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A lire 17/10/2014

Nature urbaine en projets

par Martine Kis

L'alliance nature/ville fait l'objet de réflexions renouvelées dans un contexte où la demande des citadins peut aller à l'encontre des objectifs de densité. Le rêve de campagne en ville appelle donc de nouvelles réponses.

La nature et la ville font (bon) ménage depuis longtemps. Mais, avec la densification, la métropolisation, l’aspiration des urbains à maintenir un lien avec la nature se fait plus forte, devient un impératif de l’urbanisation.

Et le recours à la nature sous différentes formes devient même une justification pour toujours plus de ville. Au détriment, parfois, de la nature hors des villes, qui n’est d’ailleurs elle-même pas plus naturelle que la nature urbaine.

L’ouvrage dirigé par Catherine Chomarat-Ruiz se propose précisément d’étudier cette nouvelle alliance entre nature et ville.

Fonction patrimoniale et écologique
Sa première partie, historique, considère les modèles et représentations qui aux XXe et XXIe siècles ont fondé les projets de nature en ville. Aujourd’hui, les espaces verts ne servent plus à rééquilibrer les excès de la planification urbaine d’après-guerre, en remplissant les vides entre les espaces construits.

La nature a désormais une fonction patrimoniale et écologique. Patrimoniale, en reconstituant des trames vertes qui plongent dans l’histoire de la ville. Ainsi les statues contemporaines du jardin des Tuileries renouent avec la tradition royale et révolutionnaire du décor sculpté de jardins, tandis qu’une grande roue panoramique perpétue la mémoire d’une promenade urbaine toujours populaire chez les Parisiens et les touristes.

Fonction écologique également par la fonction d’infrastructure verte, conçue par Alphand à l’époque du baron Haussmann, au même titre que les autres infrastructures comme la voirie, les égouts ou l’éclairage public.

Une infrastructure tellement forte et présente que non seulement elle est préservée et, aujourd’hui, complétée, mais que son vocabulaire est toujours actuel : lampadaires en fonte, bancs droits, tuteurs pour les arbres d’alignement, joncs en fonte pour les bordures de pelouses… rien n’est remis en cause. Au contraire. Les chaises traditionnelles sont même vendues en ligne par la ville de Paris.

Concurrence avec l’espace public?
La deuxième partie de l’ouvrage cherche à comprendre la demande sociale de nature en ville d’un point de vue sociologique et économique. Entre recherche d’une image de campagne et quête de bien-être, comment satisfaire ce désir qui contribue à étaler la ville, puisque la ville de demain doit être économe en espace ?

Autre question : la nature en ville doit-elle être en concurrence avec l’espace public ou en être une composante ? Seule une compréhension de ce qu’est le désir de nature permettra d’y répondre.

La satisfaction de la demande de nature dans la ville durable passe par une série de possibilités : depuis les squares et jardins, jusqu’’aux écoquartiers en passant par les jardins partagés, les ruches, les murs végétalisés. Mais en veillant à ne pas fermer une partie de l’espace pour le réserver à la nature, ce qui irait à l’encontre de la maîtrise de l’étalement urbain.

Un exemple : les jardins partagés qui sont le plus souvent fermés. Ce qui ne pose pas de problème tant qu’ils sont réservés à une minorité. Mais la demande est telle qu’il existe un risque de voir une large partie des jardins enfermés derrière des grilles.

Cette nature n’entre-t-elle pas en concurrence avec l’espace public et n’est-elle pas prise en otage pour défendre des intérêts privés davantage qu’un « bien commun » ? La ville de demain devra donc répondre au désir de nature des citadins, sans créer de nouvelles fractures.

A la recherche d’une nature urbaine durable
La troisième partie de l’ouvrage se demande pourquoi il est si difficile de répondre à la question « quelles natures urbaines durables, pour quelles politiques publiques métropolitaines ? ».  Une troisième partie moins stimulante que les deux premières.

Ainsi, la nature en ville est-elle distinguée en trois formes : milieux arborés et arbustifs (forêts et boisements urbains et périurbains), milieux herbacés et buissonnants (pelouses, gazons, toits végétalisés), enfin les cours d’eau et plans d’eau. Une segmentation dont on comprend mal comment elle peut aider les élus et leurs conseillers à penser la région urbaine dans sa globalité comme le conseille l’auteur de cette contribution.

Il préconise également d’organiser la région urbaine de façon à ce que les citadins trouvent des réponses à des crises chroniques ou exceptionnelles, alimentaires, sanitaires, sécuritaires, psychologiques etc. dans les infrastructures paysagères. Le débat public affecterait chaque espace vu comme un bien commun à des fonctions et usages non définitifs.

Ces espaces sont donc vus comme devant rendre des services, surtout écologiques et de loisirs, et aidant à une meilleure résilience des habitants en cas de crise. Il s’agit finalement d’une vision instrumentalisant l’idée de nature en ville qui, en fonction de la question posée lors du débat public, peut se révéler un puissant outil aux mains d’un pouvoir politique, pas nécessairement bienveillant.

Références

  • « Nature urbaine en projets », dirigé par Catherine Chomarat-Ruiz, Editions Archibooks, 17 €

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