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Développement économique 16/03/2020

Vers une ré-industrialisation heureuse ?

par Hugo Soutra
Zone industrielle Nogent-Le-Roi © Adobe

La mise à l'arrêt forcée de "l'usine du monde" en Chine et ses effets anesthésiants en Europe donnent de l'écho aux partisans de la démondialisation et d'une ré-industrialisation de la France. Ce discours, véhiculé par certains patrons et responsables politiques - nationaux comme locaux - bien avant la propagation du Coronavirus dans notre pays est progressivement redevenu audible. Gare, toutefois, à ne pas s'emballer : cette ré-industrialisation n'est plus forcément un vœu pieu, mais l'histoire reste bel et bien encore à écrire en la matière.

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Les collectivités locales aux avant-postes de la relance économique

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Que peut encore le politique face à l’économie ? Rembobinons : considérée comme un atout de la puissance nationale durant l’âge d’or gaullo-pompidolien, l’industrie française fut condamnée en quelques années sur l’autel de la mondialisation. A peine converties à l’idéologie d’un pays sans usines et du tout-tertiaire fin 1970-début 1980, nos élites constatèrent, impuissantes, à l’effondrement des industries manufacturières, du textile ou de la sidérurgie. Autant de secteurs, qui venaient de recruter une main-d’oeuvre immigrée peu qualifiée, qui n’ont pas résisté à la flambée des prix du pétrole et de la baisse simultanée des droits de douanes.

Après les délocalisations vers « l’usine du monde », en Asie, certains savoir-faire ont été perdus à tout jamais. De Roubaix à Carmaux en passant par La-Seyne-sur-Mer ou Uckange, des centaines de milliers d’emplois ont été supprimés. En parallèle des défaillances d’entreprises qui se sont multipliées, nombre de communes populaires ont alors été entraînées dans un cercle vicieux, voyant leur nombre d’habitants décroître et les cafés, restaurants ou commerces de proximité tirer progressivement le rideau.

Le retour du « Made in France » 

Quelques bassins d’emploi sinistrés ont, certes, su se réinventer depuis. Mais la plupart en sont encore, comme Mulhouse, à tenter tant bien que mal de sortir de la nasse. Une chose est sûre : les répercussions socioculturelles et électorales de cette désindustrialisation se font encore ressentir dans de nombreux endroits partout en France, tout comme ses stigmates restent visibles ici ou là. 

Depuis la crise financière mondiale de 2008, les décideurs questionnant ouvertement les bienfaits économiques, sociaux et politiques de l’industrie se firent toutefois de moins en moins nombreux. Des états généraux de l’industrie en 2009 aux multiples événements organisés par l’Assemblée des intercommunalités (ADCF) et Régions de France un peu partout dans l’Hexagone ces dernières années, en passant par la création d’un ministère du Redressement productif en 2012, l’idée du « made in France » redevint audible, mois après mois.

Accélérer le mouvement par le bas 

Surfant sur un solde de créations d’emplois industriels à nouveau positif, l’exécutif Macron-Philippe et leur secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher ont inauguré, fin 2018, une nouvelle méthode de travail complètement décentralisée. Fini l’époque des stratégies de filière, des pôles de compétitivité et des macro-plans décrétés par Bercy ! Les collectivités sont aux manettes de « Territoires d’industrie ». Objectif : « enlever les petits grains de sable qui freinent les projets de reconquête industrielle », précise le coordinateur du programme, Guillaume Basset.

S’il est encore trop tôt pour dresser ne serait-ce qu’un bilan d’étape, l’hypothèse de la réindustrialisation ne semble plus forcément être un vœu pieux. Alors que la conjoncture liée à la crise du Coronavirus a remis cette idée sur le devant de la scène, élus régionaux et intercommunaux soignent leur environnement territorial et peaufinent leurs stratégies, spécifiques selon les atouts et problèmes des différents bassins de vie, pour tenter de relancer l’industrie par le bas. 

Du potentiel (et des défis) pour réveiller l’industrie française 

Bien sûr, la France ne dispose pas d’une compétitivité-coût suffisante pour renouer avec son histoire d’antan ni pour recréer une industrie de gros volume fortement consommatrice de main-d’oeuvre. Mais, sous réserve que les collectivités retardataires se réveillent, que les industriels jouent le jeu, que les préfets et les opérateurs de l’Etat (Banque des territoires, BPI, Pôle emploi, Action Logement, Ademe, Cnam) concrétisent leurs engagements, bref que personne ne triche et que tous les différents acteurs se relèvent les manches pour entrer – enfin! – dans le dur du sujet, Territoires d’industrie pourrait bien parvenir à dépasser le stade du simple affichage politique.

Reste, pour cela, à écrire un « récit commun » et mettre ce projet de ré-industrialisation de la France « au service d’un projet de société » pour convaincre l’ensemble de la population, estime toutefois la consultante-chercheuse en géopolitique, Anaïs Voy-Gillis. 

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