publicité

 

Réagir
Municipales 2020 18/11/2019

« Nous devrons convaincre sur autre chose que notre étiquette En marche »

par Hugo Soutra
PP photo LaREM © La République En Marche

Les élections municipales 2020 s’annoncent délicates pour La République en Marche, bousculée par certaines associations d’élus et contrainte d’élargir son cercle d’alliés dans un scrutin où la prime au sortant fonctionne souvent à plein. Le député de Paris, Pierre Person, responsable de la stratégie des municipales 2020 pour LaREM, n’en reste pas moins confiant. Il compte rassembler les élus locaux « progressistes » soutenant l’action de la majorité présidentielle et annonce une plateforme programmatique à disposition des candidats En Marche en janvier. Première interview de notre série consacrée aux responsables de partis face aux élections locales de mars.

Cet entretien avec Pierre Person est le premier d’une série qui verra la rédaction du Courrier des maires partir à la rencontre des responsables des principaux partis politiques français engagés dans la bataille des élections municipales 2020.

Courrier des Maires : La République en marche a la réputation d’être faiblement implantée sur le terrain, et de juger avec dédain le rôle des élus de terrain… Ne craignez-vous pas que cette image vous colle à la peau à l’approche des 34 970 scrutins à venir ?

Pierre Person : Il s’agit d’une critique facile véhiculée par une partie de la droite française. Tout comme nous serions soi-disant le parti de l’urbain, aux yeux d’une extrême-droite qui tente de tirer profit des fractures territoriales… Il suffit de se rappeler des 1800 parrainages obtenus par Emmanuel Macron dans le cadre de la campagne présidentielle, essentiellement des maires de petites communes, pour invalider toutes ces caricatures.

Ces critiques sont d’autant plus infondées que nous avons mis fin à la baisse des dotations décrétée par un gouvernement jacobin dès notre arrivée au pouvoir, et préféré contractualiser avec les plus grandes collectivités plutôt qu’appliquer une ponction de 20 milliards d’euros comme le préconisait François Fillon… 

Reste que les tensions entre le gouvernement et certains élus locaux, dont ceux de l’Association des maires de France qui se réunissent en Congrès à partir de demain, sont réelles…

Emmanuel Macron et La République en Marche payent la dégradation continue des relations Etat-collectivités au cours de ces vingt dernières années. Nous tentons de remédier à ces malentendus, et nous accélérerons prochainement sur la question de la décentralisation. Nombre d’élus de terrain ne se retrouvent pas dans les prises de positions très politiques des associations de maires ou de présidents de départements.

La plupart des élus locaux ont, au contraire, une part de « macronisme » en eux, voire se sont mis « En marche » avant l’heure. Tous me  confiaient, lorsque je les contactais pour obtenir leurs parrainages, avoir dû composer à un moment donné avec des partenaires qui ne sont pas du même bord politique, et constituer une majorité œuvrant de façon consensuelle et pragmatique comme Emmanuel Macron tente de le faire au niveau national.

Le fait que nombre de maires de gauche et de droite transcendent déjà les clivages est-il un avantage, ou représente-t-il au contraire un handicap ?

Je sais ce qu’est un maire d’extrême-droite, mais il est en effet plus difficile de définir ce qu’est ou ce que n’est pas un maire « progressiste. » Il nous appartient d’élaborer à l’occasion de ces élections une doctrine municipale qui nous servira à inventer la ville de demain. Et cela d’autant plus humblement que, même si nous n’aurons pas l’identité LaREM honteuse, nous devrons convaincre sur autre chose que notre simple étiquette.

Les municipales ne sont pas des élections fondamentalement politiques. Pas au sens où il n’y aurait pas de débats d’idées au niveau local, mais les enjeux partisans apparaissent rarement au premier plan durant ces campagnes électorales. La nature même du scrutin et le contexte politique renforce cette logique : il suffit de regarder les stratégies de campagne de la plupart des maires ex-LR  ou ex-PS qui se disent d’abord et avant tout candidats de leurs villes. De moins en moins affichent une appartenance politique.

Entendez-vous les critiques des « Marcheurs libres » ou de certains militants sur l’excès de centralisme qui régnerait au sein de La République en Marche à l’heure d’investir ses candidats ?

