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Education 05/03/2013

Vanik Berberian, président de l’AMRF : « Ne pas sacrifier l’intérêt de la réforme des rythmes scolaires à des impératifs de calendrier »

par Marion Esquerré

Les élus communaux ont jusqu'au 31 mars 2013 pour déterminer la rentrée scolaire - 2013 ou 2014 - à partir de laquelle ils appliqueront la réforme des rythmes scolaires. Mais, outre le problème crucial des moyens, de nombreuses questions se posent. Quelle demi-journée supplémentaire choisir ? Comment organiser le temps périscolaire confié aux communes ? Quelle amplitude quotidienne choisir ? Pour les communes rurales, la réforme est d'autant plus complexe qu'une partie d'entre elles n'offrait pas encore de services périscolaires à leurs enfants. Vanik Berberian, maire de Gargilesse-Dampierre (Indre) et président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), revient sur le sujet.

Cet article fait partie du dossier:

Collectivités territoriales : l'aménagement des rythmes scolaires

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Le Courrier : Dans un communiqué, tout en défendant la réforme, vous pointez un écueil de « méthode »…

Vanik Berberian. Nous sommes en effet très favorables à l’objectif de cette réforme. Mais on a perdu beaucoup de temps en tergiversations et négociations, alors qu’il aurait fallu se concentrer sur les modalités concrètes de la réforme.
Tant que nous, les maires, n’avions pas les tenants et les aboutissants de la réforme, tant que nous ne savions pas exactement vers où nous nous dirigions, il était difficile d’organiser des réunions de concertation sur la mise en œuvre avec nos partenaires locaux. Maintenant que nous sommes en mesure de le faire, l’échéance du 31 mars paraît intenable, et l’entrée en application des nouveaux rythmes dès 2013 souvent irréaliste.

 

Pourquoi ces échéances vous paraissent-elles « intenables » ?

V.B. C’est un dossier très compliqué. D’abord, parce que les parties prenantes sont très variées. Ce sont les acteurs du conseil d’école – les communes ou regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI), les associations de parents et les enseignants – qui ont l’habitude de travailler ensemble. Mais ce sont aussi désormais les associations d’éducation populaire et les associations sportives et culturelles. Surtout, il faut identifier ces associations. Si je prends le cas de mon RPI, ces personnes ou organisations ressources, nous les connaissons car nous travaillons souvent avec elles dans le cadre de contrats éducatifs locaux. Mais dans de nombreuses communes rurales, ces relations sont à créer entièrement. Il faut donc d’abord identifier ces associations supports, puis voir de quelle manière la collaboration va se mettre en place et avec quels moyens, évidemment. Ça ne se fait pas en quelques jours. Le fait-même de trouver une date commune de réunion est déjà un casse-tête !

Ensuite, il y a beaucoup d’autres problèmes concrets à résoudre comme celui des locaux. On ne peut pas imaginer des activités se faire sous un préau l’hiver. Or, même si dans le décret en cours de préparation, on parle de la possibilité d’utiliser les classes, il y aura dans certains cas un petit bras de fer avec les enseignants parce que tous ne sont pas disposés à cela. En fait, le sujet dans son ensemble est si difficile que, si l’on ne veut pas agir, les arguments ne manquent pas pour le justifier.

 

Certains élus soulignent des difficultés concernant les transports scolaires. De quoi s’agit-il ?

V.B. Sur le plan juridique, le transport scolaire des écoles maternelle et primaire est de la compétence de la commune. Mais certains départements ont souhaité s’engager dans ce domaine.

C’est le cas dans l’Indre. Le transport au sein de mon RPI est assuré par le syndicat des écoles mais le département contribue à son financement comme il a financé 50 % du bus de mon village. Or, selon le conseil général de l’Indre, la réforme des rythmes scolaires va représenter un surcoût de 500 000 euros par an. Il a donc prévenu les maires qu’il ne comptait pas financer des cars à moitié vide le mercredi et le samedi et qu’il fallait que les communes harmonisent leurs temps scolaires.

