publicité

 

Réagir
CLIMAT 23/07/2019

« Quand les maires tirent le fil de l’adaptation de la ville au changement climatique, ils se sentent souvent dépassés »

par Emilie Denètre
Didier Soulage, responsable du programme « Énergie-Climat » au Cerema. © Cerema

Alors que la France connaît un nouvel épisode caniculaire, la question de l’aménagement de nos villes au changement climatique devient de plus en plus pressante. Didier Soulage, responsable du programme « Énergie-Climat » au Cerema, le centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement, détaille les outils à la disposition des élus locaux pour préparer les villes aux événements climatiques extrêmes.

Courrier des maires : quels sont les effets déjà perceptibles des changements climatiques dans nos villes ?

Didier Soulage : En ce moment, nous parlons beaucoup de la canicule, il faut savoir que ce phénomène est amplifié en ville. Plus on se rapproche du cœur d’une ville, plus la température va être élevée par rapport à l’extérieur. Vous avez en effet des moteurs qui tournent et qui produisent de la chaleur mais aussi beaucoup de surfaces imperméabilisées qui réverbèrent et restituent la chaleur. Par ailleurs, vous avez au sein des villes des espaces en particulier pour lesquels la température va être encore plus forte, ce sont les « îlots de chaleur » : 4 à 8 degrés de plus en journée, et de 3 à 4 degrés de plus la nuit !

Se pose donc une première question pour les habitants des villes qui n’a pas au trait au confort mais clairement à la santé : celle de la supportabilité des températures et de la qualité de vie dégradée.

Ensuite, vous avez les activités économiques de la ville qui peuvent être perturbées par ces épisodes caniculaires, avec des activités à l’arrêt si elles sont sensibles à la chaleur ou si elles ont besoin de trop d’eau dans leurs processus industriels.

C’est toute la vie sociale et économique des territoires qui est désorganisée lors d’événements climatiques extrêmes.

Les transports publics peuvent être également perturbés – car non adaptés à des chaleurs extrêmes – et cela conduit à de l’absentéisme dans les entreprises, mais aussi à un report modal sur la voiture, avec souvent des bouchons et des pics de pollution à l’ozone en sus ! Certaines écoles doivent fermer, des examens peuvent être reportés.

C’est donc toute la vie sociale et économique des territoires qui est désorganisée lors d’événements climatiques extrêmes, qui peuvent également se traduire, ne l’oublions pas, par des pluies cévenoles, des orages violents… et des inondations rapides ! On sait désormais que la fréquence et le volume de ces événements vont s’amplifier dans les années à venir.

Qu’est-ce qui relève de la responsabilité des maires ?  Quels sont les outils à leur disposition ?

Les maires ne sont pas responsables de tout, mais on sait qu’en cas de crise, la population a tendance à se tourner vers eux car ce sont des personnes-recours. Ils sont donc en première ligne sur ces questions mais, heureusement, ils ont entre leurs mains des outils pouvant leur permettre d’anticiper les choses !

Par exemple, en tant que maîtres d’ouvrage des aménagements, ils peuvent lors de réfections de places ou de bâtiments publics intervenir pour que les travaux prennent mieux en compte le changement climatique. Le meilleur exemple c’est de mettre de la nature en ville. En « végétalisant » la ville, on ne fait jamais d’erreur : c’est bon pour gérer les épisodes de précipitations extrêmes car on désimperméabilise les sols et on permet plus facilement à l’eau de s’infiltrer et c’est bon aussi pour faire baisser les températures en cas de canicule.

Freiner l’artificialisation des sols [...] et sanctuariser des zones aujourd’hui en végétation.

Le deuxième levier d’action du maire peut être la planification et l’urbanisme. On sait aujourd’hui que les phénomènes climatiques extrêmes sont amplifiés par l’artificialisation des sols. Le PLU (plan local d’urbanisme) est un outil idéal pour freiner cette artificialisation, voire même la stopper, et sanctuariser des zones aujourd’hui en végétation.

Il existe également le plan climat-air-énergie territorial (PCAET), obligatoire pour les EPCI de plus de 20 000 habitants. Il y a beaucoup de littérature autour du PCAET, c’est donc un très bon outil pour élaborer des plans qui ont du sens et qui sont porteurs d’actions concrètes.

Enfin, le maire a aussi une carte à jouer au niveau de la gouvernance locale. Le changement climatique touche tout le monde (les habitants, les acteurs économiques, les acteurs de l’éducation, etc.) et en tant que chef d’orchestre local, il peut essayer de mettre tout le monde autour de la table pour lancer des mouvements vertueux, engager des actions transversales et systémiques.

Constatez-vous des freins psychologiques chez les élus sur ces questions ?  Des freins financiers ?

Les élus que nous voyons au Cerema sont très conscients de l’urgence climatique et sont très volontaires. Mais ce que je constate, c’est que lorsqu’ils essaient de tirer le fil de la pelote de l’adaptation de leurs collectivités au changement climatique, la pelote est tellement énorme, qu’ils se sentent souvent dépassés par l’ampleur de la tâche.

C’est pour cela que le Cerema accompagne les collectivités. Nous les aidons en termes de méthodologie et de priorisation. La prospective est d’ailleurs une bonne méthode pour aborder le sujet de manière dépassionnée, sereine et objective.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité

Abonnez-vous