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Edito 07/05/2019

Annonces présidentielles : l’art d’être flou

par Aurélien Hélias
marianne-herreneck-flou-fotolia © Fotolia

Et si l’art d’être français, cette « passion française pour le (grand) débat », était aussi chez certains l’art de manier les grands mots pour mieux taire les maux persistants ? De "France service" à la différenciation territoriale en passant par la culture de « la responsabilité démocratique », c'est l'impression qui ressort de l’intervention d'Emmanuel Macron devant la presse le 25 avril dernier.

Et si l’art d’être français, cette « passion française pour le (grand) débat », était aussi chez certains l’art de manier les grands mots pour mieux taire les maux persistants ? Le 25 avril, Emmanuel Macron brandit « France service », soit une maison de service au public new look pour chaque canton. Quid des territoires où ces MSAP sont déjà en nombre et en proie à la surchauffe, faute de moyens financiers et humains ? Comment obliger les opérateurs, jalousement soucieux de leur autonomie, à y participer pleinement et à y détacher leurs agents?

Contrats ad hoc. Changeons de pied pour évoquer les grands principes promus, à l’image de la culture de « la responsabilité démocratique ». Pourra-t-elle aller de pair avec le renforcement souhaité des pouvoirs du préfet ? Et davantage de fonctionnaires de l’Etat « de proximité » sur le terrain, fort bien. Mais, du développement économique à l’action sociale en passant par les politiques jeunesse, comment s’assurer que ces derniers ne viendront pas faire doublon avec leurs collègues des collectivités ?

Vient enfin le mantra de la différenciation territoriale. De même qu’il ne suffit pas de se faire baptiser collectivité européenne d’Alsace pour avoir la puissance d’un Land allemand, il est illusoire d’invoquer la distinction comme remède miracle constant à tout défi local. Si l’idée de contrats ad hoc, finement ciselés, politique publique par politique publique avec l’ensemble des collectivités y concourant et l’Etat, semble une bonne piste ; si des règlements peuvent utilement différer d’un territoire à l’autre, selon qu’il est rural, urbain, montagnard, touristique, en déprise démographique, proposer à l’infini les compétences sur un vaste buffet où chaque collectivité pourrait venir se servir selon ses goûts laisse sceptique.

L’électeur perdu par la différenciation. Comment dès lors savoir « à quelle élection on vote pour quoi » comme le réclame le locataire de l’Elysée ? Sur quelle base récompenser ou sanctionner l’élu au moment du rendez-vous dans l’isoloir ? Trop poussée, la différenciation territoriale qui gagne le cœur des élus locaux pourrait bien perdre le citoyen électeur.

Certes, Emmanuel Macron a beau jeu de dire que « le président de la République n’est pas le guichet de toutes les revendications qui doit régler tous les cas particuliers ». Mais sur le « nouvel acte de décentralisation » comme sur « un statut de l’élu digne de ce nom » – qu’il mentionnait déjà lors du Congrès des maires… en 2017 -, les réponses du chef de l’Etat restent plus impressionnistes qu’impressionnantes.

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