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20/12/2012

Entretien avec Pierre-Yves Jardel, de la commission Education-culture de l’AMF, sur la réforme des rythmes scolaires

par La rédaction

Rapporteur à la commission Education-culture de l'Association des maires de France (AMF), Pierre-Yves Jardel (photo) siège au Conseil supérieur de l'éducation et participe aux réunions de concertation avec le ministère de l'Education nationale sur la réforme des rythmes scolaires.

Cet article fait partie du dossier:

Collectivités territoriales : l'aménagement des rythmes scolaires

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Pierre-Yves Jardel nous explique le sens de cette réforme, alors que les maires espèrent bénéficier de souplesse pour appliquer les nouveaux rythmes scolaires dans leurs communes et se demandent comment les financer.
Depuis cet entretien, réalisé le 17 décembre 2012, le Premier ministre a annoncé que seules les communes mettant en œuvre la réforme à la rentrée 2013 recevraient une aide. Elle serait de 50 euros par élèves, voire de 90 euros pour les communes urbaines et rurales en difficulté (lire le courrier de Jean-Marc Ayrault aux associations d’élus).

© Flickr-Sénat/C. Lerouge© Flickr-Sénat/C. Lerouge

« Laissons aux territoires le soin de répondre aux ambitions nationales, en tenant compte des particularités locales »

Le Courrierdesmaires.fr : Une réforme des rythmes scolaires est-elle nécessaire?

— Pierre-Yves Jardel. Oui, dans la mesure où notre système éducatif n’est pas à la hauteur de ses ambitions. Beaucoup trop d’enfants restent sur le bord de la route.

Plusieurs éléments font que cela ne fonctionne pas bien, notamment le temps passé à l’école. Les résultats du passage de 4,5 jours à 4 jours, mis en place par le ministre Darcos (2008), sont catastrophiques. Nous sommes à 144 jours d’école, quand nos voisins sont à 160, 180 jours, voire 200. Nos journées scolaires sont trop chargées et le temps pour aborder les programmes est trop concentré.

Pour alléger les journées et donner plus de temps, il existe plusieurs leviers : intervenir sur la semaine - c’est ce qui se prépare - et revoir la durée des vacances scolaires pour augmenter le nombre de jours d’école. On peut s’attendre à des mesures en ce sens l’an prochain.

 

Pourtant, les vacances de la Toussaint ont été prolongées cette année…

P.-Y. J. Cela faisait partie du projet de réforme du gouvernement précédent. Des chronobiologistes ont démontré que l’enfant avait besoin d’un rythme de sept semaines consécutives au maximum, entrecoupées de vacances de deux semaines. L’allongement des vacances de la Toussaint était donc une première étape facile à mettre en œuvre. Mais d’autres aménagements sont nécessaires, car, avec le calendrier actuel, le dernier trimestre compte encore cette année de huit à dix semaines, ce qui est insupportable pour les enfants.

 

Le projet prévoit de revenir à 4,5 jours par semaine et de remanier la répartition des heures dans la journée, notamment avec une pause méridienne d’au moins une heure trente. Qu’en pensez-vous?

P.-Y. J. Une heure trente c’est une durée cohérente. C’est d’ailleurs plus ou moins la durée effective actuellement. Quant aux quatre jours et demi, l’idéal serait de revenir au samedi matin, mais plus personne n’en veut. Donc, le ministère parle du mercredi, avec la possibilité pour les communes d’y déroger et de choisir le samedi.

Il faut laisser aux territoires le soin de répondre aux ambitions fixées au niveau national, en tenant compte des particularités locales, notamment les horaires de transport scolaire, essentiels dans le milieu rural. C’est une démarche qui semble actée.

Le ministre a fait le choix d’une importante concertation nationale. Il faut exiger la même démarche au niveau local, avec les enseignants, les personnels d’école, les parents d’élèves, les élus, l’académie, etc.

 

Il est question de remplacer les heures supprimées par trois heures d’activité éducative, dont la prise en charge serait confiée à part égale aux collectivités et à l’Education nationale. Quels sont les enjeux ?

