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Municipales 2020 10/02/2020

A l’approche des élections, le communisme municipal cherche à se « réinventer »

par Olivier Schneid
La mairie d'Ivry-sur-Seine (94), l'une des villes de la "banlieue rouge" d'Ile-de-France, détenue par le PCF depuis 1925. © ville d'Ivry

Alors que le paysage politique français a subi le chamboulement du macronisme naissant il y a trois ans, les élections municipales des 15 et 22 mars devraient signifier le retour en force des partis de « l’ancien monde ». Parmi eux, le PCF, de plus en plus menacé en milieu urbain, cherchera son salut dans sa forte implantation rurale.

Le communisme municipal en 2020 en France, ce sont 661 maires et environ 6 700 élus, selon les chiffres de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR). Tous ne sont « pas nécessairement encartés, mais ils se considèrent dans la mouvance », précise un membre de la commission élections du PCF, Yann Le Pollotec. Ces mairies se situent dans 80 départements et elles recouvrent une population de près de trois millions de personnes. Ce sont des communes urbaines et rurales, de tailles très diverses – la plus grande, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), compte 111 135 habitants ; la plus petite, Oreilla (Pyrénées-Orientales), 23.

Consulter notre dossier spécial : Municipales 2020, carnets de campagne

 

« Avec plus de mairies communistes, on n’aurait peut-être pas eu la crise des Gilets jaunes »

« Nous ne les garderons peut-être pas toutes, mais la majorité restera chez nous, prédit Yann Le Pollotec. Nous en gagnerons de nouvelles. Il y aura des chassés-croisés. Et le solde sera positif, en nombre d’élus et de collectivités. » Il fonde son pari sur l’adéquation entre le projet porté par son parti au niveau local et les attentes qu’il perçoit de la population : des services publics et de la démocratie participative. Deux fondements de ce communisme municipal, né dans les années 20. « S’il y avait eu plus de mairies communistes dans ce pays, on n’aurait peut-être pas eu la crise des Gilets jaunes », assure-t-il. « Les équipements publics que nous mettions en place il y a des dizaines d’années, alors vus comme ringards, sont aujourd’hui considérés comme des solutions d’avenir, comme les centres de santé avec des médecins salariés (pour faire face aux déserts médicaux) », avait, dans le même esprit, déclaré le président de l’ANECR, Ian Brossat, en octobre 2019. « Ce sont aussi les villes à direction communiste qui ont mené les premières pratiques de démocratie participative », ajoutait-il.

En rouge et vert

« On ne veut pas pérenniser mais réinventer le communisme municipal », proclame Yann Le Pollotec. En vantant un projet « moderne ». Pour illustrer des municipalités communistes « dans l’air du temps », il évoque des programmes alternatifs de livraison à vélo ou de mise en relation de voyageurs, concurrents de plateformes comme Deliveroo et Airbnb, en l’occurrence. Coopcycle et les

Oiseaux de passage qui fonctionnent sur un mode coopératif. Et, par conviction, mais parfois aussi faute d’alliés, de plus en plus de maires constituent des listes en partie citoyennes. Interrogé sur le virage écologique récent du PCF, qualifié par certains de circonstance, alors qu’une image productiviste lui colle toujours à la peau, il proteste : « On avait déjà de fortes préoccupations écologiques, mais on ne les mettait pas en avant. Et on n’est plus dans la logique productiviste qui a prévalu jusqu’aux années 80. » « Le PCF veut conjuguer rouge et vert », comme l’a titré le quotidien L’Humanité en novembre 2019. Mais les faits sont têtus.

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« Dilemme tragique »

« Depuis les élections municipales de 1983, le PCF perd à chaque échéance plus de communes qu’il n’en gagne, constate ainsi le politiste David Gouard, chercheur à l’université de Toulouse. Ce déclin est plus ou moins fort, mais il n’a jamais été enrayé. Je pense que ce sera encore le cas cette fois, même si les pertes seront moins importantes. »

« Les maires communistes sont confrontés à une équation qui rend leur position particulièrement fragile aujourd’hui », renchérit un autre chercheur en sciences politiques, basé, lui, à Saint-Etienne, Stéphane Cadiou. Il y voit un « dilemme tragique ». « Si l’élu veut changer l’image de sa ville, ‘‘monter en gamme’’ en termes de population, il s’expose à l’arrivée d’habitants pouvant avoir des affinités avec un autre courant politique, détaille-t-il. Si, au contraire, il cultive l’image d’une ville du logement social, il risque de perdre une partie de son électorat traditionnel, les couches populaires étant celles qui s’abstiennent le plus. »

Un glissement inexorable

Le premier cas de figure, David Gouard l’a observé dans des « banlieues rouges » d’Île-de-France. Comme Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Le phénomène de gentrification y a eu un impact, lent mais régulier, sur les résultats électoraux. Et contraint le maire à « laisser, scrutin après scrutin, plus de place aux autres composantes de la gauche », observe-t-il. Le coup fatal pourrait être porté en mars 2020, le PCF étant fortement menacé dans ce fief emblématique, détenu depuis 1925. Philippe Bouyssou devra affronter au premier tour une liste EELV-LFI-PS, conduite par l’écologiste Sabrina Sebaihi.

