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Elections 24/03/2014

Municipales : quand des petites communes votent comme les grandes

par Pablo Aiquel
vichy-zone-urbaine-flickr-jl-zimmermann © Flickr-J.L. Zimmermann

Dans les communes de 1 000 à 3 500 habitants, qui votaient pour la première fois sur un scrutin de listes fermées et paritaires, sans panachage, avec l’obligation de présenter une pièce d’identité, certains changements ont été mieux assimilés que d’autres. Reportage dans cinq communes de l’agglomération de Vichy (Allier).

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Elections municipales 2014 : résultats et analyses

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« Comment ça ? Je ne peux pas voter ? Mais ce n’est pas vrai, on a fait 5 km pour rien ! » En quittant le bureau de vote à la mairie de Brugheas (Allier, 1.412 hab.), Julienne Roubeau, 74 ans, brandit sa carte d’électeur — insuffisante, sans une pièce d’identité avec photo — et peste encore : « Je suis déçue. Je ne suis pas contente ! Je ne viendrai plus jamais voter ! Ou alors, quand ils nous payeront l’essence ! » Son mari, Jean-Clément Roubeau, 79 ans, la soutient : « J’aurais pu aller chercher mon permis de conduire à la voiture, mais si elle ne vote pas, moi non plus. J’ai été conseiller municipal durant vingt-quatre ans, ils nous connaissent, quand-même… »

J’ai été conseiller municipal durant vingt-quatre ans, ils nous connaissent, quand-même… »

Jean-Clément Roubeau, habitant de Brugheas (Allier)


Des règles nouvelles, parfois déroutantes

Mais au bureau de vote, Christiane Seguin, Cyril Chevanne et Raymond Forgette, tous les trois candidats, n’en peuvent mais. « Vous vous rendez compte ? Nous n’avons qu’une liste, ici, et nous devons les empêcher de voter », dit l’un. « C’est la règle, nous sommes obligés », conclut l’autre.

En ce début d’après-midi, plusieurs autres électeurs de cette commune située au cœur de la forêt de Randan, au sud de Vichy, composée d’une dizaine de hameaux et villages, sont arrivés sans pièce d’identité, malgré les efforts de la municipalité qui avait envoyé un courrier à tous les habitants pour les prévenir des nouvelles règles.

A Saint-Rémy-en-Rollat (1.669 habitants), au nord de Vichy, un panneau jaune vif liste les pièces d’identités acceptées à l’entrée de la mairie. Permis de chasse, carte Vitale, carte famille nombreuse de la SNCF, une bonne douzaine de documents au total. A Vendat (2.278 habitants), c’est affiché à l’entrée de la salle des fêtes. Ceux qui ne le savaient pas, font demi-tour.

« Nous avons proposé à nos adversaires de laisser voter les gens qui n’auraient pas de pièce d’identité, dans des cas particuliers, comme des personnes âgées que, souvent, l’on connaît tous. Mais ils n’ont pas accepté », explique le maire de Saint-Yorre (2.823 hab.) Roger Levillain.

Finalement, cela s’est passé sans accroc, même Julienne et Jean-Clément Roubeau sont revenus voter, en s’excusant pour leur coup de gueule.


Fin du panachage : frustration et soulagement

Les habitants des communes de moins de 3.500 habitants ont dû également ranger les stylos. A regret. « En 2008 le dépouillement avait été folklorique. Presque toute la commune avait des voix, ça avait duré jusqu’à très tard dans la nuit », se rappelle Bernard Aguiar, prochain maire du Vernet (1.974 habitants), situé à l’est de Vichy.

C’est donc surtout un soulagement pour les élus locaux. « Cela donne de la lisibilité et plus de latitude pour agir », assure Marc Voitellier, futur élu de l’opposition.

C’est une bonne chose de passer un scrutin de liste [...] Mais ça frustre les électeurs, ils disent que c’est dommage.

Roger Levillain, maire (réélu) de Saint-Yorre

 

De même à Saint-Yorre, où le maire Roger Levillain (réélu) indique que « le problème du panachage était un dépouillement très très long. Il fallait cocher nominativement tout le monde. C’est une bonne chose de passer un scrutin de liste, ça évite de passer tout ce temps à compter. Mais ça frustre les électeurs, ils disent que c’est dommage. »

En 2008, à Brugheas et à Saint-Yorre, les maires sortants avaient été « barrés » par les électeurs, à Vendat c’était le dauphin du maire qui menait la liste. Cette fois, ce n’est plus possible.

« Les listes complètes montrent un affichage plus politique, à gauche ou à droite. Mais pour les gens, c’est un gros changement. C’était un sport local, la veille du scrutin. A table, je suis sûr que certains rayaient les bulletins en famille », assure Alain Carrier, candidat à Vendat.

En tout cas, dans les urnes il n’y a pas eu de confusion. A Vendat et Saint-Rémy-en-Rollat, le nombre de votes nuls ou blancs a été équivalent à celui de 2008 ; au Vernet, il est même en nette diminution. Une liste unique à Brugheas et deux listes de gauche à Saint-Yorre expliquent, selon les candidats, la hausse de l’abstention et des votes blanc dans ces communes.


La parité fait la quasi-unanimité

Chez les électeurs, rien à redire sur les listes paritaires. « Je trouve ça super bien. Il faut des femmes dans les conseils municipaux. J’ai vu un reportage sur un maire qui semblait un peu réticent, je trouve que c’est triste, à l’époque où l’on est… », assure Serge Saint-Paul, habitant du Vernet. Sophie Chaucheprat, à Brugheas, et Laura Holliger, à Saint-Rémy-en-Rollat, ne disent pas le contraire : « C’est plus juste et c’est très bien, les femmes doivent être aussi bien représentées que les hommes ».

Les élus sont d’accord, mais avouent des difficultés. « La parité, je trouve ça très bien. Même si c’est difficile à réaliser. Côté féminin, nous avons toujours un peu de mal à trouver de bonnes volontés, mais au fur et à mesure on y arrive et c’est tout à fait logique », assure Bernard Aguiar, au Vernet.

Il y a du pour et du contre, beaucoup de dames ne sont pas prêtes à s’engager. Elles veulent bien être nos égales, mais elles n’ont pas le temps. C’est une question d’emploi du temps, il faut que dans un couple chacun puisse s’investir »

André Kuti, seul élu de sa liste à Saint-Rémy-en-Rollat

 

Le contre-exemple d’Eglisolles (264 hab.) montre à quoi sert la parité dans les listes. Dans ce village de la vallée de l’Ance, au sud d’Ambert (Puy-de-Dôme), « Eglis’Elles », une liste 100% féminine, avec 9 femmes, s’est présentée aux élections… Mais, suite au premier tour du scrutin (permettant le panachage), les 7 premiers élus sont des hommes et seuls les 3 derniers sièges vont à des femmes. Jusqu’alors, le conseil municipal comptait 2 femmes sur 11 élus. Désormais, il y en aura au mieux 4.

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  1. Un bon tour de la question ; confirmation sur Marsac-en-Livradois. Par contre l’abandon du panachage a clairement été vécu par les électeurs comme une privation d’une part importante de leur pouvoir démocratique. Ceci demeure pour moi un coin enfoncé dangereusement dans la démocratie locale.

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