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Covid-19 08/04/2020

Confinement et sorties dérogatoires : ces maires qui vont plus loin que l’Etat

par Aurélien Hélias
La place des Jacobins pendant le confinement à Lyon © Adobe

Couvre-feux s’ajoutant au confinement, masque obligatoire, interdiction de s’asseoir dans l’espace public… De plus en plus de communes prennent l’initiative d’ajouter aux règles nationales de nouvelles obligations à leurs administrés sur le territoire de la commune. Avec plus ou moins de succès et une contestation locale souvent au rendez-vous.

Après un week-end où de trop nombreux Français ont été aperçus dans les rues en train de se dégourdir les jambes sans autre motif de sortie, le début de la quatrième semaine de confinement a marqué la multiplication d’initiatives de maires pour renforcer les règles nationales de confinement et de sortie dérogatoire.

L’exemple de la capitale a été le plus médiatisé : une semaine après avoir interdit aux joggeurs d’arpenter les allées des bois de Boulogne et de Vincennes, la maire (PS) de Paris Anne Hidalgo et le préfet de police ont de nouveau conjointement annoncé un durcissement des sorties des courreurs. Plus question pour ces derniers d’aller se dépenser entre 10h et 19h afin d’éviter une fréquentation des rues de la capitale venant s’ajouter à celle des Parisiens sortant pour réaliser des achats de première nécessité ou pour raisons de santé. Dans la foulée, quatre départements franciliens – Yvelines, Hauts de Seine, Val d’Oise, Seine-et-Marne et Val-de-Marne prenaient la roue de la capitale en interdisant toute pratique sportive sur leur territoire départemental entre 10h et 19h.

Couvre-feux contestés voire suspendus par les tribunaux

Plusieurs couvre-feux ont aussi été mis en place depuis maintenant deux semaines par près de 150 communes, sans que l’efficacité de ces décisions ne soit véritablement démontrée au-delà du simple aspect de communication.

Plusieurs de ces couvre-feux viennent d’ailleurs d’être suspendus par la justice administrative comme à Lisieux ou plus récemment à Montreuil (93), les juges estimant dans les deux cas que les arrêtés n’étaient pas suffisamment justifiés, ni par la crise sanitaire, ni par des troubles à l’ordre public ou par les entorses observées au confinement. Et ce d’autant plus dans la commune dionysienne que « le préfet a interdit l’ouverture notamment des débits de boisson après 21 heures sur l’ensemble du département de Seine-Saint-Denis » et que la liberté de circulation restreinte à partir de 19 heures apparaît « particulièrement contraignante », a tranché le juge des référés de Montreuil.

Bancs interdits

A Béziers, le maire Robert Ménard (apparenté Rassemblement national) a lui ni plus ni moins décidé de retirer les bancs publics de la ville pour éviter que des promeneurs ne flânent sur le territoire de la commune et improvisent une pause à l’air libre… Dans la même veine, le premier magistrat (Modem) de Biarritz Michel Veunac avait un temps décidé d’interdire par arrêté « la station assise plus de deux minutes sur un banc public ». Mais ce, avant de retirer son texte le 7 avril, concédant à l’AFP « une maladresse ».

Dans d’autres territoires, certains arrêtés se veulent très pointus : ainsi Marcq-en-Baroeul (Nord) verbalise dorénavant les habitants qui cracheraient dans la rue ou jetteraient des masques de protection.

Le port obligatoire du masque émerge

Plusieurs communes veulent d’ailleurs imposer le port de masques, faits « maison » ou distribués, comme à Nice et Cannes. Dernier arrêté en date : celui pris par le maire (UDI) de Sceaux, Philippe Laurent, imposant à partir de ce 8 avril aux habitants de plus de dix ans de « porter une protection nasale et buccale » pour toute sortie dans l’espace public », comprendre se couvrir le nez et la bouche avant de sortir par un masque artisanal ou n’importe quel tissu. Une initiative prise le 6 avril après que l’élu, également secrétaire général de l’Association des maires de France, a constaté sur sa commune un certain « relâchement » face aux règles de sortie dérogatoire et aux préconisations plus générales de distanciation. Il en coûtera ainsi 38 euros aux contrevenants.

Objectif affiché par Philippe Laurent : « au moins, protéger les autres si on ne veut pas se protéger soi-même », a-t-il plaidé dans la dernière des vidéos qu’il poste régulièrement sur youtube à destination de ses administrés. « Une mesure difficile, une mesure peut-être que certains jugeront autoritaire, une mesure qu’en mon âme et conscience j’estime nécessaire ». Le maire de Sceaux ne croyait pas si bien dire puisque à peine son arrêté publié, la Ligue des droits de l’Homme annonçait saisir la justice contre un texte selon elle attentatoire aux libertés fondamentales. Et l’association d’estimer que seul l’Etat peut décider de mesures plus strictes encore que celles imposée par l’état d’urgence sanitaire.

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  1. La « 2eme maison » du maire de ma commune n’est pas la mairie, mais le bistrot.
    Donc,c’est la fête au village…
    Non, tous les maires ne sont pas consciencieux et bienveillants !

  2. Devant le danger la panique peut générer des réactions néfastes. Les interdictions doivent être justifiées et compréhensibles. Ce n’est pas en réduisant les plages horaires de circulation que l’on permet de mieux respecter la distance de sécurité, au contraire. Les décisions impulsives qui ne prennent pas en compte l’ensemble des paramètres troubles les messages envoyés à la population et affaiblit la parole de l’Etat. Mettre un morceau de tissu sur la bouche et sur le nez peut avoir des effets négatifs s’il nous donne l’impression d’être protégé et nous amène à être moins vigilants sur les gestes barrière.
    La connaissance scientifique doit être partagée et comprise par tous.

  3. Toutes les restrictions sont décidées à partir des usages en zone urbaine (Paris, Nice, Cannes, Béziers…). Or, soit elles sont inapplicables, soit totalement inadaptées à la vie dans les petites communes de zone rurale ou semi rurale.
    Alors cessez de nous donner des leçons de bonnes conduites, les Français ont du bon sens et leur priorité est de se protéger et de protéger leur famille.

  4. On entend en ce moment des infos contradictoires a la TV , quand elles ne sont pas évasives :
    Sur une chaîne, on apprend que les joggers sont interdits la journée, sur une autre chaîne, on vous dit que courir, se dégourdir les jambes est interdit, sur les papiers officiels, c’est écrit: toute pratique sportive est interdite la journée en ile de france …/Conclusion : Si je veux juste marcher , ai-je le droit ? Autour de moi, personne n’est d’accord ! Dans le doute, j’attends 19h ce soir pour sortir ! A quand plus de clarté ?

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