L’autre cas d’école est Givors. Cette commune de la métropole de Lyon, détenue depuis 1953 par le PCF, pourrait être remportée par le Rassemblement national (RN), « qui en a fait une cible », précise Stéphane Cadiou. Le résultat devrait se jouer « sur une triangulaire et dans un mouchoir de poche, poursuit-il. Si le PCF perd le contrôle de cette ville populaire, ce sera en raison d’une forte abstention dans son socle électoral. Et non d’un transfert de voix. » « On a longtemps considéré, à tort, simplement parce que c’était concomitant, que le déclin du PCF et la montée du Front national (FN) dans les années 80/90 résultaient d’un jeu de vases communicants, complète-t-il. Mais les études ont montré que, s’il y a eu des mouvements de l’un vers l’autre, ils se sont le plus souvent opérés par étapes, en empruntant d’autres voies avant d’arriver au FN, et n’ont de toute façon jamais été massifs. »

Qui se rassemble ne se ressemble pas toujours

La perte d’influence du communisme municipal peut aussi s’expliquer par le développement des intercommunalités, notent les deux chercheurs. Dans les Alpes-Maritimes, des mairies communistes se sont regroupées en communautés de communes pour conserver leurs spécificités et « se protéger » face à la montée en puissance de la grande ville, Nice. L’une, les Pays des Paillons, est demeurée indépendante, mais pour combien de temps ? L’autre, Les Coteaux d’Azur, a fini par fusionner dans la Métropole. Dans le Val-de-Marne, Choisy-le-Roi, Ivry-sur-Seine et Vitry-sur-Seine, toutes PCF, ont constitué la Communauté d’agglomération Seine-Amont… qui a dû se dissoudre dans la Métropole du Grand Paris, présidée par le maire LR de Rueil-Malmaison Patrick Ollier. Et, dans une intercommunalité, l’élu communiste « doit composer avec ses homologues, accepter des compromis et mettre en œuvre des politiques auxquelles il n’adhère pas nécessairement », relève Stéphane Cadiou. Avec pour conséquence, une perte d’identité.

Précieux ancrage rural

Dans ce chassé-croisé envisagé par Yann Le Pollotec, des villes sont en danger. Et l’ex-conseiller municipal délégué du Blanc-Mesnil sait de quoi il parle, la commune ayant été détenue par le PCF… de 1935 à 2014 ! Ainsi, Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), un autre symbole de l’implantation du communisme, en l’espèce, en relation avec son histoire cheminote. Dirigée par le PCF depuis près d’un siècle, elle pourrait ne pas résister au départ de sa maire, Marie-France-Beaufils, régulièrement réélue, comme ses prédécesseurs, dès le premier tour, et qui ne se représente pas. D’autres peuvent être regagnées, estime-t-il. Comme Bobigny (Seine-Saint-Denis), perdue en 2014 après 94 ans de direction communiste.

Mais le PCF devra sans doute avant tout miser sur son ancrage rural pour conserver des positions. Plus des deux-tiers des communes qu’il dirige comptent moins de 3 000 habitants et près de la moitié en ont moins d’un millier. Le communisme s’y est implanté « par le biais d’amicales, de comités des fêtes, à travers le monde des chasseurs, indique Stéphane Cadiou. C’est un autre type de solidarité et de sociabilité qu’en milieu urbain. » Ces localités étant « moins soumises à des transformations démographiques, cela lui donne plus de chances de s’y maintenir », remarque David Gouard.

Cet enracinement dans le monde rural est précieux à un autre titre. Le contingent d’élus locaux qui en découle offre au PCF une représentation surdimensionnée, au regard de son audience nationale, au Sénat, ce qui lui a permis de former un groupe parlementaire. Il est aussi en capacité de parrainer des candidats à l’élection présidentielle. Deux bonnes raisons supplémentaires pour lui d’accorder une attention extrême au scrutin des 15 et 22 mars 2020. 

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