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Aménagement du territoire 09/04/2019

Agenda rural : « Il faut construire un nouveau logiciel au service de l’égalité des territoires »

par Emilie Denètre
Pierre Jarlier, sénateur-maire de Saint-Flour (Cantal) © J. Chabanne

Comment soutenir le développement des territoires ruraux ? Alors que le gouvernement cherche la clef pour « sortir » par le haut de la crise des gilets jaunes, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des Territoires, vient d’annoncer la création d'un « agenda rural ». Une mission composée d’élus locaux a donc été installée le 29 mars en vue de nourrir la réflexion du gouvernement sur ces défis ruraux et la meilleure utilisation possible des fonds européens en leur faveur. Pour le Courrier des Maires, l’un de ses membres, Pierre Jarlier, maire de Saint-Flour (Cantal), détaille les enjeux et pistes de travail que la mission compte bien creuser.

Courrier des Maires : Le gouvernement vient d’annoncer la création d’un agenda rural ? Est-ce en lien avec la crise des gilets jaunes ?

Pierre Jarlier : Notre mission est déconnectée de l’issue du grand débat, puisque nous devons remettre nos propositions en juin. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il y a dans notre pays – depuis des années – de très fortes attentes de la ruralité en faveur d’une nouvelle politique d’aménagement du territoire capable de mieux tenir compte de la fragilité rurale. Il est vrai que ces attentes ont été largement relayées par les élus locaux ou les citoyens lors du grand débat national, ces derniers évoquant souvent un sentiment d’abandon.

Mais il y a aussi une autre actualité autour de cet agenda rural, liée cette fois-ci à l’Union européenne. Nous sommes en pleine période de préparation des futurs fonds européens 2021-2026, et aujourd’hui, compte-tenu des risques de fractures territoriales qui existent dans nos ruralités, il est essentiel que ces futurs fonds de cohésion prennent mieux en compte la diversité de nos territoires, leurs attentes, et puissent vraiment les soutenir dans leurs développements. Les fonds européens sont encore trop peu fléchés en direction des territoires ruraux ; et ceux qui le sont, comme le programme Leader, sont encore trop peu consommés : 5% seulement des crédits leader ont été mis en paiement ! Des retards dus essentiellement à la complexité administrative de ces dossiers qui sont réellement très lourds à monter pour des collectivités.

Donc l’enjeu autour de cet agenda rural est double : permettre une meilleure prise en compte de la ruralité au niveau de la politique gouvernementale qui est menée actuellement par l’exécutif, mais aussi une meilleure prise en compte au niveau européen, avec les discussions qui s’ouvrent sur les futurs fonds de cohésion.

La Cour des comptes a remis récemment un rapport qui semble contester le recul des services publics dans les territoires ruraux…

La question des services publics dans les territoires ne peut pas être vue seulement sous l’angle des ratios ! Pour être en mesure de répondre aux attentes légitimes de la population, il faut prendre en compte les densités de population, l’éloignement des grands centres, etc. Il existe donc un décalage entre l’analyse faite par la Cour des comptes et la perception de ceux qui vivent dans nos territoires tous les jours. Et cette divergence est encore plus forte en matière de services de santé. Cette situation est aujourd’hui un véritable frein à l’installation des familles dans nos campagnes et ce, alors que l’on constate une mutation profonde de notre société avec des opportunités considérables qui s’ouvrent pour la ruralité ! Encore faut-il que les conditions d’attractivité de ces territoires soient réunies en matière d’emploi, d’habitat et de services… Et si demain, nous voulons permettre ce rééquilibrage, cela passe, à mon sens, par une politique d’aménagement du territoire fonctionnant sur la base d’un partenariat étroit entre les collectivités, qui exercent aujourd’hui la plupart des compétences, et l’État. Il est temps de construire aujourd’hui un nouveau logiciel au service de l’égalité des territoires.

Quel est votre calendrier ? Comment allez-vous procéder ?

Nous allons travailler en liaison avec le ministère, le CGEDD (le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable) et le CGET (Commissariat Général à l’Égalité des Territoires). Nous allons procéder à des auditions d’associations d’élus, d’experts, mais aussi d’entreprises. Nous allons tenter de faire la synthèse des attentes des collectivités sur ce sujet, au travers aussi de leurs contributions au grand débat.

Nous allons également nous appuyer sur des expérimentations qui ont fait leurs preuves sur le terrain comme les contrats de réciprocité, les contrats de ruralité, les expériences qui sont menées en matière de tiers-lieux ou encore celles qui s’attaquent à la question du développement local et de l’organisation des services dans la ruralité.

Notre objectif est de faire des propositions, dès le mois de juin, pour permettre une meilleure répartition des richesses sur le territoire, et une amélioration des services de proximité dans les secteurs ruraux.

 

Les membres de la mission Agenda rural, réunis par la ministre Jacqueline Gourault

 de g. à dte :

  • Patrice Joly, président de l’association Nouvelles Ruralités
  • Cécile Gallien, AMF, maire de Vorey
  • Pierre Jarlier, APVF, maire de Saint-Flour,
  • Vanik Berberian, président de l’Association des maires ruraux (AMRF),
  • Daniel Labaronne, député (LREM) d’Indre-et-Loire.

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