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Municipales 2020 11/02/2020

« Pour Les Républicains, les élections municipales sont une première étape vers 2022 »

par Aurélien Hélias
Eric Ciotti, président du conseil départemental © Flickr-CC-JMVIG

Alors que la Commission nationale d'investiture (CNI) de Les Républicains s'apprête à octroyer ses derniers mandats pour les élections municipales, le président de la CNI Eric Ciotti affiche ses ambitions : conserver toutes les petites et moyennes villes remportées au nez du PS en 2014 et conquérir de nouvelles métropoles. Le député des Alpes-Maritimes se dit confiant, tant face au Rassemblement national qu'à En marche, et mise aussi bien sur la prime aux maires sortants que sur des thèmes de campagne porteurs, comme la sécurité, pour voir LR en bonne position au soir du 22 mars. Entretien.

Cet entretien avec Eric Ciotti, député LR et ancien président du conseil départemental des Alpes-Maritimes (2008-2017), est le quatrième d’une série sur les stratégies des principaux partis politiques français engagés dans la bataille des élections municipales 2020. Ce sont l’écologiste Bruno Bernard, le « marcheur » Pierre Person et Sébastien Chenu (Rassemblement national) qui l’ont précédé dans cette série d’entretiens. 

Comment accueillez-vous la nouvelle circulaire « Castaner » sur le nuançage des candidats aux municipales après la suspension de la première circulaire par le Conseil d’Etat ?

C’était un combat pour la transparence et la sincérité du scrutin que nous avons livré. Je suis satisfait que le Conseil d’Etat nous ait donné totalement raison et ait dénoncé le tripatouillage de Monsieur Castaner. C’est une victoire politique de LR mais aussi de nos valeurs démocratiques face à une opération de basse manœuvre politicienne qui visait à rayer d’un trait de plume 95 % des communes de France. L’affaire est révélatrice d’un certain mépris du pouvoir pour la France rurale et ses villages : pour ce pouvoir, la France ne réside que dans les grandes métropoles là où En Marche réalise ces meilleurs scores. Je suis content que M. Castaner ait modifié la circulaire en fonction de l’arrêt du Conseil d’Etat, même si j’aurais préféré un seuil de nuançage à 1 000 habitants.

Lire aussi : La nouvelle circulaire « Castaner » applique le nuançage politique à partir de 3 500 habitants

 

L’objectif principal du parti Les Républicains dans ces municipales est-il de conserver un maximum de ces petites et moyennes villes ou agglos décrochées par l’UMP en 2014 ?

Nous avons aujourd’hui, droite et centre, 172 des 270 de plus de 30 000 habitants, conquises pour beaucoup en 2014. Le premier objectif est d’abord de conserver ces villes remportées il y a six ans, un scrutin qui constituait une grande victoire pour nous. Mais nous espérons aussi en conquérir de nouvelles, comme Metz, en reprendre d’autres à En Marche, comme Orléans. Et nous avons bien sûr un grand espoir pour Paris.

Justement, faites-vous un trait sur les grandes métropoles dont le cœur électoral sociologique semble avoir basculé vers le centre-gauche ? 

Mais sur ces métropoles, nous avons déjà des maires LR et non des moindres, à Toulouse, Nice et Bordeaux, Marseille ! Nous ne sommes pas si mal placés que cela… Nous avons aussi un espoir aussi à Paris, et à Lyon, où la guerre fratricide au sein d’en Marche, pour la ville et la métropole, et la poussée écologiste nous laisse espoir de gagner Lyon avec Etienne Blanc et François Noel Buffet.

Misez-vous sur la prime accordée aux maires sortants, pour beaucoup LR?

Je crois toujours que les maires qui ont bien fait leur travail bénéficient de cette prime, mais il y a aussi un attachement au maire qui va avec la désillusion par rapport au pouvoir central. Il y a ainsi un regain de confiance aux élus des territoires : lorsque maires ont fait un travail de qualité ou a minima correct, cette prime existe. Avec une exception notable : Paris, dont la maire candidate engrange un très faible score au premier tour dans les sondages.

L’enjeu est-il aussi pour Les Républicains de conserver un maximum de maires et de conseillers municipaux pour peser sur les sénatoriales ?

