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Semaine du 11/05/2012
Les 140 familles de gens du voyage engagées dans un bras de fer avec la mairie de Bordeaux (Gironde) ont rejeté les propositions du maire UMP Alain Juppé, qui leur a proposé le 16 août deux alternatives à la plaine des sports où elles voulaient installer leurs caravanes. Le 17 août, James Dubois, président de l'association de la vie du voyage (LVDV), a toutefois indiqué qu'une "sortie de crise honorable" pourrait être trouvée dans l'après-midi, si "volonté politique" il y a .
Après le blocage d'un imposant pont de la rocade bordelaise dimanche, l'ancien Premier ministre a essayé de trouver un terrain pour les 250 caravanes et véhicules qui bloquaient toujours des voies de la zone commerciale Bordeaux-Lac. "Je leur ai réaffirmé ma volonté de dialogue", sans "confrontation, à condition que les lois soient respectées", a indiqué Alain Juppé. "Le dialogue ce n'est pas la jungle", a-t-il insisté, jugeant "l'intrusion inacceptable". Il a réitéré son refus de les laisser s'installer sur la plaine des sports, où ce groupe avait voulu pénétrer en force dimanche lors de brèves échauffourées avec les forces de l'ordre. Le maire a invoqué leur installation "les années précédentes, sans demande préalable (en laissant) des dégradations".
Négociations difficiles
Alain Juppé leur a fait deux propositions:
- s'installer sur un vaste parking d'asphalte équipé en eau et électricité à leurs frais,
- ou sur une prairie de 2 hectares viabilisée qui peut accueillir 200 caravanes, à proximité de la zone de Bordeaux-Lac.
Les gens du voyage refusent la solution du parking car il est "en goudron où il fait 40 degrés l'été et qu'il est très mal fréquenté", selon Jean Avrillas, porte-parole du convoi. Il a en outre souligné que ce parking ne correspond pas aux préconisations de la circulaire du 13 avril 2010 du ministre de l’Intérieur.
Après une visite sur place en délégation, James Dubois, président de l'association de la vie du voyage (LVDV) a qualifié l'aire de deux hectares d'"infecte" et d'"insalubre", la jugeant aussi "beaucoup trop petite".
Les gens du voyage avaient repéré un terrain, mais celui-ci "n'a ni eau, ni électricité et il est classé en zone Natura 2000, il paraît donc hors de question de laisser y installer des caravanes", indique-t-on à la mairie.
Des membres de l'opposition municipale bordelaise ont dénoncé la "stigmatisation" des gens du voyage. Selon Michèle Delaunay, députée socialiste de Gironde, et Emmanuelle Ajon, conseillère municipale socialiste, les événements survenus à Bordeaux "aggravent de manière très regrettable la confusion et la stigmatisation initiées à Grenoble par le discours du président Sarkozy".
Recours en référé
Un recours en référé a été déposé par les gens du voyage devant le tribunal administratif, pour "qu'on nous délivre un espace qui remplacera les aires de grand passage qui sont défaillantes", a précisé leur avocat Me Pierre Blazy, selon lequel l'affaire sera plaidée mercredi matin (18 août).
En traversant la ville, un cortège de 200 personnes des gens du voyage avaient déployé drapeaux tricolores et banderole proclamant la devise Liberté, Egalité, Fraternité.
Ils se présentent comme des "commerçants de père en fils", vendant maroquinerie, bibelots, lingerie ou rempaillant les chaises sur les marchés et les foires. "On n'est pas des voleurs, là, ils nous empêchent de travailler", a lancé Lorenza Boucher. "On demande une tolérance qui existe depuis le Moyen Age. Pourquoi en 2010 on nous empêche de voyager ? Nous, le voyage c'est notre vie, c'est notre commerce".
Un itinéraire tourmenté
Le 14 août, à Anglet, ce groupe de commerçants itinérants de l’association La Vie du voyage avait résisté de manière pacifique à une tentative d’expulsion menée par les forces de l'ordre. Le juge des référés avait tranché le conflit, en leur octroyant un délai (jusqu’au 16 août) pour quitter les lieux.
"Lorsqu’ils sont arrivés, début août, notre terrain de grand passage - qu’ils avaient réservé depuis le mois de mars- était occupé par d’autres familles qui n’auraient pas dû s’y trouver", raconte Christian Millet-Bardet, vice-président de la communauté d’agglomération de Bayonne-Anglet-Biarritz . "Ils se sont alors installés sans notre autorisation sur un terrain de sport. Nous devions réagir car notre rôle n’est pas de résoudre les problèmes d’organisation des grands passages", remarque l’élu.
Dans un premier temps, la préfecture des Alpes-Maritimes avait engagé une procédure d’expulsion administrative. Celle-ci avait été rejetée par le tribunal administratif de Bayonne qui avait considéré que ni l’ordre publique ni des questions d’hygiène ne la justifiait. La municipalité avait alors engagé avec plus de succès une procédure devant le tribunal de grande instance en argumentant son refus d’autorisation. Néanmoins, du fait des délais, l’association de commerçants avaient pu stationner durant la période initialement prévue pour son séjour.
Même scénario, ou presque, à Agde (Hérault) fin juillet. En cause, la salubrité du terrain « officiel » où le groupe avait refusé de stationner. "L’accueil doit être assuré dans de bonnes conditions. Ce n’est pas parce que les terrains sont inutilisables que nous devons disparaître", avait expliqué James Dubois, président de l’association. Il avait jusqu’alors respecté l’itinéraire et les dates annoncées aux autorités, même lorsque les juges lui octroyaient des délais supplémentaires sur le lieu d’étape précédent. "Après l’échec de l’expulsion administrative, nous avons relancé la procédure, car sachant qu’aucun terrain n’était adapté pour eux à Bordeaux, nous avions craint qu’ils ne prolongent leur séjour", avait confié, à Anglet, le vice-président de la Cabab. Le service de médiation de la Gironde a confirmé le 14 août que le groupe négociait une solution depuis trois semaines.
Pour aller plus loin
Lire le dossier de la Gazette des communes : Abécédaire pour tout savoir sur les gens du voyage et les collectivités
O. Berthelin, avec l'AFP
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