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Villes intelligentes 08/11/2019

La smart city, grande absente du débat des élections municipales ?

par Aurélien Hélias
Smart city © vege

En plein essor durant le dernier mandat, la ville intelligente pourrait bien être l'un des grands thèmes absents de la campagne qui s'ouvre pour les élections municipales. La faute à un difficile positionnement des élus locaux sur le sujet face à leurs administrés. Et à une appétence très mesurée des électeurs pour un dossier vu - trop - souvent comme technique, à en croire les intervenants d'un débat le 11 octobre autour du livre "Gouverner la ville numérique" des chercheurs Patrick le Galès et Antoine Courmont.

Vendredi 11 octobre. Sous les toits de de Sciences-po, l’école urbaine de l’IEP réunit Patrick Le Galès, doyen de l’école et directeur de recherche au CNRS, et Antoine Courmont, responsable de la chaire Villes et numérique de Sciences Po, pour débattre de leur livre « Gouverner la ville numérique ». Pour les deux politistes qui abordent dans leur ouvrage, avec d’autres chercheurs, les transformations des (grandes) villes via le Big data, les chaines de bloc (ou « blockchain »), l’intelligence artificielle, les algorithmes, et autre « digital labor », il est grand temps de s’interroger sur la responsabilité des gouvernants locaux qui collaborent – ou font face – aux géants du secteur, qu’il s’appellent Airbnb, Uber ou Waze.

« Dans toutes les grandes villes, il y a beaucoup d’activité pour donner une direction et exercer une coercition. Mais qu’est-ce qui est gouverné dans les grandes villes ? Qu’est-ce qui échappe aux logiques de gouvernance ? » résume alors Patrick Le Galès. Et les chercheurs d’évoquer la capacité des politiques à « embarquer » les citoyens dans l’écriture d’un projet de ville numérique.

Les élus entre deux feux

Car, très vite, lors de ce « workshop » où ont également été conviés des industriels parties prenantes de la ville intelligente et des élus locaux, c’est la place de la smart city dans les débats de la campagne des municipales qui interroge. Vice-présidente de Rennes métropole en charge du développement économique et de l’innovation, Gaëlle Andro se montre sceptique sur l’irruption de la ville intelligente comme objet de débat à l’heure de la campagne pour les scrutins locaux. « C’est complexe car soit vous vous posez en faveur de smart city, et on vous voit comme quelqu’un qui oeuvre à la déshumanisation ; soit, à l’inverse, vous êtes l’élu sceptique et vous être pris à défaut car vous développez-vous-même la billetterie électronique, les poubelles à puce pour la taxation individuelle, les budgets participatifs avec les plateformes numériques… Raisons pour lesquelles les élus sont prudents », décrit-elle.

Résultat : « l’élu est déstabilisé et le numérique ne sera pas au cœur des enjeux municipaux. Et pourtant pas une ville, pas une métropole, ne pilote, n’incite, ne développe des solutions numériques. C’est dommage car la prudence n’est pas une politique… », regrette-t-elle.

La smart city dans l’ombre des préoccupations du quotidien… 

Un scepticisme sur le caractère porteur de la ville intelligente partagé par d’autres élus locaux. « Ce ne pas un sujet car la préoccupation des gens, des habitants, c’est la préoccupation du durable : le bien être partagé et tout ce qui commence à influencer la démocratie : la concertation, les interactions au-delà du conseil municipal, constate Philippe Sajhau adjoint au maire à Nogent-Sur-Marne, chargé de la ville numérique. Sur le débat sur la ville connectée numérique et durable, très vite, les gens se sont emparés de la mobilité, du verdissement de la ville, des inondations autour de la Marne, mais les sujets numériques sont totalement délaissés. Le thème du numérique est sous-jacent, se retrouve derrière plein de solutions, partout, mais il n’intéresse pas les gens au premier abord et n’est pas sujet de débat », observe celui qui est aussi vice-président d’IBM France Smarter Cities.

La smart city serait-elle condamnée à n’être au mieux qu’un sujet technique débattu par les experts et les techniciens et complètement exclu du débat politique ? « Il faut aussi un positionnement politique sur ces questions, enjoint Antoine Courmont. A l’élu de mettre en avant les choix derrière les solutions techniques », préconise le responsable de la chaire Villes et numérique. « Comme l’eau a été politisée dans un second temps… » complète, dans un parallèle historique, le doyen de l’école Patrick Le Galès. 

Références

  • Gouverner la ville numérique, Patrick Le Galès et Antoine Courmont, éditions PUF/Vie des idées

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