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Semaine du 11/05/2012
A chaque scrutin, maires et présidents de groupements intercommunaux se métamorphosent malgré eux en proies de choix, tentant de répondre à leur obligation, sans y perdre trop de plumes!
Dès l'instauration de l'élection présidentielle au suffrage universel, en 1962, la nécessité d'éviter la centaine de présidents putatifs et d'écarter toute candidature fantaisiste s'impose. D'où l'obligation, pour se présenter, d'obtenir 100 signatures d'élus.
Le nombre de candidats passant de 6 en 1965 à 12 en 1974, le garde-fou est renforcé en 1976: désormais, 500 signatures d'élus seront nécessaires, issues d'au moins 30 départements et sans excéder 50 par département.
Ils sont ainsi 47.000 élus à disposer du droit de "présenter" un candidat.
Cependant, aux côtés des députés, sénateurs, parlementaires européens, conseillers régionaux et généraux et membres des Assemblées de Corse ou d'outre-mer, le "gros de la troupe" est constitué des 36.000 maires de France auxquels s'ajoutent depuis peu les quelque 2.600 présidents d'établissements publics de coopération intercommunale (EPCI).
Evolution et effets pervers
Officiellement, la campagne de signatures ne dure que trois semaines (délai allongé à un mois en 2007), les parrainages devant, depuis 2007, être déposés 37 jours avant le premier tour de l'élection pour être publiés au Journal officiel (tirage au sort de 500 d'entre eux s'ils dépassent 500 noms).
Mais, de peur de ne pas réunir le quota en temps utile, comme cela fut le cas pour Jean-Marie Le Pen en 1981 ou Nicolas Dupont-Aignan en 2007, les candidats les plus "isolés" se placent à l'affût bien plus tôt.
Depuis quelques semaines, donc, certains sont déjà sur le terrain pour collecter les promesses. Le maire rural, sans étiquette de préférence, est l'objet de toutes les attentions. "Cela devient à la fin presque du harcèlement", confiait début mai, sur Europe1.fr, Max Brail, maire de Lastours (160 hab., Aude), que d'aucuns sont allés chercher jusque dans sa vigne!
Acte républicain ou... souricière ?
Le geste, empreint d'importance, revêt pourtant l'allure d'un symbole.
"C'est un acte modeste, mais affirmé qu'il faut savoir assumer parce qu'il fait partie de la responsabilité d'un élu local", assure Jean Vincent, maire depuis 2008 d'Espinasse (75 hab., Cantal). Jean-François Aluze, également élu en 2008 à Broye (800 hab., Saône-et-Loire), déchiffre dans cette signature "toute l'importance du rôle donné en France au président de la République en qualité de rassembleur" et ne fuira pas "l'engagement qui est le sien en tant que maire."
Mais la fougue des "jeunes élus" s'épuise parfois avec le temps et les difficultés ont fini par en lasser plus d'un. Car le jeu démocratique, faussé, peut mal tourner et la procédure davantage relever du casse-tête chinois, voire de la souricière, que du dispositif bien huilé.
"Le parrainage n'est pas un soutien, encore moins un vote en faveur d'une personne, mais un acte républicain", répète à l'envi le président de l'Association des maires de France (AMF), Jacques Pélissard, à l'occasion de chaque scrutin.
Sur la lancée de ce principe quasi fondateur, ils sont des dizaines d'édiles à voler au secours des candidats les plus modestes sans pour autant, quelques semaines plus tard, voter pour eux dans le secret de l'isoloir... "Juste pour garantir que toutes les sensibilités dignes de l'être soient représentées le moment venu", explique ainsi Christian Métairie qui, alors président de la communauté d'agglomération de Val de Bièvre, a agi de la sorte, en 2007, en faveur de José Bové.
Un acte risqué car mal perçu
"Mais le problème, c'est que médias, électeurs et partis confondent allégrement soutien militant, geste d'unité et parrainage démocratique pro-pluralisme", soupire un autre élu, échaudé.
