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Congrès des maires 2019 19/11/2019

Devant les maires, Emmanuel Macron déroule son propre agenda

par Aurélien Hélias
Emmanuel Macron s'exprime devant les maires le 19 novembre 2019 © Fabien Calcavechia

Sécurité plutôt que finances locales, lutte contre les fractures territoriales plutôt que décentralisation, transition écologique plutôt qu’intercommunalité : devant les maires réunis en Congrès, Emmanuel Macron a rapidement balayé les sujets avancés par l’AMF pour privilégier ses thèmes de prédilection une heure et demie durant. Entre opération séduction... et absence de grandes annonces.

Opération rachat pour le « maire de la commune France » comme il s’est défini lui-même. Une heure et demie durant, Emmanuel Macron a évoqué les dossiers où Etat et collectivités devaient selon lui travailler main dans la main, pour mieux faire oublier son absence porte de Versailles l’année dernière. Quitte à évacuer rapidement le dossier sur lequel il avait été longuement interpellé préalablement par le bureau de l’AMF, la suppression de la taxe d’habitation et les finances locales…

« Si j’avais voulu répondre à tout cela point à point, j’aurais été ministre ou premier ministre… » s’est même permis de répondre le chef de l’Etat à André Laignel, en référence à un discours de François Mitterrand en 1994. « Si durant votre campagne [des municipales, ndlr], beaucoup vous reprochent la baisse de la taxe d’habitation, faites-le moi savoir… Contrairement à beaucoup d’autres réformes, celle-ci ne s’est pas conclue par la suppression d’un impôt local remplacé par un autre, mais par transfert d’un impôt national. Le payeur final, c’est bien l’Etat et ses économies ».

Assaut d’amabilités… pour mieux dérouler l’acte 2

L’une des rares piques lancées par le locataire de l’Elysée, avant de faire assaut d’amabilités face aux maires très attentifs réunis dans le grand auditorium… « Je ne crois pas que nous nous soyons vraiment quittés. J’ai tant appris de nos échanges, de vous. » Et d’assurer aux édiles que son objectif était de trouver « Comment ensemble, maires de France et président de la République, nous pouvons rassembler les Français. Jamais je ne me résoudrai à ce que la France se réduise à un archipel », faisant ainsi écho à la thèse du politologue Jérôme Fourquet.

Ce qui n’a pas empêché Emmanuel Macron de développer son agenda qui n’était pas forcément celui des maires. L’intercommunalité ? « Nous l’assouplissons : tout est mis en place pour mieux s’organiser et respecter les libertés locales », ait-il balayé en évoquant le projet de loi « engagement et proximité ». L’autonomie fiscale que les élus locaux redoutent de perdre avec la suprression de la TH ? « Un fétichisme français. Autour de nous, des pays beaucoup plus décentralisés que nous n’ont pas d’autonomie fiscale. Il n’y aura jamais la bonne fiscalité qui correspond aux bonnes compétences ». Et de renvoyer au discours d’Edouard Philippe jeudi pour plus de détails…

Et la décentralisation, ce premier D du projet de loi Décentralisation – Différenciation – Déconcentration annoncé pour 2020 ? « Oui, mais avec des financements clairs. Il faut décentraliser les responsabilités », a-t-il lancé, évoquant tout à la fois un possible « changement constitutionnel vers lequel il faut aller » et un « grand débat » préalable sur le sujet.

Lire aussi : L’AMF et les maires à la recherche de l’intercommunalité heureuse

 

Les maires invités à participer à la « société de vigilance »

Pour le reste, le Président de la République a déroulé son agenda, et l’un de ses thèmes de prédilection pour son acte 2 : la sécurité. « La sécurité du quotidien dépend aussi de vous, de vos coopérations, a-t-il apostrophé les maires. Sur le dossier, Emmanuel Macron se dit ouvert aux « propositions faites par les associations d’élus pour améliorer ce qu’on appelle le continuum de sécurité. Certains fichiers pourraient être mieux partagés comme ceux des véhicules volés, certains actes pourraient être délégués : les dépôts, la verbalisation des poids lourds, pour permettre non pas à l’Etat de se désengager mais de mieux coopérer et permettre aux maires de faire plus simplement, plus efficacement ».

Reprenant son antienne d’une « société de vigilance », le chef de l’Etat s’est montré moins ferme sur les listes communautaristes qui essaiment ici ou là à l’occasion des élections municipales. S’il a promis de ne jamais « laisser isolés [les maires] dans ce combat contre le communautarisme et l’islamisme politique », Emmanuel Macron a appelé « à ne pas tout confondre laïcité, civilité et ordre public ». « Sur les listes communautaires, je suis pragmatique et ouvert à toutes les propositions à condition qu’elles soient efficaces. Comment les définirait-on ? Qui en seraient les juges ? Nous avons des règles claires, faut-il les bousculer parce que les esprits s’échauffent ? J’appelle à la prudence », a-t-il averti.

« Simplifier, c’est complexe ! »

Il était l’heure ensuite pour le chef de l’Etat de dérouler différentes initiatives du gouvernement, des 464 maisons France service labellisées par l’Etat dès 2020 – qui « ne seront pas un paravent » – au plan zones blanches mobilités en passant par l’assurance que le haut débit serait bien au rendez-vous sur tout le territoire en 2020 et le très haut débit en 2022. Et le chef de l’Etat d’y a jouter quelques concepts qui devraient ressurgir régulièrement durant cet acte 2 du quinquennat : société de vigilance, donc, mais aussi le « solidarisme quotidien » pour la santé et l’éducation.

L’intervention du chef de l’Etat a aussi donné lieu à quelques silences interrogatifs de la salle quand, il évoquait sur le dossier de l’allègement des normes : « simplifier, c’est complexe ! ». Ou encore lorsqu’il justifiait la volonté de statu quo de l’exécutif sur le non-pouvoir des maires d’interdire l’usage de pesticides sur le territoire de leur commune : « Ce rôle en matière d’écologie ne doit pas vous conduire à prendre des décisions qui ne relèvent pas de la compétence du maire : la toxicité d’un produit chimique ne relève pas du maire. C’est pour vous protéger que le pouvoir ne vous est pas donné ! ».

« La République n’est pas la nostalgie, elle n’est pas non plus un immobilisme », a conclu le chef de l’Etat. Un « en même temps » qui laisse la porte ouverte à toutes les hypothèses, y compris s’agissant de la décentralisation qui pourrait porter « sur tous les sujets ». Reste à savoir lesquels…

 

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