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Juillet 2009

Adopter la vision et les défis de l'urbanisme durable - L'expérience de trois villes pionnières

Beaucoup réduisent encore l'urbanisme du­rable à la performance énergétique des bâtiments et à la place des espaces verts. Au détriment de la limitation de l'étalement urbain, de la mixité des espaces (habitation et activité) et des changements de comportement. Donc, d'une vision globale de la cité.
Pourtant, «la manière d'appréhender la question évolue chez les élus, constate Eric Prudhomme, chargé à l'Ademe de promouvoir l'approche environnementale de l'urbanisme (AEU), méthode en plein essor depuis cinq ans. Auparavant, les communes sollicitaient une AEU sur des opérations d'aménagement précises, plus que sur l'élaboration de leurs documents d'urbanisme. Aujourd'hui, la tendance s'inverse.»

Trois villes sont à cet égard exemplaires.

- En Ille-et-Vilaine, Rennes métropole regroupe 37 communes, soit 404.000 habitants.
Ici, le développement durable fait l'objet d'une stratégie globale à l'échelle de l'agglomération.

- Ville du Nord dans la région du Nord-Pas-de-Calais, Seclin compte 12.500 habitants.
Elle a mené - avec succès - la réhabilitation de maisons individuelles selon la démarche HQE.

- Au coeur du Douessin, dans le Maine-et-Loire, Forges regroupe 234 habitants.
Pionnière, elle a sollicité dès 2002 une approche environnementale de l'urbanisme (AEU) pour concevoir un écolotissement qui va structurer le village.

Changer de méthode. Environ 350 collectivités ont déjà fait appel à cette assistance à maîtrise d'ouvrage, mise au point et en partie financée par l'Ademe: un bureau d'études ou une agence d'urbanisme coordonne le projet, de l'analyse des enjeux environnementaux à la mise en œuvre. La démarche convoque le savoir-faire de nombreux partenaires, publics (autres collectivités, bailleurs) et privés: experts, associations, entreprises, à même de proposer de nouvelles technologies.
«L'un des défis de l'urbanisme durable consiste à changer les mé­thodes de travail: réussir à associer, dans une approche transversale, des acteurs, des services, des élus qui s'occupent de thématiques différentes», explique Claude Lepetit, directeur général des services techniques à Rennes métropole.

«Les communes de petite taille ou en difficulté sociale ont besoin d'aides financières et tech­niques» pour transcrire des objectifs dans le règlement du PLU, le cahier des charges d'une ZAC ou assurer l'équilibre financier d'un projet, rappelle Maud Lelièvre, déléguée générale de l'association des Ecomaires qui ­ les aiguille vers les bons parte­naires).

Cer­taines régions apportent un concours financier aux projets, comme le conseil régional de Bretagne, dont le dispositif Eco Faur (voir la vidéo), soutient, par des subventions à l'investissement et des aides aux études, des opérations «du­rables». 60%  des 333 dossiers retenus depuis 2005 étaient portés par des communes de moins de 2.000 habitants.

Transformer. Les grandes villes, elles, misent sur des projets d'écoquartiers.
La plupart portent sur des aménagements neufs, plus vendeurs et plus simples que la réhabilitation de l'existant, pourtant à la base de l'urbanisme durable. «L'énergie n'a pas été ­prise en compte dans de nombreux projets de renouvellement urbain, menés sans chercher à diminuer les consommations d'énergie et donc les charges des locataires», re­grettent Catherine Charlot-Valdieu et Philippe Outrequin, concepteurs, dès 1999, de la démarche HQE2R de transformation durable des quartiers, peu utilisée en France.
Certaines collectivités commencent à lier leurs aides à la rénovation des logements sociaux au respect de critères de performance énergétique.
Mais pour atteindre les objectifs du Grenelle de l'environnement (voir la liste), les deux économistes appellent à un «effet de masse».

Le dispositif Eco Faur de la région Bretagne - Vidéo
-"Bâtiments et équipements publics, nouveaux quartiers, espaces publics : Gérard Mevel, vice-président en charge de la qualité de vie, de l’eau, des espaces naturels et des paysages, explique comment le programme Eco Faur accompagne les projets d’urbanisme durable des petites et des grandes communes"
(vidéo diffusée par la région Bretagne sur Dailymotion depuis avril 2009).

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Rennes métropole (Ille-et-Vilaine)
Une stratégie globale à l'échelle de l'agglomération

Ici, les priorités sont claires. Le premier vice-président de la communauté d'agglomération, Bernard Poirier, est chargé du développement durable. «La cohérence des politiques doit se voir pour que la population adhère, dit-il. Nous avons donc travaillé sur la complémentarité des documents d'urbanisme, dans une même logique : densité, liaison habitat-transports, mixité sociale et fonctionnelle, qualité biologique.» Une stratégie globale facilitée, précise l'élu, par «des pilotages communs établis depuis longtemps, comme la TPU partagée ». Outil primordial, le plan local de l'habitat vise un bon équilibre social (logements aidés/logements issus du marché) sur toute l'agglomération.