Le 18 juin 2019, La République en marche présentait ses premiers candidats investis aux municipales.

Vous avez beaucoup entendu parler des cas parisiens, lillois ou lyonnais, ainsi que des discussions que nous avons pu avoir avec nos partenaires (MoDem, Agir) à Bordeaux. Les élections municipales sont l’objectif d’une majorité mais aussi de ses alliés, engagés dans la transformation du pays au niveau local, dans les territoires. Nous entendons nos militants et c’est pour cela que la refonte des statuts que nous avons préparée va dans le sens d’une plus grande décentralisation, afin de mieux prendre en compte les avis de chacun.

Cela dit, au-delà de ces cas médiatiques, les conflits sont très rares. Déjà, je rappellerai que l’auto-détermination est la règle dans toutes les communes de moins de 9 000 habitants, les plus nombreuses en France. Pour les villes de plus de 9 000 habitants, concernant les 300 et quelques communes qui ont pu être traitées jusqu’à présent par la Commission nationale d’investiture (CNI), sachez qu’elle a entériné les avis des comités locaux à plus de 90%. Mis à part lorsqu’aucun consensus ne se dégage autour d’un candidat – et que l’on fait alors appel à la CNI pour trancher, c’est le local qui décide des investitures à En Marche.

Quels seront les grands axes de campagne de tous ces candidats « progressistes » en 2020 ?

La crise des Gilets jaunes nous a enseigné que, plutôt qu’agir pour les Français, il fallait agir avec les Français. Nous tenterons donc de renouveler les modalités de participation citoyenne, et ce d’autant plus que la pratique horizontale du pouvoir est plus facile au niveau local que national.

Lire aussi: « Avec les gilets jaunes, le rond-point s’est mué en commune éphémère », entretien avec Laurent Jeanpierre

 

Nos candidats aux municipales s’engageront aussi à œuvrer pour des métropoles plus inclusives en milieu urbain, en luttant contre les inégalités criantes entre les quartiers populaires et les centres-villes. Dans les zones plus éloignées, nous combattrons le sentiment d’assignation à résidence ressenti par certains citoyens. Enfin, concernant la protection de l’environnement et la transition énergétique, nous préfèrerons toujours la stratégie des petits pas aux grands plans décroissants des écologistes.

Lire aussi : Qui remportera l’OPA sur l’environnement aux élections ?

 

Démocratie participative, cohésion sociale, écologie… Avec des alliances à géométrie variable, parfois avec des maires sortants LR et d’autres fois PS, pensez-vous que ce corpus idéologique commun aux candidats LREM tienne sur la durée ?

L’investiture par notre parti est conditionnée par la signature d’une charte des valeurs. C’est-à-dire que les maires à qui nous avons apporté notre soutien sont des élus en cohérence avec les messages portés par notre mouvement. Nous finissons de construire et mettrons en ligne courant janvier 2020 une plateforme programmatique. Les différents candidats et colistiers seront invités à piocher différents éléments dans cette « boîte à outils » pour bâtir leurs programmes et concrétiser les politiques publiques dont nous aurons besoin, demain.

Lire aussi : De la sécurité aux transports gratuits, les figures imposées des prochaines élections municipales

 

Pour autant, la plus-value de LaREM n’est pas de nationaliser ces scrutins par l’intermédiaire d’un programme unique. Le fait d’investir plusieurs maires sortants n’a rien à voir avec un quelconque manque d’implantation, mais témoigne plutôt de notre considération vis-à-vis d’élus dont l’action est reconnue et que nous souhaitons soutenir dans leurs réélections. LaREM n’est pas un parti hégémonique, et nous préférons être dans l’action plutôt que l’opposition stérile. Chacun fera la part belle aux différentes sensibilités de sa majorité.

Avez-vous des objectifs électoraux différenciés selon la taille des communes ?

