il ne faut pas d’investissements trop importants, tant les situations évoluent», souligne Yves Quiniou.

JEAN-PIERRE CAROFF,
vice-président de Brest Métropole Océane, délégué à l’urbanisme et l’habitat :

« Nous en avons pris conscience : la réponse aux dysfonctionnements des quartiers est liée à la configuration de l’espace et aux possibilités de déplacement des bandes. Un espace que s’est approprié la population se prête moins aux utilisations et aux détournements d’usage. Il faut donc un regard global sur l’espace urbain, créer des lieux qui donnent envie et permettent de se retrouver. Avec des bancs ! Ce qui est souvent difficile à faire accepter au service des espaces verts. La population peut assurer un certain contrôle social, à l’échelle des petits dysfonctionnements. En centre-ville, la place de la Liberté, avec ses escaliers et ses recoins est un lieu de regroupement. Nous aimerions ouvrir les restaurants vers elle, mais l’architecture et la copropriété posent des problèmes. Cela y améliorerait la vie sociale. L’objectif étant de ne pas parler de sécurité. »

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