S'y inscrivent éga­lement des préconisations en termes de densité, moins précises cependant que celles du schéma de cohérence territoriale, qui fixe une densité minimale, modulée en fonction de la situation géographique de la commune (de 45 à 60 logements par hectare dans la partie centrale à 25 pour la périphérie) et renforcée autour des pôles de transports intermodaux.
«Lors de l'élaboration des PLU, nous incitons les communes à localiser les extensions urbaines en fonction des lignes de transports en commun», ajoute Claude Lepetit, le directeur général des services techniques. Par ailleurs, tous les projets immobiliers subventionnés par l'agglomération doivent obtenir la certification Habitat&Environnement, délivrée par l'organisme ­Cerqual.
«Plus de la moitié des logements sont certifiés», assure Claude Lepetit, constatant un effet d'entraînement sur les programmes non aidés. Enfin, un référentiel d'aménagement durable s'impose à toutes les opérations communautaires.

En savoir plus
Sur le site de Rennes métropole: la page "Développement durable"
et les fiches pratiques notamment.

En chiffres
Budget total: 418 millions d'euros (dont 118 millions d'investissement)

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Seclin (Nord)
Une réhabilitation HQE avec les habitants

A Seclin, 73 maisons individuelles d'un quartier défavorisé sont actuel­lement rénovées selon la démarche HQE, avec installation de doubles vitrages performants et de chaudières à condensation, pro­duction d'eau chaude solaire et d'électricité photovoltaïque pour certaines maisons. Cette opération, menée par le bailleur Habitat 62/59 Picardie, répond à un appel à projets de la communauté urbaine de Lille qui a permis de mobiliser nombre d'experts pour les choix techniques et financiers. La communauté urbaine et la ville se chargent de revoir les amé­nagements extérieurs.

Clé de la réussite: une étroite collaboration qui englobe, outre le bailleur, les collectivités et les experts, l'association assurant le suivi social des familles et l'association de quartier participant à toutes les réunions de chantier et relayant les observations des habi­tants. Un journal relate l'avancée des travaux. Des ateliers pédagogiques apprennent à utiliser les nouveaux équipements, à économiser l'eau et l'électricité, à créer des potagers. «Il fallait que la démarche soit bien comprise. Or, les habitants se sont fortement impliqués, de manière constructive, salue le maire de Seclin, Bernard Debreu. Cela prouve que la précarité n'interdit pas une sensibilisation au développement durable.» Dès leur installation, les familles participeront au suivi des consomma­tions énergétiques avec EDF. Les charges pourraient diminuer d'environ 30%, pour un loyer en hausse de 5%.

En savoir plus
Sur le site de la mairie de Seclin: la page consacrée à la "cité jardin"

En chiffres
Budget : 17,5 millions d'euros (fonctionnement); 3,5 millions d'euros (investissement)
Coût de l'opération pour le bailleur: 3,4 millions d'euros, dont 831.000 euros de subventions
Ville de Seclin: 400.000 euros pour l'éclairage public et les espaces verts

Forges (Maine-et-Loire)
Un éco-lotissement structure le village

La municipalité de Forges, 200 habitants répartis dans de petits hameaux dispersés, sollicite en 2002 une approche environnementale de l'urba­nisme (AEU) pour concevoir un lotissement face à l'église, destiné à créer un centre-bourg. «Le bureau d'études choisi a réuni la DDE, le conseil d'architecture, d'urbanisme et d'environnement (CAUE), le parc naturel régional, des géomètres, des paysagistes, etc. Cette confrontation d'idées a aidé les élus à prendre leurs décisions en connaissance de cause», ­raconte le maire, Marcel Audiau.

Le projet initial est ainsi redécoupé pour atteindre une forme plus compacte (29 lots au lieu de 23, dont huit logements sociaux), notamment sur l'axe principal. La taille des lots varie tout de même de 300 à 1.000 m2. «Aujourd'hui, nous irions certainement plus loin, reconnaît le maire. Les mentalités ont évolué.»
Le règlement de lotissement est axé sur l'environnement: orientation des faîtages, mitoyenneté de certaines maisons, réseau de chaleur alimenté par une chaudière à bois, assainissement vert, récupération des eaux de pluie, matériaux drainants, dissociation des cheminements piétonniers et auto­­mobiles.
La mairie assure le service après-vente : le bureau d'études rencontre gratuitement les acquéreurs, pour les conseiller et les inciter à aller au-delà des obligations du règlement.

En savoir plus
Sur le site de la mairie de Forges (tél.: 02.41.59.72.07)

En chiffres
Budget: fonctionnement, 231.000 euros ; investisse­ment, 181.000 euros
Coût de l'AEU, y compris la mission de conseil aux acquéreurs: 20.000 euros (financement Ademe et conseil régional)



Les objectifs du «Grenelle »

- Appliquer la norme « bâtiment basse consommation » (consommation inférieure à 50 kWh/m2/an) à toutes les constructions neuves fin 2012.

- Pour l'ancien, réduire la consommation d'énergie de 38 % d'ici 2020.

- Mettre aux normes énergétiques 800 000 logements sociaux.

- Créer au moins un écoquartier avant 2012 dans les communes qui ont des programmes de développement de l'habitat significatifs.

- Restaurer et créer des continuités écologiques.

- Développer les transports urbains en site propre : 2,5 milliards d'euros d'aides de l'Etat d'ici 2020.

- Diviser par quatre, d'ici à 2050, les émissions de gaz à effet de serre, rapporté à 1990.

- Développer la récupération des eaux pluviales.

- Réduire la production de déchets de 5 kg par an et par habitant.

- Diminuer de 15% les déchets incinérés ou stockés à l'horizon 2012.


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