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Déconfinement 09/05/2020

Retours à l’école : les maires entre inquiétudes et exaspération

par Olivier Schneid
école © Adobe

Les écoles primaires rouvriront à partir de lundi dans près de 90% des communes. Elles accueilleront, selon les derniers comptages, un million d’élèves, soit 15 % des effectifs de maternelle et d’élémentaire. Ces chiffres agrégés au niveau national recouvrent des réalités diverses selon les territoires, où les maires ont dû affronter de multiples défis, de la taille des locaux aux parcours d’entrée et de sortie, en passant par la cantine. Et ce, dans des délais contraints et sans concertation, déplorent-ils.

Réaménagement des salles, désinfection des locaux, organisation des entrées et sorties, approvisionnement en masques ou encore logistique de cantine, le tout, à mettre en relation avec les effectifs de la collectivité : à l’heure de la réouverture de leurs écoles, les élus sont tous confrontés aux exigences d’un protocole sanitaire à la rédaction duquel ils déplorent de ne pas avoir été associés. « Un texte écrit par des gens qui ne sont sans doute jamais venus dans un village voir à quoi peuvent ressembler des locaux scolaires », ne décolère pas le maire de Varzy (Nièvre), Gilles Noël. Il a demandé à l’Éducation nationale le report à septembre de la réouverture de ses trois écoles. En vain. « Le décret du Premier ministre m’oblige donc », s’agace-t-il. La dizaine d’enfants inscrits pour à partir du 12 mai, sur un effectif total de 155, « ça se gère », ajoute-t-il, mais en s’interrogeant sur la suite s’ils devaient être plus nombreux.

Des contraintes pas tenables

Le maire d’Auxonne (Côte-d’Or), Raoul Langlois, a, lui, pris un arrêté, fragile juridiquement, maintenant les écoles maternelles et élémentaires fermées jusqu’au 1er juin, « excepté aux publics prioritaires, enfants des soignants, personnels indispensables à la gestion de la crise…» Il justifie cette décision par son impossibilité à « pouvoir assurer le strict respect des prescriptions du gouvernement garantissant la sécurité des enfants ». « On tourne déjà d’ordinaire à flux tendus avec les ATSEM, complète-t-il, alors, si l’une ou l’autre ne pouvait pas venir, ce serait problématique. De plus, les contraintes de nettoyage et de désinfection ne sont pas tenables, nous ne disposons pas d’assez de masques et certaines salles de classe sont trop petites pour respecter les règles de distance. »

Dans cette même région de Bourgogne-Franche-Comté fortement touchée par le Covid-19, le maire de Lavoncourt (Haute-Saône), Jean-Paul Carteret, également président de l’AMRF de Haute-Saône, s’est opposé à la réouverture du pôle éducatif situé dans son village et regroupant onze communes, « tant que le département serait en zone rouge », comme ce sera le cas pour les collèges. Mais ses homologues s’étant déclarés favorables au retour en classe, l’établissement rouvrira ses portes le 14 mai. « On fait prendre des risques aux enfants alors que les enseignants vont passer plus de temps à essayer de faire respecter le protocole qu’à faire cours », prédit cet instituteur en retraite, en doutant par là même des vertus pédagogiques d’une reprise dans un tel contexte. Maire de Vauconcourt-Nervezain et président du syndicat scolaire, Dimitri Doussot ne voit, au contraire, « pas de difficulté particulière à mettre en œuvre distanciation, limitation des flux, aération des locaux, etc. » Le principal obstacle concernait la cantine scolaire et il a été résolu, estime-t-il : « Les enfants, qui déjeunaient d’habitude au foyer-logement avec des personnes âgées, prendront leur repas dans une salle de bibliothèque à proximité. »

« On fait avec les moyens du bord »

La cantine a aussi été le « souci majeur » rencontré par le maire d’Alençon (Orne), Emmanuel Darcissac. « En temps ordinaire, il faut une dizaine de minutes entre chaque service, détaille-t-il. Dans la situation actuelle, en accueillant la moitié des effectifs, on devra tabler sur une demi-heure. La pause méridienne s’étendra par conséquent jusqu’à 14h voire 14h30. » Confronté à une disponibilité des enseignants et des agents communaux « plus faible que prévue », il s’est résigné à revoir à la baisse son ambition de rouvrir tous les niveaux de maternelle et d’élémentaire. La grande section, le CP et le CM2 seront concernés dans un premier temps. « L’idée est d’offrir le même service qu’avant, quitte à prendre moins d’enfants », explique-t-il.

« On fait avec les moyens du bord », commente, dans le même esprit, l’adjoint au maire de Lomme (Nord) en charge de la politique scolaire et périscolaire, Olivier Caremelle. Il assume une réouverture jeudi 14 mai limitée aux sept écoles élémentaires, « au risque de mécontenter des parents ». « Nous avons choisi de concentrer nos moyens humains, poursuit-il. En contrepartie, nous assurerons aux enfants présents un service périscolaire quasi en mode normal, garderie le matin, cantine à midi, parcours éducatifs l’après-midi, avec nos associations et partenaires habituels, école de musique, médiathèque, etc. »

A Trilport (Seine-et-Marne), le retour en classe concernera l’ensemble du primaire. L’accueil des enfants sera assuré de 7h à 19h. Un tiers des élèves ont fait part de leur présence. « Mes écoles sont en mesure d’en accueillir un quart », remarque cependant le maire, Jean-Michel Morer. Quid du différentiel ? « Ce n’est pas de mon ressort, la question est à poser à l’Éducation nationale », répond l’élu, en mettant en cause un principe de volontariat « qui ne bénéficiera pas forcément aux enfants en ayant le plus besoin ». « Mes agents sont très impliqués, mais ce ne sont pour autant pas des wonderwomen et des supermen », observe-t-il encore, en regrettant des contraintes imposées aux maires « sans les avoir associés à leur élaboration, ce qui est pour le moins cavalier », et l’absence de prise en compte du « principe de réalité » par le ministre Jean-Michel Blanquer.

Lire aussi : Le déconfinement aura bien lieu le 11 mai, mais sous régime restreint pour quatre régions

 

Un sujet anxiogène

Maire de Brognon (Côte-d’Or) et président de l’ADMF de Côte d’Or, Ludovic Rochette déplore des changements de pied du gouvernement sur le déroulé de la réouverture des écoles – grande section, CP et CM2 d’abord privilégiés, puis l’ensemble des niveaux, puis de nouveau les trois précités – et une prise de conscience tardive par l’exécutif du fait « qu’on ne peut pas faire partout pareil ». « Les élus locaux ont montré leur capacité d’adaptation phénoménale », se félicite-t-il. Dans ses échanges téléphoniques avec des collègues, ceux-ci lui confient leurs « inquiétudes », et la question de la responsabilité pénale du maire en cas de contamination par le Covid-19 à l’école « est un sujet anxiogène récurrent », constate-t-il. « Ça a été un élément, parmi d’autres, de ma décision » de ne pas rouvrir les écoles, indique Raoul Langlois. Tandis que Gilles Noël le fera « la peur au ventre et le cœur serré ». « Au premier cas avéré ou même suspect dans mon école, je retire tout mon personnel communal », promet-il. Une position partagée par nombre d’élus locaux. 

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  1. Le protocole des écoles est plus contraignant que celui appliqué au CHU de Besançon pour les enfants contaminés alors que nous avons théoriquement des enfants sains ou alors les parents font n’importe quoi.
    On marche sur la tête

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