 

Quels sont les moyens investis par les communes dans l’éducation et quel sera, selon vos estimations, le surcoût de la réforme ?

V.B. C’est très variable. Selon le sondage que l’on a effectué auprès de nos adhérents, la part de l’investissement scolaire dans le budget général de la commune peut aller de 8-10 % à 12-15%, voire 20 %.

L’impact de la réforme dépendra de cela et d’un certain nombre de paramètres comme le contenu des temps confiés à la commune – faire de la garderie coûte moins cher que des interventions artistiques -, l’existence ou non de locaux et la nécessité d’assurer du déplacement, l’organisation ou non d’un service de cantine le mercredi, etc.

Cela dit, quand l’AMF par exemple dit 150 euros et d’autres acteurs 200, 300 ou 400 euros, je pense que toutes ces hypothèses sont vraies. Encore une fois, cela dépend des circonstances. Quoiqu’il en soit, 50 euros d’aide par enfant sont nettement insuffisants.

D’ailleurs, on touche là un point fondamental. Il est largement temps de préciser dans le détail ce qui relève de la compétence de l’Education nationale et des collectivités. Aujourd’hui, on nous dit que le contenu du temps confié aux communes doit avoir un intérêt éducatif et être validé par l’inspecteur d’académie. Cela implique donc pour les communes d’avoir un argumentaire pédagogique.
En toile de fond, c’est la question de l’égalité des moyens qui se pose. Dans mon RPI, on propose aux élèves de la musique depuis 20 ans. Mais à 20 kilomètre de là, il n’y a rien soit parce que les maires ne s’en préoccupent pas, soit parce qu’ils n’en ont pas les moyens. Est-ce que l’on peut tolérer que les enfants ne grandissent pas avec les mêmes moyens ? Non. L’Etat joue mal son rôle de péréquateur.

 

La réforme implique une collaboration plus importante avec les équipes enseignantes. Certains élus craignent des difficultés sur ce terrain-là. La relation enseignants-maire n’est-elle pas plus proche en milieu rural ?

V.B. Ce n’est plus vrai. J’ai été président du RPI en 1989. On avait une relation avec les enseignants assez proche. Ils étaient impliqués dans la vie de l’école qui elle-même était impliquée dans la vie du village. Il y avait donc un travail en commun et une forme de collaboration tout à fait réels.

Mais, vingt-trois ans après, les choses se sont dégradées pour de multiple raisons : la formation, le fait que les enseignants ne vivent plus dans les villages, le changement général des mentalités… Quoi qu’il en soit, c’est un peu dommage car, ce vers quoi l’on doit tendre avec cette question des rythmes, c’est une meilleure articulation des temps et des contenus. Si l’on fait des activités artistiques par exemple, il serait intéressant de travailler avec les enseignants, dans un souci de complémentarité. Mais pour cela, il faut se donner le temps de changer les formes de ces relations.
Or, sur le tempo de la réforme, Vincent Peillon fait un peu pression. Attention de ne pas sacrifier l’intérêt de la réforme à des impératifs de calendrier.

 

Etes-vous plutôt favorable au mercredi ou au samedi ? Sur quels critères allez-vous choisir ?

V.B. : Le samedi correspondrait mieux à la philosophie de ce nouvel aménagement. Il est mieux adapté au rythme biologique de l’enfant. Et je me rappelle que le samedi, les parents étaient plus disponibles pour qu’une relation se créé avec les enseignants.

Mais, il y aussi la question de l’organisation de la vie familiale, avec les familles recomposées et le désir d’avoir des week-end entiers. Il n’y a pas une formule qui convienne à tous.

Si l’on fait comme la dernière fois, de façon un peu démagogique en réalité, en sondant les parents, on aboutira surement au mercredi. Mais c’est vrai que ce qui devrait présider au choix, ce sont la qualité de l’enseignement et l’intérêt de l’enfant. Il faudrait mettre de côté les impératifs des parents, des élus, des enseignants et des organismes de tourisme.

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