Il y a d'abord la réaction de la population, car la liste des 500 parrains est publiée au Journal officiel au moins huit jours avant le premier tour. Le parrainage de Guy Gendre, prédécesseur de Jean Vincent, en faveur de Jean-Marie Le Pen, avait suscité bien des remarques dans le village.
Joël Piété, maire de Loctudy (4.100 hab., Finistère) dont la signature était allée il y a cinq ans à Olivier Besancenot "par seul souci démocratique, afin que chacun puisse s'exprimer dans le plus large éventail", fut immédiatement "catalogué comme un dangereux communiste dans un journal local".
La pression des partis
Difficile de soutenir un candidat dissident, encore moins un adversaire. A moins d'y être convié pour mieux diviser l'opposition, "l'acte de conviction s'effaçant parfois derrière la stratégie", reconnaît Franck Laugier, président de Collcab (association des collaborateurs de cabinet des collectivités territoriales du centre et de la droite républicaine).
"Pour celui qui briguerait un mandat plus important, il est quasi impossible d'apporter son soutien hors de son parti", résume Pierre Louault, maire de Chédigny (529 hab., Indre-et-Loire) et conseiller général. Il y va de son positionnement futur, via tel ou tel courant.
Mais l'affaire est aussi très entendue par les "petits maires", dont les communes ont un besoin vital de subventions et qui craignent -parfois avec raison- une future réponse négative à leurs demandes de la part des députés ou conseillers généraux et régionaux.
Du coup, même "s'il faut savoir faire passer ses valeurs avant sa carrière", comme l'assure Christian Métairie et "être fidèle à soi-même dans toute la force de ses convictions", selon Patrice de Foucaud, président de la communauté de communes du canton de Noyant, "signer peut incontestablement porter préjudice", reconnaît le premier dans la foulée et il faut "être prêt à en subir les conséquences", prévient le second.
Or, même les braves se fatiguent et trop d'élus qui, selon Pierre Louault, "ont malheureusement eu l'occasion de regretter leur geste", se sentent la proie des uns et l'otage des autres.
Feinter...
Pour éviter le piège, quelques-uns ouvrent des pistes...
Soucieux de "dénoncer cette parodie de démocratie qui réserve en réalité les signatures à quelques-uns, toujours les mêmes, et pour favoriser le jeu démocratique sans pour autant être étiqueté", Pierre Prodhomme, maire de Saint-Jean-sur-Couesnon (1.600 hab., Ille-et-Vilaine) avait, en 2007, défrayé la chronique en confiant au hasard le choix de son parrainage.
Parmi les 15 prétendants à l'Elysée qui n'avaient pas encore recueilli les 500 signatures, il avait ainsi tiré au sort, devant témoins, l'enveloppe d'Arlette Laguiller. Mais le Conseil constitutionnel avait invalidé sa signature, jugeant cette conduite "incompatible avec la dignité qui sied aux opérations concourant à toute élection".
De son côté, Joël Piété met désormais un point d'honneur à bien expliciter, sur le terrain, l'éthique républicaine qui sous-tend son geste afin que ne soient plus confondues conviction et présentation. Mais, derrière l'AMF, nombreux sont ceux qui espèrent une réforme du dispositif.
... Ou réformer ?
Anonymat des signatures, double parrainage, obligation de vote... Les propositions sont diverses, mais toutes soucieuses d'une meilleure réponse démocratique. Pourtant, de scrutin en scrutin, rien ne bouge. Peut-être parce que, comme le soutient Christian Métairie, "ce dispositif n'est que le symbole d'un système présidentiel caduc" et que, "derrière ce simple geste, tout notre édifice constitutionnel est en réalité en jeu".
En attendant, en 2012 encore, les maires devront prendre quelques risques pour "ne pas renoncer à exercer un droit essentiel au bon fonctionnement et au pluralisme de la démocratie", insiste Jacques Pélissard.
D'après l'article publié dans "le Courrier des maires et des élus locaux", novembre 2011
L. Denès
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