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Semaine du 11/05/2012
En perte de vitesse, d'argent et de militants, le Front National se lance dans les élections régionales avec, probablement pour la dernière fois, son président et fondateur Jean-Marie Le Pen, 81 ans, à sa tête, et deux inconnues à son bord: dans quel état va-t-il laisser le parti, et à qui ?
Le FN est crédité jusqu'à présent dans les sondages de scores tournant autour des 8-9%, qui recèlent de fortes disparités. Selon des sondeurs, des experts et le FN lui-même, des régions comme Nord-Pas-de-Calais, Provence-Alpes-Côte-d'Azur, probablement Alsace ou Picardie devraient enregistrer des scores à deux chiffres, ce qui lui permettrait de se maintenir au second tour.
Score divisé par deux
Jean-Marie Le Pen, candidat en Paca, estime pouvoir y parvenir dans "une dizaine de régions" (contre 17 en 2004). Il y a "forcément des régions où ils vont se maintenir et où ils pourront faire un très bon score", selon Emmanuel Rivière (Sofres). Mais comparé aux 15% obtenus lors des régionales de 2004, "on est quasiment à une division par deux du score", ajoute-t-il. Selon Frédéric Dabi (Ifop), qui vient de créditer le FN de 9% des voix, il existe "une petite dizaine de régions où il est capable de se maintenir".
Le "constat de la politique actuelle nous est favorable", affirme Michel Guiniot, secrétaire aux élus et tête de liste FN en Picardie, sûr de ramener au parti les "déçus du sarkozysme". Il évoque "un signe qui sert de thermomètre : les adhésions spontanées de gens sans qu'ils soient démarchés".
Parti "Moribond"
Selon la politologue Nonna Mayer (Sciences Po) au contraire, le "parti est moribond". "Ses finances sont catastrophiques. Il a des dettes énormes. Il n'a plus de militants. Le Pen se fait vieux. Sa fille Marine a repris les choses en main, mais n'est pas acceptée par la vieille garde". "Si le FN réussit un score national aux alentours des 10%, il sera tout, sauf enterré. A 10%, il reste une force politique, supérieure au Front de Gauche, au NPA", déclare Jean-Yves Camus (Iris). Mais il "ne peut pas faire d'alliance. C'est une formation dotée d'une capacité de nuisance, plus qu'une formation ayant une voix aux affaires. C'est ce qui a toujours fait la faiblesse du Front", dit-il. De plus, la société française change, remarquent les chercheurs, "elle est plus ouverte", moins sensible aux thèmes traditionnels du Front, peine de mort, trop d'immigrés, etc.
Les cadres quittent le navire
Le nombre d'adhérents est inconnu. "La seule donnée fiable est celle de 42.000 personnes à jour de cotisation fin 1998", au moment de la scission avec Bruno Mégret, qui a donné le MNR. "A la louche aujourd'hui, si c'est la moitié, c'est déjà pas mal", ajoute Jean-Yves Camus. Un ancien responsable FN donne un chiffre "entre 5.000 et 10.000, plus près de 5.000". Les cadres aussi sont partis. En Haute-Normandie, ce sont des responsables d'Ile-de-France qui dirigent les listes, comme dans le Bas-Rhin. En Basse-Normandie, les anciens élus ont rejoint le Parti de la France de Carl Lang, ex-FN. Dans le Nord-Pas-de-Calais, où milite la benjamine Le Pen, Marine, âgée de 41 ans, la quasi-totalité des cadres ont changé.
La vice-présidente du FN, candidate -tout comme Bruno Gollnisch, tête de liste en Rhône-Alpes- à la succession de son père, a le vent en poupe. Plus jeune, plus moderne, "elle passe très bien dans les médias", dit Nonna Mayer, "mais sur le fond, pour le coeur de doctrine, c'est exactement la même chose".
La date du prochain congrès n'est pas connue, mais il devrait avoir lieu dans l'année qui vient. Selon Jean-Yves Camus, "la question principale n'est plus de savoir si Marine Le Pen prendra la présidence -je crois qu'elle la prendra- mais de savoir dans quel état" sera le parti qu'elle prendra.
Pour aller plus loin
Retrouvez notre dossier sur les élections régionales
AFP
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