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Municipales 2020 13/05/2019

L’organisation de « primaires locales » demeure rare… et devrait le rester !

par Emilie Denètre
Elu mystère © 40MdAutomobilistes

À moins d'un an des élections municipales 2020, quelques « primaires locales » fleurissent ici et là, dans l'optique de départager qui prendra la tête de liste de son parti lors du prochain scrutin. Après les contre-exemples des primaires ouvertes « ratées » de 2017 au PS et à LR, il n’est toutefois pas certain que cette pratique démocratique prenne racine en France. Le doute est d'autant plus de mise au niveau local.

Combien de candidats aux élections municipales 2020 pourront se targuer d’avoir été désignés démocratiquement, par des militants locaux ou des habitants, plutôt que les lointaines commissions d’investiture d’état-majors parisiens ? Probablement pas tant que cela… En mars dernier, le collectif de citoyens « Roubaix 2020 » organisait une primaire ouverte pour départager les deux candidats souhaitant porter la liste en vue des prochaines municipales. Une primaire « ouverte » où chaque citoyen de la ville, signataire de l’appel du collectif, pouvait donc participer. À l’issue de ce vote, c’est André Renard, conseiller municipal sortant, qui a été désigné.

Plus récemment, à Pontivy en Bretagne, trois partis de Gauche (Parti Socialiste, Union Démocratique Bretonne et La France Insoumise) ont également organisé leur primaire. Trois candidates se sont donc affrontées pendant une quinzaine de jours entre le 19 avril et le dimanche 5 mai. Là encore, il s’agissait d’une primaire ouverte, où chaque habitant de la ville, muni d’une carte d’identité ou d’une carte d’électeur, et signataire d’une charte de valeurs, pouvait glisser son bulletin dans l’urne. Sur les 9000 électeurs de la ville, 260 se sont déplacés au Palais des Congrès. Et c’est Marie-Madeleine Doré-Lucas, représentante de la France Insoumise lors des élections législatives de juin 2017, qui a raflé la victoire avec 60% des voix.

Redonner un sens noble à la chose politique

« Au sein des partis de gauche, nous étions d’accord sur le fond, mais personne ne voulait lâcher sur la tête de liste. J’ai alors proposé cette primaire pour mettre fin à ces tergiversations et dans l’espoir qu’ensuite, nous puissions, tous, nous concentrer sur le programme » explique Marie-Madeleine Doré-Lucas. Une primaire que les gauches locales ont tenu à organiser le plus tôt possible. «  Pour les municipales, c’est une équipe qui se présente, une équipe qu’il faut constituer. Et moi qui ai l’expérience de 2014, je sais que c’est dur et long de mettre tout le monde d’accord sur un programme. En organisant nos primaires tôt, nous allons ainsi avoir le temps de travailler ensemble mais aussi d’inviter la population à nos réunions pour partager nos projets » ajoute la nouvelle tête de liste de cette ville bretonne.

© NKM Les primaires locales, sur le modèle de celle ayant départagé les candidats de la droite à la mairie de Paris en 2014, vont-elles se multiplier à l’approche des municipales 2020 ?

Interrogée sur la difficulté de « rassembler » après des primaires où les coups distribués peuvent parfois être durs à oublier, Marie-Madeleine Doré-Lucas évoque un « pacte » noué entre les trois candidates : « quel que soit le résultat, nous étions convenues que la gagnante prendrait les deux autres sur sa liste. L’idée c’est de n’évincer personne, mais évidemment, le plus dur commence maintenant, car des frustrations peuvent naître en cas de défaite et c’est normal. » La candidate des gauches pontyviennes sait aussi que la victoire ne pourra passer que par un rassemblement : « À Pontivy, vous avez une petite bourgeoisie de droite très bien ancrée. C’est une ville de centre-droit et nous savons que la maire sortante a de bonne chances de réélection. Même avec un rassemblement, cela sera compliqué ». Fière de cette expérimentation inédite menée à l’échelle de son territoire et qui a permis de « redonner un sens noble à la chose politique », Marie-Madeleine Doré-Lucas ne regrette qu’une seule chose : « une campagne un peu trop courte, cela aurait été mieux avec 15 jours de plus ».

Les élus locaux peu favorables aux primaires

Chercheur en Science Politique à l’Université de Lille, Rémi Lefebvre est aussi l’auteur d’un livre « Les primaires ouvertes en France » paru aux Presses Universitaires de Rennes en 2016. Pour ce chercheur, les primaires ouvertes (c’est-à-dire permettant aux non-adhérents d’un parti de voter pour désigner le candidat) est un phénomène aussi récent qu’éphémère en France.

« Ce type de primaires n’appartient pas à la culture politique française. Les premières primaires ouvertes sont apparues en novembre 2011 au sein du Parti Socialiste et visaient à départager les candidats à l’élection présidentielle de 2012. Il y a eu une vrai engouement, tout le monde trouvait le principe génial. En 2016 et 2017, le PS a donc renouvelé l’opération et LR a lancé ses premières primaires qui ont été un vrai succès populaires. Mais au final, aucun des deux partis n’a gagné. Pire aucun des deux n’a atteint le second tour ! Là tout le monde a commencé à dire que les primaires ‘détruisaient’ les partis » détaille Rémi Lefebvre.

Dans le son livre, le chercheur s’était par ailleurs penché sur les « primaires locales » de 2014. « Rappelons-nous qu’à cette époque-là, 2014, les primaires avaient encore le vent en poupe. Pourtant seuls quelques partis dans 9 villes en ont organisé (Aix-en-Provence, Béziers, Boulogne-Billancourt, Colombes, Le Havre, La Rochelle, Lyon, Marseille et Paris). C’est vraiment très peu ! Autre particularité : à l’époque, les partis qui avaient tenté l’expérience étaient tous dans l’opposition ! Cela se comprend aisément, car on imagine mal un maire sortant remettre en cause sa légitimité dans une primaire. C’est un risque que peu d’élus locaux ont envie de prendre » déroule Rémi Lefebvre, qui prédit donc que « l’image négative » qui colle désormais aux primaires, ajoutée au peu d’appétence naturelle des élus locaux pour ce vote, devrait mettre un sérieux coup de frein aux « primaires locales » pour le scrutin de 2020. 

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