P.-Y. J. Cela change beaucoup, du fait de la concertation. Désormais, il nous est demandé d’assurer intégralement ces trois heures hebdomadaires. Comment les organiser? C’est quelque chose que nous devons précisément étudier avec les partenaires locaux.

Au-delà du coût, la contrainte qui se présentera à nous, en particulier en milieu rural, sera de trouver du personnel pour ce travail d’animation, sachant que ce n’est que pour trois heures…

 

Des éléments peuvent être fixés localement, comme la demi-journée, la date d’entrée en vigueur – rentrée 2013 ou 2014. Mais il existe des désaccords sur les modalités. Cela vous satisfait-il ?

P.-Y. J. Selon de récentes information qui ont circulé dans la presse et qui émanaient, semble-t-il, des organisations syndicales, les communes n’auraient eu que jusqu’à fin janvier 2013 pour fixer la date de mise en œuvre. Cela nous a un peu bousculés, mais lors d’une rencontre avec le ministre, le 11 décembre, celui-ci a mentionné une échéance plus raisonnable : début mars 2013. Nous aurions souhaité que la décision puisse être prise fin juin. Cela nous aurait donné le temps nécessaire pour animer localement cette préparation et choisir la date en fonction de l’état des discussions avec nos partenaires. Mais il faut préparer la rentrée scolaire. Une échéance en mars est une manière de couper la poire en deux.

Ensuite, nous regrettons que la décision finale revienne au directeur académique des services de l’Education nationale (DASEN), alors que cette réforme implique un engagement fort de la part des communes. Mais si véritablement nous travaillons tous ensemble, il s’agira en pratique de codécision.

 

Quelles sont vos attentes sur le plan financier?

P.-Y. J. C’est vraiment le nerf de la guerre. Le transfert de nouvelles responsabilités ne tombe pas très bien… Mais en même temps, pour l’avenir de l’Education et de nos enfants, on ne peut plus attendre.

Combien cela va-t-il coûter? On a tout entendu. Mais cela dépend en grande partie de la norme d’encadrement de ces heures. La plus stricte émane du ministère des Sports: un adulte pour huit enfants de moins de 6 ans et un pour douze au-delà.

J’ai évalué le coût total de cette réforme pour ma communauté de communes (4.000 habitants, 21 communes, trois groupes scolaires et 400 élèves). En fonction de la norme d’encadrement, le coût ira de 40 000-50 000 euros à 80 000 euros sachant que l’actuel budget scolaire est de 700 000 euros.

Où trouve-t-on cet argent? Dans la fiscalité? Cela impliquerait une hausse de 5 % des impôts dans ma communauté. Hors de question ! Il faudra donc le prendre ailleurs. Je ne sais pas encore où…

 

Le ministère a tout de même annoncé la création d’un fonds dédié de 250 millions d’euros.

P.-Y. J. Ce fonds n’est prévu que pour la mise en œuvre et non sur la durée, même si, bien sûr, le ministère nous dit « on verra d’ici là ». La question qui se pose est « pour qui ? » et « quand ? ». C’est un paramètre important pour fixer localement la forme et la date de mise en œuvre.

Le président de la République, devant le Congrès des maires, a surtout évoqué les communes rurales et urbaines en difficulté et, de manière générale, celles qui appliqueront la réforme à la rentrée 2013. Il me semble cependant qu’il sera difficile de ne rien prévoir pour les autres.

En tout cas, il y a plusieurs travers à éviter. Etant donné le coût de cette réforme, on peut être tenté d’attendre 2014 en se disant que c’est toujours une année économisée. En même temps, 2014 est une année d’élection, ce qui ne va pas faciliter partout la concertation et la mise en œuvre…

 

Propos recueillis par Marion Esquerré

Pierre-Yves Jardel est également maire d’Orbais-L’Abbaye (Marne) et président de la communauté de communes de la Brie des Etangs.

 

 

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