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Semaine du 11/05/2012
Ouvrir des salles encadrée pour les consommateurs de drogue: le débat entre spécialistes a gagné le monde politique, où il divise à droite et rassemble à gauche. Mais ce dispositif probant à l'étranger s'est heurté, le 11 août 2010, à une fin de non-recevoir de Matignon.
"Enjeu sanitaire crucial" (R. Bachelot)
Voix discordante du gouvernement, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, s'était prononcée, dès le 19 juillet à Vienne (Autriche), pour "une concertation" large sur la "mise en place expérimentale de ce qu'il faudrait appeler 'centres de consommation supervisés'", au nom d'un "enjeu sanitaire crucial".
La ministre avait entrouvert une porte, sans calendrier toutefois, après la publication fin juin d'une expertise collective de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), qui vaut aval de la communauté médicale.
A Bayonne, le 11 août, Roselyne Bachelot a souligné les prérequis indispensables -interdiction de tout acte de vente", "prise en charge globale" des toxicomanes, "adhésion de tous les acteurs locaux-, dans le sillage de deux ex-ministres de la Santé, de droite également et pionnières dans la réduction des risques (RDR): Michèle Barzach pour la vente libre de seringues (en 1987) et Simone Veil pour les produits de substitution (1994).
Opposition de Matignon
Toutefois, le bureau de François Fillon a affirmé que "la priorité de Matignon est de réduire la consommation de drogue, non de l'accompagner, voire de l'organiser". Les salles de consommation de drogue ne sont donc "ni utiles, ni souhaitables", a-t-on ajouté.
Malgré cette fin de non-recevoir, le président (UMP) du Sénat, Gérard Larcher, a estimé que ce débat "méritait d'être poursuivi" et a proposé l'ouverture d'une "mission parlementaire".
Coiffant sa casquette d'élu local des Yvelines, un département touché par les problèmes de drogue, il a rappelé l'importance du sujet "dans l'intérêt des malades, parce que celui qui se drogue à répétition, chacun reconnaît que c'est un malade".
Les associations spécialisées en parlent depuis longtemps et ont ouvert une salle pendant 48 heures en 2009 pour "interpeller les pouvoirs public", a déclaré Pierre Chappard, coordonnateur du Collectif Asud (usagers de drogues), Act Up, Anitea (intervenants en toxicomanie et addictologie), SOS Hépatites, Safe, sallesdeconsommation.fr, Gaïa.
Avis divergents
Les partis de gauche (PS, Verts, PCF) et le Modem y sont "favorables". L'UMP se divise entre tenants de la répression et pragmatiques. Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, s'est dit "vraiment opposé" à ces "salles de shoot". Mais des voix prônent l'expérimentation : la secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, ou Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire UMP de Marseille.
Le président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), Etienne Apaire juge que de tels centres sont "discutables sur le plan philosophique" et "ne répondent pas vraiment à la demande d'un point de vue sanitaire".
Pourtant, selon l'Inserm, le constat que 60% des usagers de drogue sont porteurs de l'hépatite C, que de nouvelles populations échappent aux dispositifs et que de nouvelles pratiques à risques surviennent "impose d'adapter la politique de réduction des risques".
L'association "Elus, santé publique et territoires" (ESPT), qui regroupe 60 villes de gauche (Paris, Lille, Nantes, etc.) et de droite (Marseille, Le Havre, etc.) a lancé, en avril 2010, un séminaire dont les conclusions, fin septembre, fourniront "aux élus de quoi se forger une opinion au-delà de l'ignorance et des a priori idéologiques". Les villes intéressées (Marseille, Paris, Lille, Bordeaux, etc.) sont confrontées à des "scènes ouvertes" de drogue : deal et/ou consommation publics.
Le médecin-urgentiste Patrick Pelloux est favorable aux salles de consommation de drogue, même si "ça va faire peur à une certaine morale". "Cela permet de remettre le malade dans un circuit et souvent de l'aider à sortir de la drogue", plaide-t-il. Les associations en appellent "au courage politique", car "presque tous les pays qui entourent la France" ont des salles (Luxembourg, Allemagne, Suisse, Espagne)"ouvertes souvent par des gouvernements de droite".
Pour en savoir plus
> Inserm, 30 juin 2010, Réduction des risques chez les usagers de drogue
> Inserm, 2 juillet 2010, dossier de presse
> Sur le site du ministère de la Santé, Informations sur les addictions et les drogues et sites internet pour aller plus loin
> Sur le site du ministère de l'Intérieur, La lutte contre la drogue
> La Documentation française, juillet 2008, Plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011
La rédaction
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