Bien sûr ! Le Sénat incarne une chambre d’opposition mais aussi de proposition crédible. Nous avons travaillé au quotidien avec le président Larcher sur les investitures, et je n’ai aucune inquiétude dans la reconduction de notre majorité au Sénat, puisque les élections sénatoriales seront bonnes également pour nous. D’autant que très peu de territoires s’ouvrent à En Marche.

Lire aussi : Des municipales aux sénatoriales, les vœux très politiques de Gérard Larcher

 

La sécurité, marqueur de droite, est-elle très présente dans le programme de vos candidats ? Quel sont vos autres chevaux de bataille ?

Pour LR, un bon maire est celui qui gère bien l’argent public, veille à ne pas augmenter les impôts, sans dépenser inutilement l’argent public et protège ses concitoyens. La sécurité arrive souvent en tête des inquiétudes des Français, souvent avec la propreté. Les inquiétudes sont là avec +8 % de coups volontaires, 12 % d’agressions sexuelles en plus. La société est plus violente, les quartiers sont gangrénés par le trafic de drogue et l’islamisme. Nos maires ont ouvert des voies sur la vidéo-protection et les polices municipales là où gauche a longtemps été en retrait.

Ecologie, alimentation, démocratie participative : jugez-vous que les thèmes de campagne de 2020 sont davantage ancrés à gauche qu’en 2014 où l’attractivité, la compétitivité des territoires était de mise ?

Sur les questions environnementales, les maires sont toujours très sensibles, et nous l’avons été avant les autres sur plan national : c’est Nicolas Sarkozy qui a porté le Grenelle environnement il y a dix ans. C’est lui qui a eu cette intuition avant que l’environnement comme message politique ne soit dévoyé et pris en otage par les Verts.

Comment gérez-vous la pression de cette tenaille : d’un côté LREM et parfois le Modem, de l’autre le Rassemblement national ?

Après notre doublé défaite de 2017, qui a créé un véritable traumatisme puisque c’était la première fois sous la Vème République où nous n’étions pas présent au second tour, après l’échec aux législatives sur fond de débauchage de personnes qui se sont vendues pour des places, notre parti a failli disparaître. Mais pas nos valeurs : aspiration à autorité républicaine, baisse de la fiscalité, facilité d’entreprendre, sont plébiscités par nos concitoyens. C’est notre structure qui a failli être emportée face à la toile tissée par Emmanuel Macron qui, tel Machiavel, a voulu instaurer un paysage politique où ne susciteraient que le RN et LREM. Il faut desserrer cette mâchoire et les élections municipales sont le socle de la reconquête face à ce pouvoir qui amène le pays dans le mur. Le Mozart de l’économie n’est pas là, 2019 a battu tous les records de délinquance, le communautarisme gangrène nos quartiers. La désillusion est là et En marche n’a pas réussi à s’implanter dans quelque territoire que ce soit. Ce double phénomène local et national nous rouvre des perspectives. En ce sens, le président des maires de France, François Baroin, a mieux que quiconque saisi les attentes de nos concitoyens et de nos territoires et incarne pour notre famille politique une formidable espérance.

Plusieurs députés LR, dont Julien Aubert, ont reproché à la direction du parti fin 2019 d’être trop bienveillants avec les maires sortants LR qui s’allient de fait localement avec La République en marche…

Je préside la commission nationale d’investiture : nous n’avons jamais accordé d’investiture à des élus en Marche : donc les choses sont claires. En revanche, dans quelques communes où nous avons des élus, En marche, tel le coucou, a voulu accordé son soutien à nos maires sortants, qui sont LR, candidatent pour LR et restent LR. La plupart du temps ce soutien par En Marche n’a pas été un choix des maires eux-mêmes, c’est davantage une forme d’hommage pour nos élus. Oui, il est vrai que des élus chez nous ont eu peur, notamment après les européennes. Mais ils reviennent massivement chez LR aujourd’hui, il ne doit jamais y avoir de confusion chez nous. Les France ne veut plus de ce match entre le Pen et Macron. LR est la seule alternance possible : les municipales sont une première étape vers 2022.

Y’aura-t-il une consigne nationale en cas de 2ème tour où LR serait absent avec présence du RN, ou en cas de triangulaire ou quadrangulaire ?

Avant le second tour, il y a le premier tour ! Nous sommes mobilisés pour être le plus haut possible après le premier tour ; on appréciera au cas par cas pour le second…

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