publicité

 

Réagir
Municipales 2020 26/11/2019

« L’alliance des territoires », rengaine oubliée des élections municipales ?

par Hugo Soutra
Décentralisation, territoires © BM

Au pays de l’égalité, de plus en plus d’élus posent la question de la solidarité territoriale face au développement des métropoles. Mais, à l’heure de la campagne électorale, le sujet ne semble déjà plus faire débat...

Si la « théorie du ruissellement » ne fait toujours pas consensus chez les économistes, elle s’est imposée en à peine quelques années en politique, et tout particulièrement au niveau local. Depuis que la Commission européenne et l’Etat ont fait des « coopérations territoriales » un des critères de certains de leurs appels à projets, les associations d’élus – urbaines comme rurales – martèlent, à chacun de leurs congrès que la richesse des métropoles devrait irriguer jusque dans leurs arrière-pays. Et ce discours infuse, petit à petit. Si certains territoires urbains ont improvisé des Scot et autres « pôles métropolitains » réunissant un maximum d’élus autour de la table pour la photo, au risque d’en rester aux discours d’intention, d’autres ayant privilégié les formations « bilatérales » ont de quoi présenter quelques avancées concrètes.

Lire aussi : Les villes moyennes attendent des métropoles des coopérations plus abouties

 

Réciprocité

C’est le cas du Pays de Retz, dont le jeune contrat de réciprocité signé avec Nantes métropole a déjà débouché sur des alliances entre producteurs agricoles et consommateurs. « La campagne des municipales devra servir à annoncer de nouvelles formes de coopérations. Pas forcément à détailler les projets dans le détail ni les financements, car les concrétiser nécessite du temps, mais il faut que l’intention et les principes ressortent dans les débats. Nos habitants s’affranchissent des limites administratives de notre organisation territoriale et attendent de nous que nous discutions pour faciliter leur quotidien », enjoint Bernard Morilleau, maire de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique) et président de ce PETR.

Suffisant pour que les candidats prennent autant en considération les usagers du territoire que leurs électeurs, ou dépassent le stade des discussions sur des sujets anodins ? Permettez au premier édile de Castillon-la-Bataille (Gironde) d’en douter. « Nous sommes plusieurs “ petits maires ” de territoires dits “ périphériques ” à vouloir améliorer la liaison ferroviaire avec Bordeaux ou parler d’une plus juste répartition des activités économiques. Les élus bordelais acquiescent, mais nous recevons un accueil bien plus froid de la technostructure métropolitaine » témoigne Jacques Breillat.

Autrement dit, si personne ne reprocherait à un urbain de s’allier à ses voisins pour créer une plateforme d’achat commun et fiabiliser l’approvisionnement des cantines en produits bio et locaux, les élus ruraux désireux de parler mobilités et développement économique – deux sujets autrement plus conflictuels – risquent d’en être pour leurs frais. « Les habitants de la métropole ont objectivement intérêt à ce que la problématique des liaisons pendulaires avec les villes moyennes ou les petites centralités soit abordée durant la campagne électorale. Ils savent bien que Bordeaux ne réussira pas à se décongestionner en faisant simplement la promotion du vélo ou des transports collectifs. Mais c’est à nous de convaincre les candidats urbains d’inscrire ces sujets à leur agenda politique », ne désespère pas cet élu girondin.

Au cas par cas

Si bien que d’autres élus, eux, ne cachent plus leurs frustrations face au manque d’entrain ou de courage des coopérateurs métropolitains, ou encore au développement arbitraire des conventions de coopération et autres contrats de réciprocité. « Les maires des villes petites ou moyennes autour de Toulouse ne sont pas naïfs et voient bien que la coopération territoriale fonctionne au cas par cas. Le contrat de réciprocité signé entre Toulouse métropole et le PETR du Pays de Gascogne doit plus à la proximité politique entre les deux chefs d’exécutifs qu’aux complémentarités des deux territoires », rapporte Juliette Sainclair, coauteure de l’étude de Sciences Po sur les « environnements territoriaux des métropoles ».

Et si ce thème des coopérations venait effectivement à être passé sous silence lors des prochaines municipales, il serait toujours temps de trouver un ensemblier à ces projets disparates pour mieux les évoquer lors de la campagne des régionales 2021… 

 

« Prendre en compte les usagers au-delà des habitants »

Thibault Devillard, coauteur d’une étude de Sciences Po sur les coopérations pour l’ADGCF, l’ADCF et l’APVF

« Dans un monde idéal, les candidats et élus sortants s’ouvriraient sans crainte sur leurs voisins. Les coopérations territoriales seraient au cœur des élections municipales à venir. Cette culture du travail en commun est nécessaire, à long terme, pour l’aménagement du territoire. Mais pour que les collectivités prennent enfin en compte les besoins des usagers qui travaillent ou consomment chez elles, au-delà de leurs seuls habitants et électeurs, il y a besoin d’un relais politique. Or, je n’ai que peu d’espoir sur le fait que l’interterritorialité devienne un objet politique d’ici mars 2020. Ce n’est pas le réflexe premier des candidats que de reconnaître, en pleine campagne, leurs nombreuses interdépendances vis-à-vis de territoires et d’institutions extérieures… Par rapport à des propositions contre les inégalités ou sur la propreté en ville, ce thème peut paraître trop abstrait ou les retombées trop tardives. »

Chiffres Clés

  • 5 contrats de réciprocité ont été signés en tout et pour tout, mais ils cachent une forêt de 173 conventions de coopération, 25 pôles métropolitains et autres dynamiques entre agences d’urbanisme.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité

Abonnez-vous