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Transition écologique 18/05/2019

Le Sénat presse les élus locaux d’anticiper les dérèglements climatiques

par Hugo Soutra
Sénat et Jardin du Luxembourg © Adobe/Photocreo Bednarek

Raréfaction de l'eau, sécheresses agricoles, tourisme des sports d'hiver condamné à moyen terme... le réchauffement climatique posera de nombreux problèmes à la France dans les prochaines décennies. Pourtant, les stratégies locales d’adaptation et de mutation peinent à émerger et à toucher les citoyens… A entendre les sénateurs Dantec et Roux, membres de la délégation à la prospective, les acteurs publics locaux doivent travailler main dans la main avec l'Etat et le secteur privé pour faire face à l’urgence.

Le constat n’est plus à faire : il fera 2° celsius de plus sur Terre, en moyenne, d’ici 2050. Cette hausse des températures, qui s’est déjà manifestée par des canicules plus fréquentes et plus sévères, fera monter le niveau des mers et le risque de submersion de certaines zones littorales, tandis que les sols d’autres régions s’assécheront et qu’une forte hausse du risque incendie est à prévoir. « De grands organismes d’Etat et de recherche (Cerema, Ademe, INRA, ONF) font des prévisions pour aider la société à s’adapter à ce futur. Mais leurs travaux ne descendent pas. Très peu de secteurs ont commencé à élaborer des stratégies de mutation pour faire face à l’aggravation des divers impacts du changement climatique » s’inquiète le sénateur Ronan Dantec, auteur du rapport « Adapter la France aux changements climatiques à l’horizon 2050 ».

Lire aussi l’interview de Ronan Dantec: « S’appuyer sur les villes pionnières pour lutter contre le climato-fatalisme »

 

« 2050, c’est demain. C’est tout le sens de nos dix-huit propositions : que la connaissance se diffuse, sensibiliser un maximum d’acteurs de terrain – publics ou privés – et mettre en branle la société, les citoyens » poursuit son homologue Jean-Yves Roux, sénateur (RDSE) des Alpes-de-Haute-Provence. L’idée de ce rapport, c’était de dresser un état des lieux pour que « les collectivités puissent anticiper le changement climatique, sachent à quoi elles seront confrontées en 2050 et prévoient les conséquences sur le tourisme, l’agriculture ou le bâti, sur l’avenir de leurs territoires » résume le patron de la délégation à la prospective, le sénateur (LR) Roger Karoutchi.

Culture du risque et sensibilisation au réchauffement climatique

Le travail des deux sénateurs – alimenté par des climatologues, des économistes, des sociologues, des agronomes ainsi que les associations d’élus ou des fonctionnaires d’Etat – s’adresse en particulier aux élus issus du monde rural ou à la tête de petites collectivités. Objectif : permettre à l’ensemble des élus de se forger une culture politique. « L’ingénierie apportée aux petites collectivités manque clairement aujourd’hui. Les régions ont un rôle essentiel à jouer pour informer les acteurs de terrain, les départements doivent également accompagner les petites intercommunalités et villages » estime Jean-Yves Roux. Avec le sénateur de Loire-Atlantique Ronan Dantec, il s’inquiète tout particulièrement de la raréfaction à prévoir des ressources en eau.

Les deux auteurs de ce rapport d’information redoutent en effet que les pénuries malheureusement à prévoir dans certains territoires multiplient les conflits d’usage. D’où la nécessités, selon eux, d’une gestion territoriale de cette problématique afin de pouvoir arbitrer entre les intérêts parfois contradictoires des différents acteurs de terrain. A les entendre, les collectivités devraient s’efforcer d’ores et déjà d’améliorer le rendement des réseaux d’eau potable et préserver les zones humides de tout projet d’artificialisation. « Il faut développer le stockage de l’eau en Occitanie de toute urgence. Il faut que la question émerge clairement dans le débat public ! C’est un enjeu essentiel afin de pouvoir faire face le plus sereinement possible aux situations de stress hydriques » estime Jean-Yves Roux, sénateur des Alpes-de-Haute-Provence.

La nécessaire transition vers l’agro-écologie 

Les secteurs agricole et agro-alimentaire verront également leurs activités perturbées à l’avenir, les préviennent les deux sénateurs qui ont en tête la multiplication des sécheresses agricoles – plus sévères, au passage –, la stagnation des rendements ou l’altération de la qualité  des semences. « Ce n’est pas dans l’habitude des éleveurs limousins d’acheter de fourrage, mais ils n’auront bientôt plus le choix. Si les différentes forces en présence – les agriculteurs et les écologistes – continuent de s’affronter sur le sujet de l’irrigation, on y arrivera pas » s’inquiète l’élu nantais Ronan Dantec .

« Les agriculteurs n’ont pas d’autres choix que de se tourner vers l’agro-écologie, mais les pouvoirs publics doivent prévoir un accompagnement financier et de nouvelles formes de solidarité pour qu’ils s’engagent à opérer cette transition. Pourquoi ne pas mieux rémunérer les services environnementaux qu’ils rendent », propose Jean-Yves Roux.

Vite, une loi pour accompagner les acteurs privés et locaux !

Autre secteur, et même impréparation face au réchauffement climatique : le tourisme. Alors que l’enneigement se fera de plus en plus rare en-dessous de 1800 mètres, les stations de ski doivent s’adapter radicalement. Et pourtant… « Parmi les grands secteurs économiques français, celui du tourisme fait partie d’un de ceux qui anticipent le moins. Il y a une forme de tabou sur les conséquences du changement climatique à l’horizon 2050, de peur que les investisseurs fuient les infrastructures de basse et moyenne montagne par exemple » décrypte Ronan Dantec. « Ils prennent conscience au fur et à mesure qu’il n’y a plus le choix, mais il y a encore une réticence à se préparer sérieusement car ils ne savent toujours pas ce que ça va leur coûter. »

Pour aider les différents acteurs à se préparer, les deux auteurs du rapport militent pour une grande loi sur l’adaptation de la France au changement climatique. « Les régions et les intercommunalités, binôme de l’investissement public local en France, doivent se saisir de la question de l’adaptation pour faire face aux impacts locaux des dérèglements climatiques ; ce qui ne veut pas dire que les départements n’ont pas un rôle de soutien ni les communes une responsabilité sociale. Les collectivités territoriales ont un rôle-clé à jouer, mais elles ne pourront pas le faire seules » alerte Ronan Dantec. « Pour anticiper les risques de submersion côtière ou d’inondations, le législateur droit définir de nouvelles règles d’urbanisme et normes sur le bâti, identifier les nouvelles zones inconstructibles, prévoir des mécanismes de compensation et d’indemnisation pour le BTP ou les agriculteurs, préparer une accélération de la stratégie de mutation du secteur agricole, etc »

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