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Covid-19 26/03/2020

Coronavirus et couvre-feux locaux : la force du simple symbole ?

par Emilie Denètre
Commune la nuit, couvre-feu © Adobe

Une centaine de communes françaises ont pris des arrêtés municipaux instaurant sur leur territoire un couvre-feu. Alors que les règles nationales liées au confinement face au Covid-19 se durcissent mais sans interdiction de sortie totale, le couvre-feu apparaît davantage comme une reprise en main « symbolique » et « mobilisatrice » du pouvoir local que comme un outil réellement efficace sur le terrain.

Selon les derniers décomptes du JDD, 112 communes ont fait, ces derniers jours, le choix d’instaurer des couvre-feux locaux interdisant de fait, aux habitants de ces territoires, de sortir le soir et la nuit, souvent de 20 ou 22 heures à 5 heures du matin. Parmi celles-ci, on retrouve Mulhouse, une ville très durement touchée par l’épidémie, mais également de nombreuses grandes ou moyennes villes du pourtour méditerranéen (Cannes, Nice, Montpellier) tout comme de petits bourgs au six coins de l’hexagone.

« Unité d’action » entre petites communes

C’est le cas notamment de la commune de Houchin dans le Pas-de-Calais, où le maire Maurice Leconte a pris, « en accord avec [ses] adjoints » un arrêté de couvre-feu pour sa commune de 700 âmes. S’il reconnaît que son village n’était pas directement confronté à des regroupements nocturnes, il a pris cette mesure dans le « cadre d’une unité d’action avec les communs avoisinantes dont certaines étaient effectivement concernées par des regroupements de personnes la nuit ». « Si mes collègues instaurent le couvre-feu sur leur territoire mais que chez nous il n’y a rien, cela n’a aucun sens » reprend le premier magistrat qui assure que les habitants ont « plutôt bien compris [sa] décision ».

Pour Virginie Malochet, sociologue spécialiste de la sécurité locale à l’Institut Paris Région, l’exemple de Houchin illustre parfaitement « la portée symbolique plus qu’opérationnelle » que ces arrêtés municipaux revêtent dans nombre de cas. La chercheuse souligne en effet que la plus-value du couvre-feu est difficile à quantifier dans la mesure où les restrictions liées au confinement limitent déjà drastiquement nos sorties. « Il apparaît très compliqué, à l’heure actuelle, de justifier une sortie nocturne pour pratique sportive ou nécessité de faire des courses en cas de contrôle » pointe Virginie Malochet qui rappelle par ailleurs que l’amende liée au non-respect du confinement (135 euros) est plus dissuasive financièrement que celle liée au couvre-feu (38 euros) !

Mobiliser les populations

Ces couvre-feux locaux ne sont-ils pas alors une manière d’investir les polices municipales dans la lutte nationale contre la pandémie ? « Pas vraiment » répond la chercheuse car les policiers municipaux sont déjà, au même titre que les policiers nationaux et les gendarmes, « habilités à faire respecter le confinement… tout comme le couvre-feu ».

Pour Virginie Malochet, outre la portée symbolique, il y a certainement aussi dans l’instauration de ces mesures locales une volonté des maires « d’agir et de mobiliser leurs populations sur ce sujet crucial et cela passe aussi par le fait d’en faire la publicité au sens positif du terme pour faire connaître les mesures et les faire respecter ». D’ailleurs, remarque-t-elle, les villes les plus « allantes » sur ce sujet sont généralement des communes dont le maire investit au quotidien le terrain sécuritaire, « même si certaines sont peut être effectivement confrontées dans certains quartiers à des situations particulières ».

Préfecture ou communes ?

Virginie Malochet note enfin que si l’État n’a pas fait le choix de généraliser les couvre-feux, il n’a pas non plus réellement dissuadé les maires de s’engager dans cette voie, Edouard Philippe s’y montrant même ouvert pour les maires en faisant la demande. « Au vu de la situation sanitaire, et de l’urgence, il y aura certainement moins de recours devant les tribunaux administratifs pour contester ces couvre-feux » prédit la sociologue.

Ces dernières heures, on a néanmoins vu certaines préfectures reprendre la main sur les initiatives locales, notamment dans le Val de Marne qui a publié un Tweet rappelant que la prise de décision en « cette période de crise sanitaire pas au pouvoir de police du maire mais au pouvoir de police du préfet » :

 

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