Absolument pas. L’utilisation du seuil de 9 000 habitants par la commission nationale d’investiture répond principalement à notre capacité à traiter à temps, en interne, plus de 35 000 candidatures – ainsi qu’à des contraintes de conformité, notamment la réalisation d’un compte de campagne. Mais nous ne serons pas le parti du tout-métropole. Nous nous employons à présenter des candidats partout, bien au-delà des seules grandes villes. Je ne vous cacherai pas qu’obtenir des postes à responsabilité et donc autant de « grands électeurs » dans les plus petites communes revêt un enjeu stratégique pour LaREM dans la perspective des prochaines élections sénatoriales.

Nous aurions d’autant moins intérêt à négliger les communes de moins de 9 000 habitants que c’est à cette échelle que la crise des vocations frappe le plus fort, et que le besoin de renouvellement est le plus criant. Nous souhaitons également apporter une réponse dans tous ces territoires dits « périphériques » qui pâtissent d’un manque d’attractivité ou sont en cours de désertification. Les fractures territoriales sont le terreau du RN, du moins le sentiment d’abandon des habitants des villes petites et moyennes puisque la misère se concentre surtout en zone urbaine.

Comment entendez-vous remédier à votre manque d’implantation locale, notamment dans les plus petites communes ?

Nous serons présents sur de nombreuses listes sans étiquette, avec quelques conseillers municipaux. Dans la perspective du prochain mandat, notre institut de formation « Tous politiques ! » a déjà accompagné un certain nombre d’élus sans étiquette de petites communes, ainsi que des citoyens qui n’avaient jamais eu de responsabilités dans un exécutif local ni d’engagement dans un parti. L’exercice de responsabilités locales n’est pas inné mais nous pensons que c’est dans les assemblées locales que la société civile peut le plus facilement faire valoir ses compétences. Notre promesse de renouveler le personnel politique est encore valable. Au final, la République en Marche présentera autant de candidats ayant déjà eu un mandat électif, dont certains ralliés de fraiche date, que de candidats qui vivront leurs premières campagnes électorales.

Quelle sera votre stratégie en cas de possibilité de victoire de l’extrême-droite ?

Au « Front républicain » qui a été nettement affaibli en 2017 par la France Insoumise et consacrait maladroitement les prophéties de Marine Le Pen sur l’existence d’un supposé « UMPS », nous préfèrerons la responsabilité républicaine. Nous connaissons trop les thèses de l’extrême-droite pour nous laisser manipuler et leur faire office de marche-pied.

Nous ne nous éterniserons pas dans des négociations boutiquières pour forcer le rassemblement autour du parti présidentiel. Si nous ne sommes pas en mesure de proposer une alternative solide là où le RN menace d’accéder au pouvoir, par exemple, nous nous effacerons purement et simplement du débat public local, en ne déposant pas de liste avant le premier tour. Si nous ne pouvons pas nous maintenir ni fusionner avec une liste progressiste, nous nous retirerons avant le second tour sans contreparties afin de renforcer l’offre républicaine.

Disposez-vous d’une stratégie intercommunale ?

Il faut bien dissocier ce qui sera faisable sur le plan électoral, de ce qui serait souhaitable pour nos concitoyens. Nos candidats, bien que présentant un programme pour leur ville, sont amenés à réfléchir au niveau de l’interco pour répondre aux différents enjeux de leurs territoires. L’assainissement et la distribution de l’eau, le ramassage des déchets ou l’organisation des transports en commun ne sont pas des affaires techniques réservées aux seuls élus. Il nous faudra mieux associer les habitants à tous ces débats et décisions qui impactent concrètement leur vie quotidienne.

Lire aussi : Imposer l’évidence intercommunale dans la campagne, coûte que coûte

 

Nous pensons aussi qu’il faut revoir l’organisation territoriale actuelle. Nos candidats et élus de demain s’engageront aussi, pour la plupart, dans la rationalisation de la carte communale. Ces fusions vont dans le sens d’une meilleure efficacité administrative et politique, au-delà de permettre une meilleure utilisation de l’argent public. Et nous nous opposerons à la minorité d’élus qui pour des raisons d’égoïsmes communaux ou d’intérêts électoralistes ne veulent pas œuvrer en faveur de l’intérêt général. L’émiettement communal de la France n’est pas forcément une bonne chose pour nos services publics, et ne profite que trop rarement à nos concitoyens.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité

Abonnez-vous