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Reportage 07/02/2020

Gilets jaunes et élus locaux, des relations toujours aussi fraîches…

par Séverine Cattiaux
Le gilet jaune sur les épaules de Marianne © Adobe

Organisée le 29 janvier à Sciences Po Grenoble, la 4ème « controverse » du Conseil de développement (C2D) de Grenoble Alpes Métropole a révélé une fracture entre des citoyens qui œuvrent à l’amélioration des institutions comme ceux du C2D, et d’autres qui les réprouvent à l’instar des gilets jaunes. Et le fossé semble difficile à combler. Récit.

Curieux de mieux comprendre leur fonctionnement, leur mode opératoire, et de lever le voile sur leurs projets à venir, le CD2 avait invité le groupe de gilets jaunes du rond point du Raffour de Crolles, particulièrement actif sur le territoire. Venus à une vingtaine dans l’amphithéâtre de Sciences politiques, les gilets jaunes ont lu un texte à plusieurs voix, relatant leurs 14 mois de luttes ininterrompues. Et d’exprimer « leur fierté » d’avoir ensemble fait « pression vis-à-vis des instances locales, préfectorales et au final nationales, et d’avoir retrouvé de la « fraternité », de l’ « espoir ». Désormais, le mouvement semble entrer dans une nouvelle phase de maturation. Ses projets ? Continuer les luttes et s’éduquer via les ateliers d’éducation populaire animés par des personnes internes aux gilets jaunes. « Le rond point est aussi un lieu d’entraide, de partage et d’aide : alimentaire, pour régler des problèmes administratifs, trouver du travail… » se félicitait Fabienne Potiris, l’une des portes paroles du groupe.

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Un ovni démocratique

Novice en politique et candidate sur une liste PS, Laura Stefert a pris la parole, après l’exposé des gilets jaunes, pour exprimer son désarroi face à la difficulté de mobilier les citoyens. « On se dit que l’on va finir par organiser des réunions sur les ronds points avec un brasero ! » ironisait-elle. Remarque qui fit sourire les gilets jaunes…

La réaction d’Alain Lauriot, président de Lahgglo (Les Associations d’Habitants du Grand Grenoble) fut bien moins complaisante. La surmédiatisation des gilets jaunes agace au plus haut point ce militant très investi pour la défense de la qualité de vie des habitants. Et le responsable associatif de réprouver ce mouvement qui occulte l’engagement discret, lui, mais bien réel, de très nombreux citoyens : « Ce que vous cherchez à faire, nous le faisons déjà et depuis des années ! Rejoignez plutôt les associations, elle manque de bénévoles » finissait-il par leur lancer. Pas question pour les gilets jaunes de « rentrer dans une coquille »… même s’ils reconnaissent avoir dû créer une association pour pouvoir bénéficier d’une salle communale.

Des citoyens anti-métropoles

© DR Les gilets jaunes du rond-point de Crolles prennent la parole.

Quant à la défiance des gilets jaunes à l’égard des élus locaux, elle reste tenace. « Ils ont mené la France là où elle est, on ne peut plus leur faire confiance » condamne Pascale, gilet jaune. Les rapports du groupe avec le maire de Crolles sont tout de même courtois, ce dernier n’a pas cédé à l’injonction du Préfet de les déloger, apprécient les gilets jaunes. Partisans de la démocratie directe, les gilets jaunes ont l’intention de reprendre leur souveraineté, déclarent-ils, ce n’est donc pas pour la céder à des représentants qui ne sont même pas élus au suffrage universel direct, glissent-ils… Au cours des échanges de la soirée, l’un des gilets jaunes n’a ainsi pas caché son espoir de voir disparaître « les métropoles ».

Des propos qui semblaient chagriner le chercheur CNRS en science politique, Alain Faure, s’inscrivant en faux contre ce discours « anti-métropole » ambiant… Volant au secours des élus et des institutions, le fidèle contributeur des controverses du C2D déclarait en guise en conclusion : « Les gilets jaunes sont en colère contre les institutions, mais on en a besoin ! La régulation publique est nécessaire, elle a un rôle essentiel pour l’égalité ».

Mauvaise passe pour les conseils de développement

Lors de cette soirée, le conseil de développement est revenu sur la loi Engagement et Proximité, qui a failli lui porter un coup fatal. Et Zeus Komo Dodji Akpatcha, chercheur en droit de rappeler le contexte : « Le gouvernement voulait les [les C2D Ndlr.] rendre facultatifs, et le Sénat les supprimer, l’Assemblée a choisi une troisième voie ». Le législateur s’est au final, en effet, contenté de relever le seuil démographique rendant obligatoire un conseil de développement, de 20 000 à 50 000 habitants. Il aurait fallu que cette loi accorde un supplément de marge de manœuvre au C2D, déplorait bien plutôt une élue du Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) de la Région AURA. Et de lâcher : « Les conseils de développement sont toujours à la main des Métropoles ».

Autre coup dur pour le moral du C2D : l’enterrement pur et simple du suffrage universel direct par la loi Engagement et proximité. « Le sort du SUD a été expédié en une phrase dans la loi Engagement et proximité » résume le juriste. « Le sujet n’est pas clos » présage-t-il. En attendant, comme le redoutait le C2D grenoblois, l’intercommunalité brille par son absence dans les campagnes municipales, douchant les espoirs en la matière qu’avait encore le conseil de développement il y a un an. Les programmes dégoulinent de propositions dont les candidats n’ont pas le début de la compétence, observe Marie-Christine Simiand, coprésidente du C2D. Ce n’est sans doute pas les trois réunions à l’attention des candidats qu’annonce organiser le C2D qui pourront changer fondamentalement la donne. Néanmoins, tant que le C2D existera, il compte bien remplir son rôle d’« agitateur de démocratie intercommunale ».

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